Simon Forgues, agent en communications et développement à l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada.
Simon Forgues, agent en communications et développement à l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada.

Médias de proximité : le numérique menace-t-il leur rôle dans les communautés ?

Lucas Pilleri
Lucas Pilleri
Francopresse
Ébranlés par la baisse de leurs revenus publicitaires et la chute des abonnements, les médias locaux et régionaux doivent désormais composer avec des annonceurs et un auditoire qui délaissent les canaux traditionnels pour privilégier le Web. Parties prenantes des communautés en situation minoritaire, leur pérennité est étroitement liée à la vitalité des francophones qu’ils représentent. Pour François Bergeron, rédacteur en chef de L’Express de Toronto, la révolution numérique a complètement changé la donne. « Le Web nous donne l’opportunité de couvrir beaucoup plus de choses, car l’espace y est illimité ; c’est beaucoup plus enrichi, avec la possibilité d’avoir des vidéos et plus de photos ; enfin, c’est instantané, beaucoup plus réactif que le papier », détaille-t-il. Ébranlés par la baisse de leurs revenus publicitaires et la chute des abonnements, les médias locaux et régionaux doivent désormais composer avec des annonceurs et un auditoire qui délaissent les canaux traditionnels pour privilégier le Web. Parties prenantes des communautés en situation minoritaire, leur pérennité est étroitement liée à la vitalité des francophones qu’ils représentent. Pour François Bergeron, rédacteur en chef de L’Express de Toronto, la révolution numérique a complètement changé la donne. « Le Web nous donne l’opportunité de couvrir beaucoup plus de choses, car l’espace y est illimité ; c’est beaucoup plus enrichi, avec la possibilité d’avoir des vidéos et plus de photos ; enfin, c’est instantané, beaucoup plus réactif que le papier », détaille-t-il.

Les défis du Web

Si le numérique séduit, il présente toutefois de multiples défis pour Simon Forgues, agent en communications et développement à l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada. D’abord, en termes logistiques, certaines communautés sont isolées en milieu rural avec un Internet défaillant, rendant « l’appropriation des plateformes numériques difficile ». Puis, au niveau des ressources humaines, la formation du personnel est indispensable pour apprendre à maîtriser les nouveaux outils, dont « le streaming, le podcast et les applications ».

Enfin, il faut relever le défi financier : « investir sur Internet en pensant qu’on va générer des revenus est un peu rêveur », prévient M. Forgues. François Bergeron le rejoint en montrant du doigt « l’espace publicitaire plus limité, à raison de quelques bannières par page ». Rappelons que depuis quelques années les publicités fédérales ont largement diminué, « causant un tort considérable aux médias communautaires » selon M. Forgues.

Les médias de proximité, des organes vitaux

Un rapport du Patrimoine canadien, du 15 juin dernier, notait que les médias communautaires « demeurent essentiels à la vitalité des communautés ». Son Comité permanent relevait en outre que les médias locaux remplissent « un rôle civique essentiel », et qu’ils « favorisent le développement et l’épanouissement des communautés linguistiques en situation minoritaire ».

Francis Sonier, président de l’Association de la presse francophone (APF), souhaiterait de l’État « une aide ponctuelle », notamment en réinvestissant la publicité gouvernementale, et souligne qu’« en aidant les journaux, on contribue à l’épanouissement des communautés ». Pour M. Forgues, cet investissement est nécessaire « si l’on veut que les gens puissent encore avoir accès à l’information locale ».

 

Quel modèle d’avenir ?

Denis Bertrand, expert-consultant en communications, conseille de dissocier versions papier et numérique : « le papier devient un support d’analyse, qui creuse davantage, revenant à un journalisme d’enquête, alors que le numérique permet de couvrir l’actualité ». Selon lui, il faut aussi que les médias s’adaptent afin de capter de nouveaux auditoires, à l’instar des jeunes.

Enfin, pour certains, comme François Bergeron de L’Express de Toronto, « c’est aux entreprises de trouver le modèle le plus pérenne, car il ne faut pas que les journaux dépendent de subventions gouvernementales ; c’est la liberté de la presse qui est en jeu ».