Le taux de participation en hausse en Saskatchewan et en Alberta

Geoffrey Gaye
Geoffrey Gaye
Francopresse
Le taux de participation de ces 43es élections fédérales du Canada est d’environ 66 %. Il est moins élevé que celui des élections de 2015. Cependant, il reste bien supérieur aux taux des élections de 2011 et 2008. Données intéressantes : la Saskatchewan est la province avec le plus fort taux de participation et les Albertains se sont rendus nombreux aux urnes.

Avoir le droit de vote c’est bien, l’exercer c’est mieux. Pour Élections Canada, un des enjeux de ces 43es élections était de conserver un bon taux de participation. Ce dernier avait bondi entre les élections fédérales de 2011, à 61,1 %, et celles de 2015, à 68,3 %, le plus haut score enregistré ces 20 dernières années. Selon les estimations actuelles, le taux de participation cette année 2019 est de 65,95 %. Une baisse, certes, mais un score qui reste tout de même élevé.

L’Île-du-Prince-Édouard détrônée par la Saskatchewan

Cette année, la province avec le plus fort taux de participation est la Saskatchewan avec 71,72 %. La province du centre ouest du pays dépasse d’un poil l’Île-du-Prince-Édouard (71,69 %) qui enregistrait depuis 2006, et de loin, les meilleurs taux de participation canadiens. Le taux de participation est en forte baisse dans cette province de l’Atlantique où 77,4 % des inscrits sur les listes électorales étaient allés voter en 2015. Avec 71,17 %, le Nouveau-Brunswick est sur le podium (3e) des meilleurs élèves, même si leur taux y est en baisse de 3 % par rapport à 2015 (74,4 %).

L’Alberta qui vote majoritairement conservateur depuis des décennies, est la surprise avec un taux de (68,47 %). Elle a maintenu, et même augmenté son taux de participation aussi élevé qu’en 2015 qui était 68,2 %. Auparavant la province pétrolière était connue pour se situer plusieurs points en dessous de la moyenne nationale (entre 55 et 62 %).

Pourquoi sont-ils toujours si mobilisés? Frédéric Boily, professeur en sciences politiques au Campus Saint-Jean d’Edmonton pense que ce phénomène est né de l’élection provinciale d’avril qui a galvanisé les débats. «En Alberta, cela me semble témoigner de l’intérêt qu’il y a depuis les élections provinciales [ndlr: en avril] de ces questions de pipelines ou de taxe carbone. Ça témoigne de la polarisation, de débats droite-gauche très tranchés, d’un certain désir d’être entendu. Ils se sentent assiégés, pas entendus, et comme pris en tenaille par la Colombie-Britannique et les élitistes de l’est, avec une certaine réticence», analyse le professeur.

Terre-Neuve-et-Labrador est la province de l’Atlantique avec le plus bas taux de participation, 58,05 %, soit deux points en dessous de leur score de 2015, mais 6 points au-dessus de 2011. La Nouvelle-Écosse (69,36 %) fait un peu moins bien qu’en 2015 (70,8 %), mais bien mieux qu’en 2011 (62 %).

Le taux de participation en baisse dans les provinces les plus peuplées

Concernant les trois provinces les plus peuplées, leurs scores tournent aux alentours de 65 %. La Colombie-Britannique (65,02 %), l’Ontario (65,34 %) et le Québec (65,47 %) font moins bien qu’en 2015. Il y a quatre ans le Québec avait fait 67 %, l’Ontario 67,8 % et la Colombie-Britannique s’était surpassée avec un taux à 70 %, dix points au-dessus de ses statistiques lors des élections de 2011. Ces baisses s’expliquent, selon Frédéric Boily, d’une démobilisation des électeurs. «Du côté de ces provinces, les élections n’ont pas la même urgence que dans l’ouest [ndlr: Vancouver est à l’ouest donc comprendre, les prairies]». Ce qui explique également «un vote libéral moins efficace, qui a provoqué les pertes électorales du Parti dans certaines circonscriptions».

Dans le Grand Nord, où trois circonscriptions sont dessinées dans ces immenses territoires très peu peuplés, le taux de participation était de 54,86 % pour les Territoires du Nord-Ouest, 48,38 % pour le Nunavut. Ces deux provinces affichent un taux de participation en baisse de quasiment 10 points par rapport à 2015. Le Yukon a un taux de participation en baisse d’environ 5 %, mais reste bien classé avec 70,91 % des inscrits qui se sont rendus aux urnes.

Au Manitoba, 63,78 % des électeurs ont exercé leur droit. Ce taux était à 67,9 % en 2015, 59,4 % en 2011. Les baisses s’expliquent notamment par des conditions météorologiques difficiles dans la province, ceux qui ont entrainé de nombreuses coupures d’électricité.

«Envoyer des hélicoptères dans les zones très reculées»

Cette année, pour la première fois, Élections Canada, organisme indépendant rattaché à la corporation de la couronne, a lancé sa campagne d’informations aux électeurs avant le déclenchement de l’élection. «La loi électorale prévoit maintenant une période préélectorale. Nous avons donc pu débuter notre campagne en juin», explique Pierre Cadieux, conseiller en relations médias. L’objectif à cela? «Faire en sorte d’encourager le maximum de Canadiens à aller voter et d’exercer un droit de vote», détaille le conseiller. 

Le site internet d’Élections Canada précise que cette «campagne préélectorale cible la population générale, mais s’adresse plus particulièrement aux nouveaux électeurs ainsi qu’aux autres groupes dont le taux de participation électorale est plus faible». À savoir : les jeunes, les nouveaux citoyens canadiens, les électeurs autochtones et les personnes à mobilité réduite. Parmi les moyens utilisés par Élections Canada : des campagnes publicitaires, des annonces sur les réseaux sociaux et plus de 2000 agents de relations communautaires recrutés pour l’occasion. «On met à disposition toutes sortes de moyens pour que les citoyens aillent voter. Par exemple, en allant motiver les sans-abris. Parfois on a même des histoires où l’on envoie un hélicoptère dans les zones très reculées, comme dans les phares marins, afin que les personnes sur place puissent voter», explique Pierre Cadieux.

Le vote par anticipation en hausse

Le 15 octobre, un signal encourageant était apparu concernant la mobilisation des électeurs. Élections Canada, dans un communiqué de presse, a indiqué que «du vendredi 11 octobre au lundi 14 octobre, jours de votes par anticipation, 4,7 millions d’électeurs canadiens se sont rendus aux urnes». Il s’agit d’une augmentation de 29 % par rapport aux élections de 2015, où un peu plus de 3,6 millions de personnes avaient voté par anticipation.

«De plus en plus de Canadiens choisissent de voter avant le jour de l’élection», a souligné Stéphane Perrault, le directeur général des élections du Canada. Il faut dire que l’organisme responsable des élections a fourni davantage d’efforts cette année. Les bureaux de vote par anticipation étaient ouverts 12 heures par jour, de 9 à 21 heures. «Les heures d’ouverture prolongées ont permis à un plus grand nombre d’électeurs de voter par anticipation», constate Stéphane Perrault, seul Canadien n’ayant pas le droit de vote pour garantir une neutralité totale.