Le président de la Fédération jeunesse canadienne-française, Justin Johnson, devant la tombe de Louis Riel.
Le président de la Fédération jeunesse canadienne-française, Justin Johnson, devant la tombe de Louis Riel.

Kwei… Bonjour !

André Magny
André Magny
Francopresse
La langue de Molière ou de Gabrielle Roy a-t-elle un attrait pour les Premières Nations ? Peut-elle cohabiter avec celle de Samian ou de Louis Riel ?

Malgré des appels répétés à l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador pour discuter de la question avec des Autochtones francophones ou francophiles au Canada, les demandes sont restées lettre morte.

Associer la notion de francophonie avec les peuples autochtones semble poser un certain inconfort. Dans un contexte où le français peut être assimilé aux tristes pensionnats où les Autochtones ont trop longtemps été acculturés, l’association avec le français peut être douloureuse.

Pierrot Ross-Tremblay, membre de la nation innue et professeur adjoint au département de sociologie à l’Université Laurentienne de Sudbury souligne qu’il a connu « des gens qui tremblent lorsqu’ils entendent quelqu’un parler français tellement ils ont été torturés par les curés... »

Métis et francophonie

Le président de la Fédération jeunesse canadienne-française, Justin Johnson, apporte un autre son de cloche.

Natif de Lorettte au Manitoba, descendant d’André Beauchemin, membre du gouvernement provisoire de Louis Riel, et de Léon Beauchemin, le fils d’André, qui fut expulsé de ses terres à Grande Pointe pour aboutir dans la région de l’Île-des-Chênes où la famille Beauchemin demeure toujours, Justin Johnson fait actuellement une maîtrise en gouvernance autochtone. Il cite le chef des Métis de la Rivière Rouge quand il s’agit de reconnaître qu’il porte en lui « cet amour filial entre mes ancêtres autochtones et européens. »

Il admet cependant qu’il y a eu une cassure entre Canadiens français et Métis après la pendaison de Riel. Les futurs Franco-Manitobains ont senti alors le besoin de se replier sur eux-mêmes. D’un autre côté, beaucoup de Métis se sont rapprochés des anglophones. « Ce repliement a affaibli la francophonie du Manitoba. » Pourtant Justin Johnson est d’avis qu’il y a « un lien évident entre les Métis et les francophones. » D’où son engagement au sein de la communauté jeunesse, non seulement franco-manitobaine, mais canadienne-française dans son ensemble.

À 26 ans, celui qui affirme « qu’il y a une philosophie chez Louis Riel qui peut contribuer à l’avancement du pays » estime également que les Métis francophones devraient avoir un rôle à jouer au sénat canadien. « Qu’on leur fasse une place qu’ils n’ont pas », ajoute celui qui porte en lui « le lien du sang rebelle ».

Conscient que les Métis peuvent jouer un rôle « d’intermédiaire » entre Autochtones et francophones, M. Johnson est également d’avis que le mechif — la langue des Métis du Manitoba —, bien que peu parlé, fait partie de l’histoire de la francophonie canadienne.