On a récemment demandé à Denise Latouf, une diplômée francophone du programme de Technique de bureau à l’Université de Moncton, qui avait postulé un emploi occasionnel auprès de Santé Nouvelle-Écosse, de faire traduire son diplôme vers l’anglais.
On a récemment demandé à Denise Latouf, une diplômée francophone du programme de Technique de bureau à l’Université de Moncton, qui avait postulé un emploi occasionnel auprès de Santé Nouvelle-Écosse, de faire traduire son diplôme vers l’anglais.

Traduction de diplôme : Santé Nouvelle-Écosse s’excuse auprès d’une étudiante diplômée

Ramona E. Blinn
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
LE COURRIER (Nouvelle-Écosse) – On a récemment demandé à Denise Latouf, une diplômée francophone du programme de Technique de bureau à l’Université de Moncton, qui avait postulé un emploi occasionnel auprès de Santé Nouvelle-Écosse, de faire traduire son diplôme vers l’anglais. Santé N.-É. a par la suite présenté ses excuses à la diplômée. Réseau Santé Nouvelle-Écosse réagit aussi à la confusion autour du recrutement de professionnels bilingues.

Le 21 mai 2021, Denise Latouf a informé Le Courrier que Santé Nouvelle-Écosse lui avait demandé de faire traduire son diplôme francophone vers l’anglais.

Originaire du Nouveau-Brunswick, Denise Latouf réside à Halifax depuis une dizaine d’années. Elle a obtenu en octobre 2000 un diplôme du programme de Technique de bureau dispensé par l’Université de Moncton.

La diplômée travaille à temps plein, mais comme elle voulait aussi travailler les soirs et les fins de semaine, elle s’est intéressée à des emplois occasionnels affichés en ligne. Denise a choisi de postuler auprès de Santé Nouvelle-Écosse un poste de commis occasionnelle en cette période de pandémie.

Denise, qui est bilingue, a remarqué que tous les formulaires [de Santé N.-É.] étaient en anglais. Elle a répondu au formulaire en anglais, mais en incluant la copie officielle de son diplôme francophone.

Une préposée au recrutement Santé N.-É. a fait un suivi auprès de Denise Latouf en lui précisant que les diplômes ou certificats devaient être présentés en anglais lorsque de nouveaux candidats font une demande d’emploi dans le système.

La préposée au recrutement de Santé N.-É. a écrit à Denise lui affirmant qu’ils n’acceptent que les diplômes et les certificats en anglais.

Denise déclare avoir demandé des clarifications en soulignant la confusion qu’a suscitée cet échange de courriel. Denise a répondu à la préposée au recrutement qu’elle ne comprenait pas pourquoi son diplôme officiel provenant d’une université francophone, appartenant à une province bilingue, n’était pas accepté.

«Un diplôme c’est un diplôme», ajoute Denise. Elle souligne qu’il est possible de lire et de comprendre un diplôme en français sans pour autant maitriser la langue.

La préposée au recrutement a fait référence à une politique linguistique pour le recrutement de professionnels dans le système de santé.

La préposée au recrutement lui est revenue, en citant une politique linguistique pour le recrutement de professionnels dans le système de santé :


« Notre politique précise que tous les diplômes doivent être en anglais. Nous ne pouvons pas accepter ceux qui sont dans d’autres langues, y compris le français et le latin. »
Une préposée de Santé Nouvelle-Écosse, dans un courrier à une francophone, Denise Latouf

Denise Latouf explique avoir été affligée par la situation puisque la langue de travail lui tient à cœur ainsi que la réussite des francophones. Elle fait aussi remarquer que Santé Nouvelle-Écosse produit ses communications «en français et en anglais».

«Si j’appelle le 811, je peux avoir un service en français. Je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas prendre mon diplôme en français», s’étonne Denise.

«Je ne trouve pas que c’est correct, pas en Nouvelle-Écosse, pas en Atlantique, ni même au Canada», souligne-t-elle, avec émotion.

«S’il n’y a personne qui parle, ça ne va pas changer», selon Denise Latouf

Quelle réalité vivront les jeunes francophones dans l’avenir?

Sur son expérience, Denise revient surtout à l’impact à long terme qui pourrait en découler. Elle souligne la promotion de la fierté des francophones et des Acadiens envers leur langue, mais elle s’inquiète aussi des conséquences face à un manque d’ouverture.

Comme mère de deux élèves qui fréquentent une école francophone, Denise Latouf se demande à quelle réalité les jeunes francophones diplômés auront à faire face.

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« Je suis une adulte, puis c’est un poste occasionnel. Je ne peux cependant m’empêcher de penser à un ou une jeune qui obtient un diplôme d’une université francophone, et qui se fait dire : “Non, tu dois présenter tes documents en anglais.” »
Denise Latouf, francophone qui a reçu le courrier de Santé Nouvelle-Écosse

«S’il n’y a personne qui parle, ça ne va pas changer», dit Denise. En partageant son vécu, elle souhaite lancer un dialogue avec Santé Nouvelle-Écosse pour plus d’ouverture dans le recrutement des gens bilingues.

Santé Nouvelle-Écosse offre ses excuses

Denise a informé Le Courrier fin mai que la Régie de santé de la Nouvelle-Écosse lui avait fait ses excuses. Ils ont affirmé que la préposée au recrutement avait commis une erreur. Denise mentionne que Santé N.-É. s’est excusé pour les ennuis que cette confusion lui a créés.

Santé N.-É. assure aussi à Denise Latouf qu’ils vont réviser les informations qui circulent au sein de leur équipe. Cette approche rejoint leur vision «pour comprendre les besoins et les priorités de la communauté acadienne et francophone de la Nouvelle-Écosse et tenir compte de ces éléments dans l’offre de soins et de services», comme précisé dans leur Plan de services en français pour l’exercice de 2021-2022. L’intéressée se dit satisfaite du message et du dénouement de l’affaire.

Réseau Santé réagit

Pierre Roisné, directeur général de Réseau Santé Nouvelle-Écosse, affirme que leur organisme a été en mesure d’échanger avec Denise Latouf à ce sujet.

Il précise la position de l’organisme au sujet de la reconnaissance des diplômes. Selon lui, c’est un grand enjeu, «surtout au regard de la pénurie actuelle de professionnels de santé».

La question de la reconnaissance des diplômes «est un dossier crucial sur lequel plusieurs organismes travaillent en ce moment», souligne-t-il. Il cite, par exemple, les efforts du Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ) à cet égard.

Denise Latouf n’est pas la seule à avoir vécu une telle expérience. Pierre Roisné déclare que la confusion est présente «même au niveau des ordres professionnels : chaque ordre a ses propres règlements, qui ne reconnaissent pas tous les diplômes ou les expériences des autres provinces et cela freine le recrutement ou l’intégration de professionnels de santé francophones qui souhaitent s’installer en Nouvelle-Écosse».

Pierre Roisné ajoute qu’il est déçu par ce genre de situation «parce que la Nouvelle-Écosse est une province qui attire et qu’on a d’énormes besoins en matière de professionnels de santé bilingues dans les communautés».

Réseau Santé Nouvelle-Écosse vise à «améliorer l’accès aux services de santé en français pour les Acadiens et francophones en Nouvelle-Écosse».