Arrivée au Canada en juin 2016, Mabela Misengi a quitté son pays natal de République démocratique du Congo dans l’espoir d’offrir plus de stabilité et de meilleures opportunités à ses enfants, tous majeurs.
Arrivée au Canada en juin 2016, Mabela Misengi a quitté son pays natal de République démocratique du Congo dans l’espoir d’offrir plus de stabilité et de meilleures opportunités à ses enfants, tous majeurs.

S’intégrer grâce au travail : l’histoire de Mabela Misengi

Ericka Muzzo
Ericka Muzzo
Francopresse
FRANCOPRESSE – Arrivée au Canada en juin 2016, Mabela Misengi a quitté son pays natal de République démocratique du Congo dans l’espoir d’offrir plus de stabilité et de meilleures opportunités à ses enfants, tous majeurs. Trouver un emploi a cependant été difficile lors de leur arrivée à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Certains membres de la famille ont décidé de tenter leur chance à Toronto, tandis que Mabela a finalement décroché un emploi dans une garderie francophone. Elle profite aujourd’hui avec bonheur de la tranquillité de la ville, depuis peu à titre de citoyenne canadienne.

Il y a plus de deux décennies que de multiples guerres font des ravages en République démocratique du Congo (RDC). «Dans mon pays, il n’y avait pas de stabilité», résume Mabela.

Pour tenter d’améliorer leur sort ainsi que celui de leurs quatre enfants et de leur petite-fille, elle et son mari ont décidé de franchir la frontière séparant la RDC de l’Ouganda, à l’est du pays, en 2010. «On nous a bien reçus, mais nous avons aussi rencontré beaucoup de misère en Ouganda […] La vie était vraiment très difficile», témoigne-t-elle toutefois.

Ainsi, lorsque le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) leur a offert d’immigrer aux États-Unis ou au Canada sous le statut de réfugié, la famille n’a pas hésité une seule seconde.

«Par rapport à tout ce qu’on avait entendu dire, nous avons choisi de venir au Canada. Et ça nous a pris du temps! On est arrivés en Ouganda en 2010, avec HCR on a commencé [les démarches pour immigrer] en 2012 et c’est en 2016 que nous avons quitté pour entrer au Canada», relate encore Mabela.

L’une de ses filles, nouvellement mariée, est toutefois restée en Ouganda et a rejoint le reste de la fratrie au Canada deux ans plus tard, préférant s’installer à Winnipeg.

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Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Tenter sa chance dans la métropole

Tout quitter pour recommencer dans la petite ville de Saint-Jean, au bord de la baie de Fundy, n’a toutefois pas été chose aisée pour la famille.

«On nous a confiés au personnel du YMCA, c’est eux qui nous ont reçus ici au Canada. Nous sommes restés à l’hôtel pendant deux semaines, et pendant ce temps-là on faisait des démarches ensemble pour trouver un appartement», se souvient Mabela.

«C’est le gouvernement canadien qui nous a aidés pour les premiers frais, pour notre première installation. Ils nous ont donné une somme d’argent pour nous aider à nous installer», ajoute-t-elle, reconnaissante.

Mais l’ambiance s’est détériorée à la maison au fil du temps, alors que les difficultés de trouver un emploi s’accumulaient. «Notre fils avait des amis à Toronto, ils lui ont proposé de venir habiter avec eux. Comme [il était majeur], on l’a laissé partir et il est allé s’installer là-bas», raconte la mère de famille.

Peu après, elle et son mari se sont séparés et ce dernier a décidé de rejoindre son fils à Toronto. L’une des filles de Mabela, elle-même mère de deux enfants, a également préféré tenter sa chance dans la métropole.

Mabela est donc restée à Saint-Jean avec sa fille ainée, aujourd’hui âgée de 32 ans.

Une partie de la famille de Mabela Misengi a décidé de s'établir à Toronto pour profiter d'opportunités d'emploi supplémentaires. 

Le moment décisif

«La chose qui leur a tous fait quitter Saint-Jean […] c’était à cause qu’on ne trouvait pas d’emplois. Moi aussi j’ai décidé de quitter Saint-Jean, mais je ne voulais pas aller à Toronto», explique Mabela.

«J’ai choisi le Québec parce que je ne parle pas vraiment l’anglais, ajoute-t-elle. Quand j’ai commencé les démarches de mon côté pour aller à Montréal, j’ai finalement eu la chance de trouver l’emploi à Saint-Jean où je travaille aujourd’hui, dans la garderie! J’ai commencé au mois de mai 2017.»

Cette opportunité a été un moment décisif dans la vie de Mabela Misengi :


« Au début, j’étais comme toujours étrangère. Ce n’était pas facile. Et petit à petit, je suis entrée dans la communauté. Je me faisais des amis, j’osais poser des questions, demander des choses […] J’ai rencontré les bonnes personnes dans mon travail. »
Mabela Misengi

Pour celle qui aimait déjà les enfants, travailler dans une garderie a été une sorte de bénédiction. «Quand je suis avec les enfants, je trouve qu’il n’y a pas de problèmes, je suis vraiment beaucoup dans la joie! On joue, j’aime blaguer avec eux», lance Mabela en riant.

Avant d’obtenir cet emploi, elle a tenté sa chance à l’école francophone, «et on m’a aussi acceptée. Mais il fallait que je présente mes diplômes de fin d’études, et ça fait des années que je les ai perdus. Comme je n’avais pas de preuve, je ne pouvais pas travailler à l’école», se souvient-elle.

C’est donc avec bonheur qu’elle s’est installée pour de bon à Saint-Jean, abandonnant sans regret son idée de déménager à Montréal : «Je suis restée une semaine avec des amis [à Montréal], et en comparant, j’ai vraiment aimé rester ici, à Saint-Jean. C’est plus tranquille, c’est plus calme.»

«Je pense que c’est par rapport à l’âge aussi ; j’ai rencontré beaucoup de choses dans ma vie, j’aimerais maintenant être un peu tranquille», précise-t-elle.

«Là, je me sens dans mon pays!»

Le 23 février dernier, Mabela Misengi a obtenu sa citoyenneté canadienne – au cours d’une cérémonie virtuelle, COVID oblige.

Mabela est la première dans sa famille à avoir obtenu la citoyenneté canadienne, mais a bon espoir que ses enfants l’auront également sous peu. «Il faut de la patience», recommande-t-elle.

«Je suis très contente de ça et je sens vraiment que maintenant, je suis Canadienne […] Avant, je n’avais pas tous les droits ; maintenant, je peux voter, donc je ne me sens pas étrangère», explique-t-elle.

«Tout à l’heure, je te disais que je n’ai même pas pensé une seule fois à rentrer dans mon pays [natal], mais là, je me sens dans mon pays! J’ai retrouvé aussi une identité», ajoute Mabela.

Elle est la première dans sa famille à avoir obtenu la citoyenneté canadienne, mais a bon espoir que ses enfants l’auront également sous peu. «Il faut de la patience», recommande-t-elle.

C’est d’ailleurs son mot d’ordre pour ceux qui, comme elle, aimeraient venir au Canada dans l’espoir de meilleures opportunités : «Je pense que le Canada, c’est un bon pays qui accueille vraiment bien. Mais ça demande d’être en ordre avec certaines choses, des papiers à remplir… J’encourage [les intéressés] à venir ici, mais il faut être patient», réitère-t-elle.

Au travers des incertitudes liées à la pandémie, certaines histoires ressortent comme autant de bouffées d’air et d’espoir. C’est notamment le cas de nombreux francophones qui ont choisi le Canada comme terre d’accueil, il y a de cela quelques mois ou des années. Chaque samedi, Francopresse vous présente quelques-unes de leurs histoires d’immigration, un clin d’œil à la vie qui continue même quand tout le reste s’arrête.