Début mai, le gouvernement fédéral a annoncé une nouvelle voie pour faciliter l’obtention de la résidente permanente.
Début mai, le gouvernement fédéral a annoncé une nouvelle voie pour faciliter l’obtention de la résidente permanente.

Résidence permanente : rebattre les cartes de l’immigration francophone

Inès Lombardo
Inès Lombardo
Francopresse
FRANCOPRESSE —Début mai, le gouvernement fédéral a annoncé une «nouvelle voie» pour faciliter l’obtention de la résidente permanente. Travailleurs essentiels et étudiants internationaux déjà présents sur le territoire en sont les principales cibles. Une occasion en or encore peu utilisée chez les francophones en contexte minoritaire, qui ne sont restreints par aucun quota pour accéder au précieux sésame.

En ouvrant cette nouvelle voie d’accès de la résidence temporaire à la résidence permanente, le fédéral tente de se donner les moyens d’atteindre sa cible de 4,4 % d’immigrants francophones d’ici à 2023. Objectif que s’étaient déjà donné le gouvernement et les communautés en 2006.

Cette initiative comprend six volets, dont trois spécifiques aux francophones.

Trois volets concernent les étrangers autres que francophones qui travaillent dans le secteur de la santé, dans d’autres professions essentielles ainsi que les étudiants étrangers diplômés. Pour eux, les quotas respectifs sont de 20 000, 30 000 et 40 000 demandeurs. Ce sont donc 90 000 personnes au total qui peuvent présenter leur demande.

Les trois autres volets, qui ne concernent que les personnes d’expression française, sont exactement les mêmes et ne sont pas restreints par une limite de candidatures.

Catégories de demandeurs de RP et nombre de candidatures reçues au 27 mars 2021.

Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), cette «nouvelle voie» offre une occasion de plus au gouvernement d’atteindre sa cible finale de 4,4 % d’immigrants francophones d’ici deux ans. Cible qu’il a réaffirmée début mai : «Le Canada a besoin des 401 000 nouvelles admissions annoncées pour 2021 dans le Plan des niveaux d’immigration 2021-2023 pour s’assurer d’avoir les effectifs, y compris les travailleurs d’expression française, qui lui permettront de pourvoir aux postes essentiels et de demeurer une destination de choix sur la scène internationale.»

En date du 27 mai 2021, seulement 606 francophones avaient déposé une demande de résidence permanente dans l’une des trois catégories, alors que près de 52 000 personnes avaient déposé une demande dans les catégories réservées aux non-francophones.

La date limite pour présenter une candidature est le 5 novembre 2021.

En moins de trois semaines, le volet anglophone «Étrangers ayant récemment obtenu un diplôme d’un établissement d’enseignement canadien» avait atteint son nombre maximal de demandes, soit 40 000.

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Une «bouffée d’oxygène»

Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone (RIF) du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, observe que «cette initiative exceptionnelle du gouvernement va certainement lui permettre d’atteindre sa cible [de 4,4 % d’immigrants francophones]».

Pour les personnes qui répondent aux critères, «évidemment, c’est comme une espèce de bouffée d’oxygène», affirme-t-il.

D’après le directeur, c’est d’autant plus une bonne nouvelle puisque les personnes d’expression française qui passent du statut temporaire au statut permanent jouissent d’une ribambelle de services d’établissements auxquels n’ont pas droit les résidents temporaires, comme les centres de santé communautaires, les centres d’accueil, etc.

«Les fournisseurs de services vont s’adapter à ce flot — si flot il y a bien — de nouveaux candidats qui bénéficieront des services, prédit Alain Dobi. Nous, intervenants dans le dossier de l’immigration francophone, on ose espérer qu’il y a des candidats qui vont en profiter […] qu’ils vont tirer profit de ces mesures.»

C’est exactement ce qu’a fait Jean-Paul Kalwahali, gérant du Centre de Bienvenue Rendez-vous de la Baie en Nouvelle-Écosse. Venu étudier au Canada en 2016, il n’a pas attendu pour s’engager dans le processus sous le volet des étudiants internationaux francophones. Il est sûr d’obtenir la résidence permanente : «Pour moi, c’est déjà acquis», affirme-t-il avec le sourire.

Jean-Paul Kalwahali est engagé dans la nouvelle voie depuis début mai sous le volet «Étudiants internationaux d’expression française». Il est persuadé d’obtenir sa résidence permanente.

L’une des exigences de ce volet est de joindre à la demande les résultats d’une évaluation des compétences linguistiques approuvée datant de moins de deux ans. Il faut également avoir obtenu un diplôme en janvier 2017 ou après, issu d’un programme d’études en français dans un établissement postsecondaire au Canada, et occuper un emploi au moment de la demande.

«Ce n’est pas si exigeant pour les personnes d’expression française», estime Jean-Paul Kalwahali.

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Faire confiance aux communautés sur le terrain

Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, salue cette nouvelle voie ouverte par le gouvernement. Il ramène toutefois la discussion à un point un peu négligé selon lui : l’approche «par et pour» les communautés immigrantes francophones.

«Comment faire place à cette approche?» interroge-t-il, tout en reconnaissant que le ministre Mendicino a ajusté les points en faveur des bilingues et des francophones et s’est investi en enlevant les quotas pour les parlants francophones. «Essentiellement, ce serait de bien outiller les équipes internes qui travaillent au sein de l’immigration francophone», observe Jean Johnson.

Aussi, le président de la FCFA souligne qu’il faudrait «faire [davantage] confiance» aux professionnels sur le terrain, au sein des communautés : «Dans notre réseau d’immigration francophone pancanadien, on a des experts dans chacune des provinces qui travaillent dans le domaine. Il faut commencer à consulter ces gens-là et leur faire confiance, construire davantage les capacités», croit Jean Johnson.

Le président de la FCFA, Jean Johnson, souligne qu’il faudrait «faire [davantage] confiance» aux professionnels sur le terrain, au sein des communautés.

Selon le président de la FCFA, il faut une «action proactive du gouvernement. [Faire] du recrutement, [offrir des opportunités] de travail à l’étranger, un accompagnement et faire de l’immigration sérieuse, parce que l’immigration en anglais va se faire automatiquement, dans la société en anglais dominante. De notre côté, dans nos communautés, il faut maintenir le poids démographique et donc avoir une approche complètement différente».

L’approche «proactive» pour laquelle plaide la FCFA passerait aussi par la redevabilité du gouvernement par rapport aux 40 M$ investis dans l’immigration francophone dans le Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023 : Investir dans notre avenir.

«On a investi 40 millions $, mais je n’ai aucune idée dans quoi [ce montant] est investi. Il me semble que c’est pour ouvrir des bureaux pour faciliter les migrations de différents pays, notamment de différents pays francophones de l’Afrique.»

À la question de la cible de 4,4 % d’immigrants francophones d’ici à 2023, le président de la FCFA identifie un autre défi : «Ça fait 18 ans que l’on parle de cette cible de 4,4 % d’immigrants francophones. Est-ce toujours la cible? […] Aucune idée, mais on doit faire cette analyse-là et développer des stratégies réparatrices», note Jean Johnson, qui reconnait au passage «un retard à rattraper dans les chiffres».

Pour lui, le gouvernement ne réalise pas qu’il a accès à «une ressource riche, compétente, forte, engagée et motivée dans les communautés francophones impliquées dans l’immigration francophone sur le terrain».