Nommé au Sénat en 2016, l’artiste acadien a été élu une première fois à la présidence de ce comité en décembre 2017.
Nommé au Sénat en 2016, l’artiste acadien a été élu une première fois à la présidence de ce comité en décembre 2017.

René Cormier impatient de voir la Loi sur les langues officielles modernisée

Guillaume Deschênes-Thériault
Guillaume Deschênes-Thériault
Francopresse
FRANCOPRESSE – Le sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick René Cormier a été reconduit dans ses fonctions de président du Comité sénatorial permanent des langues officielles pour la présente législature. Nommé au Sénat en 2016, l’artiste acadien a été élu une première fois à la présidence de ce comité en décembre 2017.

En entretien avec Francopresse, M. Cormier discute des dossiers qui risquent fort bien de retenir l’attention du Comité durant son second mandat.

Au moment de l’entretien, le nouveau comité ne s’était pas encore réuni depuis sa mise en place. M. Cormier tient donc à préciser que les positions mises de l’avant sont donc les siennes, et non celles du comité.

Francopresse : L’été dernier, vous avez manifesté votre impatience par rapport au retard pris par le gouvernement Trudeau dans le dossier de la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO). Quatre mois plus tard, un flou persiste. Quelles sont vos attentes dans ce dossier?

Sénateur René Cormier : Je suis toujours impatient que la Loi soit modernisée et je souhaite qu’elle soit modernisée le plus rapidement possible. C’est extrêmement important. Le commissaire aux langues officielles [Raymond Théberge] a remis un rapport sur les constats qu’il a faits des lacunes dans la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles dans le contexte de la COVID-19. L’urgence de moderniser est là plus que jamais et est mise en lumière par la pandémie.

Le sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick René Cormier a été reconduit dans ses fonctions de président du Comité sénatorial permanent des langues officielles pour la présente législature.

Nous avons récemment appris que la ministre Mélanie Joly préparerait un livre blanc sur les langues officielles. Plusieurs intervenants craignent des délais dans la modernisation de la Loi. Quelle est votre évaluation de la situation?

Dans le discours du Trône, le gouvernement a pris une position très ferme d’affirmation de la fragilité de la langue française au Canada et de l’importance pour le gouvernement de travailler au renforcement de la langue française, à la fois dans les communautés francophones en situation minoritaire et au Québec. C’est la bonne nouvelle du discours du Trône. […]

Pour le livre blanc, je ne peux pas statuer si c’est positif, car je n’en connais pas le contenu, mais je fais le lien entre le discours et le livre blanc. Je présume que c’est peut-être l’un des aspects qu’elle [la ministre Joly] voudrait traiter.

Cela dit, on est dans un contexte de gouvernement minoritaire, on est encore en pleine pandémie, on ne connait pas l’avenir sur le plan politique au niveau de possibles élections, donc c’est extrêmement important que cette loi soit modernisée et renforcée le plus rapidement possible.

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La situation du français au Québec a occupé une place importante dans les débats des dernières semaines. Comment le dossier de la place du français au Québec s’inscrit-il dans le cadre du projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles?

La partie 7 de la Loi parle de l’importance d’assurer le développement des communautés de langue officielle en situation minoritaire, mais parle également de la responsabilité du gouvernement fédéral en matière de promotion de l’anglais et du français au Canada.

C’est certain que la question du français au Québec, elle est de mon point de vue incluse dans cette loi.


« La Loi sur les langues officielles n’est pas uniquement pour les minorités de langue officielle en situation minoritaire ; elle s’adresse à l’ensemble des Canadiens, tant les majorités que les minorités. »
René Cormier, sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick

Cela veut dire que quand on parle de renforcer les langues officielles au pays, on parle de renforcer la Loi sur les langues officielles, mais cela peut aussi s’appliquer et rejaillir sur d’autres lois. Il y a probablement des questions qui touchent la protection du français au Canada qui débordent de la Loi sur les langues officielles.

Comme on est plutôt dans le contexte de réflexion sur la modernisation de cette loi, je laisserai à d’autres les autres enjeux qui pourraient surgir pour protéger la langue française au Québec.

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Outre la modernisation de la Loi sur les langues officielles, quels sont, selon vous, les sujets qui retiendront l’attention du Comité lors de la présente législature?

Je pense qu’il sera important pour nous d’inviter le commissaire aux langues officielles.

Il a récemment déposé deux rapports importants, celui sur la question de l’impact de la COVID-19, donc l’incidence des situations d’urgence sur les langues officielles, et un autre rapport qui porte sur la mise en œuvre de l’article 91 de la Loi sur les langues officielles qui touche à la question de la langue de travail, notamment dans l’administration publique.

En plus, il a déposé son dernier rapport annuel et n’a pas encore eu l’occasion de venir nous en parler.

Un deuxième élément est évidemment de recevoir la ministre Mélanie Joly. Pour moi, c’est une priorité ; d’une part, car on a déposé notre rapport en juin 2019 et elle nous a répondu par une lettre que j’ai commentée, mais nous n’avons pas eu l’occasion de discuter avec elle du contenu de notre rapport et de nos 20 recommandations. D’autre part, nous pourrons discuter de comment elle entend tenir compte de nos recommandations dans le contenu de son livre blanc et évidemment dans la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Pour moi, ces deux éléments sont très importants pour que l’on ait l’heure juste sur ce que le commissaire aux langues officielles recommande et sur ce que la ministre Joly entend faire.

Il y a plusieurs autres enjeux. Sur la question de l’impact de la COVID-19 sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire, en plus du rapport du commissaire, il y a peut-être un certain nombre d’enjeux spécifiques qu’il serait intéressant de traiter pour mieux saisir les défis qu’ont rencontrés les communautés dans certains secteurs, que ce soit en santé, en éducation ou dans le secteur des services.

Une autre dimension importante d’actualité, ce sont les défis que rencontrent les établissements d’éducation postsecondaire au Canada, particulièrement ceux en milieu minoritaire.

Je pense notamment aux défis que rencontre le Campus Saint-Jean, qui démontrent la fragilité de cet établissement qui contribue notamment à la formation des enseignants, tant pour le français que pour l’immersion.

C’est un des exemples qui met en relief comment les universités francophones, en particulier en milieu minoritaire, rencontrent des défis.

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Nous savons que dans le contexte post-COVID-19, nous allons avoir besoin de recherches et de formations fortes pour imaginer, je dirais à la limite un nouveau mode de fonctionnement comme société.


« Les apprentissages faits durant la pandémie, je l’espère, vont rejaillir sur de nouvelles manières de faire innovantes et les instituons postsecondaires ont un rôle important à jouer pour aider la société canadienne à se donner de nouveaux moyens pour s’épanouir. »
René Cormier, sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick

À l’heure actuelle, le Sénat canadien compte onze sièges vacants. De l’Ouest à l’Acadie, des représentants des communautés souhaitent que des francophones soient inclus dans les nominations à venir. Quelle est votre perspective sur cet enjeu?

Je pense qu’il est absolument essentiel qu’au sein du Sénat du Canada, il y ait une représentativité juste des communautés francophones et acadiennes au pays. La réalité des Acadiens du Nouveau-Brunswick n’est pas la même que la réalité des Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Tout comme la réalité des Franco-ontariens n’est pas la même que celle des francophones de l’Alberta.


« Avoir des sénateurs et des sénatrices issus de ces communautés et de ces régions est extrêmement important et bénéfique pour le Sénat. Cela apporte un éclairage évidemment au niveau linguistique, mais aussi au niveau culturel et social. »
René Cormier, sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick

En plus, et il faut le dire haut et fort, il y a des citoyens francophones et acadiens au pays qui vivent dans des communautés linguistiques en situation minoritaire et qui ont des compétences extraordinaires. Ils pourraient mettre leurs compétences et leurs expériences au bénéfice du Sénat.

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