Radio-Canada compte maintenant quatre journalistes pour couvrir l'actualité des territoires. 
Radio-Canada compte maintenant quatre journalistes pour couvrir l'actualité des territoires. 

Radio-Canada : Le Nord, un reportage à la fois

Thomas Éthier
IJL - Réseau.Presse - L'Aquilon
IJL L’Aquilon – L’équipe d’ICI Grand Nord accueillait en avril un nouveau journaliste au Yukon, le vidéaste Vincent Bonney, quatrième membre de la jeune équipe qui, depuis 2018, étend son empreinte francophone à travers les territoires canadiens.

Yukonaise d’adoption, Claudiane Samson aura été, pendant près de 20 ans, la seule journaliste de Radio-Canada basée dans les Territoire du Nord. C’était avant le virage emprunté en 2018 par la création d’ICI Grand Nord, qui accueille ce printemps un quatrième journaliste, affecté à Whitehorse.

Il s’agit d’un atout important pour la doyenne, qui est désormais en mesure d’orchestrer la couverture de sa jeune équipe à travers les trois territoires.

Médias ténois s’est entretenu avec Claudiane Samson et le journaliste Mario De Ciccio, basé à Yellowknife depuis trois ans, pour faire le point sur les récents développements d’ICI Grand Nord.

Jusqu’à l’arrivée de Mario De Ciccio à Yellowknife, vous étiez la seule journaliste de Radio-Canada au nord des provinces. Claudiane, comment ICI Grand-Nord a-t-elle évolué en trois ans?

Claudiane Samson : Son arrivée [à Mario De Ciccio] marquait un virage vraiment très clair de Radio-Canada, qui s’est mise à investir dans les territoires. La chaine a vécu de très nombreuses années de compressions budgétaires, et le développement de nouvelles régions n’était alors pas chose facile.

Mario a permis d’ouvrir la voie. C’est une région qui est de plus en plus à l’avant-plan de l’actualité nationale et internationale, qu’on parle de changements climatiques ou de l’ouverture du passage du Nord-Ouest, par exemple.

Pour CBC North [qui couvre les territoires et le Nord-du-Québec], la station de Yellowknife représente le point central des différentes stations régionales. Le fait d’y accueillir Mario nous a permis de nous ancrer sur le plan technologique, sur la prise d’image, sur la réalisation de reportages télévisés et sur la chaine RDI.

L’arrivée de la journaliste Matisse Harvey au Nunavut en 2020 nous a permis d’être présents sur les trois territoires. Or, il était difficile d’être seule journaliste au Yukon tout en coordonnant la couverture des trois territoires. L’arrivée de Vincent Bonney, à Whitehorse, va nous permettre de poursuivre cette mouvance.

Les journaliste Mario De Ciccio, Matisse Harvey et Claudiane Samson, respectivement correspondants à Yellowknife, Iqaluit et Whitehorse. Absent de la photo : le journaliste Vincent Bonnay, nouvellement arrivé à Whitehorse.

Pourquoi, selon vous, la chaine Radio-Canada a-t-elle pris autant de temps pour envoyer des journalistes francophones dans le Grand Nord?

C.S. : La question est complexe. Je ne tiens pas les cordons de la bourse! Nous avons également observé des changements du côté de CBC North. C’est en partie une question d’intérêt grandissant, je dirais, pour la région du Grand Nord. C’est certain, l’Arctique est une région qui fascine, qui attire l’attention et la curiosité. On cherche donc à être plus présents, mais également à être plus justes dans la couverture.

On ne veut évidemment pas toujours tomber dans les clichés de la banquise et de l’ours polaire. Il est important d’aller plus loin dans la couverture des enjeux vécus à travers les territoires. Le rôle de Radio-Canada est de rapporter les réalités vécues sur place pour les gens d’ici, mais également faire voir et entendre les gens de ces régions sur le reste du réseau public. C’est la priorité qu’on se donne pour les années à venir.

Mario De Ciccio, vous êtes depuis 2018 le premier journaliste francophone de Radio-Canada aux Territoires du Nord-Ouest. Comment les choses se passent-elles depuis trois ans?

Mario De Ciccio : À mon arrivée à Yellowknife, plus j’en entendais parler, plus ça devenait un non-sens pour moi qu’il n’y ait jamais eu de journalistes francophones de Radio-Canada aux TNO. Il y a tellement d’histoires du Nord que Radio-Canada n’avait jamais pu raconter. C’est une grosse tâche de commencer à couvrir un territoire quand il y a tellement eu d’oublis dans le passé.

Les deux premières années, j’allais à gauche et à droite, en essayant de tout faire en même temps. Avec le temps, ça s’est précisé. On sent aussi un intérêt croissant de la part du réseau. On s’efforce d’attirer l’œil des Canadiens. Les gens du Sud connaissent peu le Nord. Plus on va en parler, plus le public va s’intéresser et comprendre qu’il y a des histoires d’ici qui méritent d’être entendues, tant pour les gens d’ici que pour tout le monde au pays.

Quels sont les défis de couverture propres au Grand Nord? Plus particulièrement, est-il difficile de tisser des liens avec les différentes collectivités?

C.S. : Personnellement, j’habite le Yukon depuis une vingtaine d’années, et j’ai pu développer des relations privilégiées avec plusieurs porte-paroles des Premières Nations, des communautés francophones et du gouvernement, entre autres. C’est aussi un avantage des plus petites communautés : on croise les politiciens et les chefs autochtones à l’épicerie ou dans la rue.

Dans les collectivités autochtones, la notion de confiance est primordiale. Cette confiance ne s’établit pas envers un réseau, mais envers un journaliste, qui doit être en mesure d’entretenir ces relations sur une base continue. Voilà pourquoi il est important d’avoir des journalistes sur place, plutôt que d’envoyer des émissaires ou des correspondants qui repartent aussitôt vers le Sud.

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En matière de contenu francophone, quel est l’intérêt du public au sein des territoires? Est-ce plus marqué à l’extérieur?

M.D.C. : Aux TNO, je crois que tous les organismes francophones s’entendent pour dire que les francophones d’ici ne sont pas toujours les plus faciles à rejoindre. Plusieurs francophones dans le Nord ont déjà leurs habitudes de consommation des médias, et seront portés, par exemple, à lire les textes de CBC en anglais.

Cela dit, nous avons également comme mandat d’attirer l’attention des francophones du Sud. C’est sans doute ce qui m’a le plus occupé dans la dernière année, avec mes projets de reportages vidéos ou en intervenant sur la chaine RDI. Plus on parle du Nord, plus les gens vont comprendre le Nord, un reportage et un texte Web à la fois. Peut-être suis-je optimiste, mais j’y crois énormément.

C.S. : Pour ce qui est du Yukon, plusieurs personnes nous suivent en France! On le voit sur les réseaux sociaux. Plusieurs résidents viennent d’Europe, ce qui a comme conséquence de nous faire entendre de l’autre côté de l’Atlantique.

C’est aussi un énorme défi de comprendre les habitudes de consommation du contenu. On l’a constaté particulièrement depuis le printemps 2020, avec l’arrivée de la journaliste Matisse Harvey à Iqaluit.

Les gens ont leurs plateformes privilégiées, que ce soit le Web, les réseaux sociaux ou la radio. C’est d’ailleurs un défi à relever partout au pays. Radio-Canada fait présentement des efforts de repositionnement, pour atteindre les gens où ils se trouvent.