Célébration de la Saint-Jean-Baptiste à Morinville, Alberta, 1907.
Célébration de la Saint-Jean-Baptiste à Morinville, Alberta, 1907.

Pourquoi fêter la Saint-Jean hors Québec?

Mélodie Charest
Le Franco
LE FRANCO (Alberta) – «Qu’allez-vous faire pour la Saint-Jean?» Le 17 juin dernier, le Franco avait lancé cette question sur plusieurs groupes Facebook de francophones. Hélas, les premières réponses étaient décevantes : «pourquoi célébrer la Saint-Jean-Baptiste hors Québec?» Premièrement, il n’y a pas de bonne raison pour faire la fête. Deuxièmement, la Saint-Jean-Baptiste au Canada se veut une fête qui rassemble les francophones.

Certes, la fête de la Saint-Jean n’a pas toujours porté ce nom. «Dès l’antiquité, de nombreux peuples, dont les Gaulois, allumaient des feux pour célébrer le solstice d’été», apprend-on sur le site de l’Encyclopédie canadienne. Au IVe siècle, dans un contexte d’expansion du christianisme, la fête païenne a été renommée, «la Saint-Jean-Baptiste».

Le Journal des Jésuites raconte que cette tradition s’est établie sur les bords du Saint-Laurent en 1636. Il faudra attendre près de 200 ans, 1834, pour que Ludger Duvernay lui donne une résonance particulière. Journaliste patriotique, il crée l’Association Saint-Jean-Baptiste. Le 24 juin de cette même année, des Américains, des Irlandais et Canadiens se réunissent pour un banquet.  

Rapidement, la célébration trouve un public enthousiaste. Pour le 40e anniversaire de la création de la Société Saint-Jean, 60 000 fières francophones étaient au rendez-vous à Montréal. Ils entonnèrent l’hymne Rallions-nous, composé pour l’occasion par Charles-Marie Panneton sur des paroles de Benjamin Sulte.

Société St-Jean-Baptiste d’Edmonton, Alberta, 1918.

Le docteur Rouleau, président à Calgary

La Saint-Jean-Baptiste se fête partout au Québec. Ces soirées festives emballent les voisins. La «Saint-Jean», comme on l’appelle aujourd’hui, se propage d’est en ouest, ainsi qu’aux États-Unis. La première Société Saint-Jean-Baptiste en Alberta est créée par Georges Roy en 1885, à Saint-Albert. Deux ans plus tard, c’est au tour de Calgary.

«Les premiers jours du mois de juin 1888, le père Leduc convoque tous les Canadiens français à la mission de Calgary. De cette réunion nait la Société Saint-Jean-Baptiste de Calgary. Le Docteur Édouard Rouleau en est le premier président», peut-on lire sur le site Web de la Société historique francophone de l’Alberta.

Edmonton n’accueillera la sienne qu’en 1894. À l’époque, le rayonnement des Sociétés Saint-Jean-Baptiste d’Edmonton et de Montréal ne se limite pas à une célébration le 24 juin. Le mandat de ces Sociétés conserve une trame politique, celle de sangler tous les rangs de la hiérarchie sociale de la population canadienne-française.

Le but? «Grouper les forces vives de notre nationalité et de développer chez chacun de nous, à côté d’une loyauté à toute épreuve aux institutions britanniques, l’amour de tout ce qui fait que nous sommes français tout en étant Canadiens», lit-on dans le Courrier de l’Ouest du 9 avril 1908.

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