Le monument est accompagné du drapeau du Canada et du drapeau Métis.
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Monument pour un rebelle

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
LE VOYAGEUR (Sudbury) – Mars 1896, une grande famille affronte la neige et le froid de la fin de l’hiver et marche sur la glace du lac Nipissing au sud de Sturgeon Falls. Cyrille Monette amène sa femme, ses enfants et leurs conjoints.es s’établir sur une terre qu’il a trouvée au mois d’aout 1895. Celui qui est né Alexandre Boisvert fuyait-il quelque chose?

La Société historique de Nipissing Ouest (SHNO) et les descendants de Cyrille Monette ont inauguré un monument à sa mémoire le 27 aout. Érigé à 200 mètres de l’endroit où s’élevait la maison du fondateur de Monetville il y a plus de cent ans. Le monument de pierres présente deux plaques, une en anglais et une en français, qui racontent son histoire.

Cyrille Monette est né Alexandre Boisvert. Il a changé son nom entre 1863 et 1871. Des contrats de mariage de ses sœurs en sont la preuve : il a signé comme témoin Alexandre Boisvert sur un et Cyrille Monette sur le suivant.

Lors du 100e anniversaire de Monetville, en 1995, un des descendants de Cyrille Monette, Émile Guy, avait émis une théorie à partir de la recherche qu’il avait faite pour écrire un livre sur la famille. Alexandre Boisvert aurait changé son nom parce qu’il a participé à la rébellion de la rivière Rouge, la révolte des Métis au Manitoba. Il aurait peut-être même été un des proches amis de Louis Riel.

La plaque fait état de cette possibilité, mais, lors de la cérémonie, le président de la SHNO a révélé que Bernie Monette a trouvé une photo qui semble confirmer la théorie. Il s’agit d’une photo prise lors du procès de Louis Riel. «Ça disait qu’à côté de [Louis Riel], se tenait son conseiller, dont le nom était Alexandre Boisvert. C’est une véritable attestation de ce qui est écrit sur la plaque», a annoncé Dwight Fryer à la foule.

Émile Guy avait noté d’autres indices qui semblaient relier la région à la révolte des Métis. Par exemple, un ruisseau près de Monetville porte le nom Wolseley, le nom du colonel qui a contré la rébellion de la rivière Rouge. De plus, pourquoi Cyrille Monette est-il allé en Saskatchewan lorsqu’il a quitté la région?

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Rose-Mai, petite-fille d’Alfed Monette et arrière-petite-fille de Cyrille Monette, a lu la version française de la plaque lors du dévoilement.

Un devoir de mémoire

La SHNO a dû trouver elle-même les fonds pour construire le monument. Il y a trois ans, la Fiducie du patrimoine ontarien a refusé de financer le projet. Ils ont jugé que la contribution de Cyrille Monette à l’histoire n’était pas d’importance provinciale.

La secrétaire et trésorière de la SHNO, Heather Fryer, affirme que l’effort pour recueillir les fonds en valait la peine. Il faut se rappeler d’où nous venons et la signification derrière certains noms et lieu.

Un des descendants du fondateur et qui porte le même nom que son ancêtre, Cyrille Monette, croit aussi que le monument est surtout important pour les plus jeunes générations, qui ne connaissent pas toutes cette histoire et celle de la fondation de Monetville.

En plus de l’appui financier de Rivière des Français, la SHNO a reçu des dons en argent, en matériaux et en temps. Mme Fryer raconte qu’ils ont reçu 932 $ de la part du Women’s Institute après son repas de l’automne. Ce repas et son encan silencieux permettent habituellement de recueillir entre 300 et 400 $. Plus de gens ont voulu contribuer lorsqu’ils ont appris que c’était pour un monument à la mémoire de Cyrille Monette.

Ce qui était Monetville est maintenant divisé entre les municipalités de Rivière des Français et de Nipissing Ouest. C’est pour cette raison que la municipalité de Rivière des Français et un organisme de Nipissing Ouest ont collaboré à l’érection du monument.

Le monument de pierres présente deux plaques, une en anglais et une en français, qui racontent son histoire.

Empreint d’éléments historiques

Sur le bord de la route 64, le monument a été érigé à 200 mètres de l’endroit où se trouvait la maison de Cyrille Monette. Les pierres qui le composent ont été prises dans ce qui était la terre de l’une de ses filles et son époux, Sarah Monette et Louis Guy, la grand-mère d’Émile Guy.

La pierre presque carrée qui repose au sommet du monument provient d’une vieille maison en pierre encore debout 200 mètres plus loin. Une maison construite par William Dault, le même maçon qui a construit l’ancienne église Sacré-Cœur de Sturgeon Falls, raconte Dwight Fryer.

Plusieurs noms de famille courants dans la région sont des descendants de Cyrille Monette, puisque ses filles avaient épousé des hommes qui portaient entre autres les noms de famille Guy, Gauthier et Guérin.