Le drapeau acadien.
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Les candidats à la présidence de la SANB précisent leur vision de l’organisme

Guillaume Deschênes-Thériault
Guillaume Deschênes-Thériault
Francopresse
FRANCOPRESSE – La subvention octroyée à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) pour développer un portail multilingue en ligne afin de lutter contre la désinformation liée à la COVID-19 a suscité de multiples questionnements quant à la pertinence du projet en lien avec le mandat et le champ d’expertise de la SANB.

Cette controverse s’inscrit dans un contexte électoral à la SANB. Les membres seront appelés le mois prochain à élire un remplaçant au président sortant, Robert Melanson, qui ne sollicite pas un second mandat.

Deux candidats sont dans la course. Il s’agit de Mathieu Caissie, ancien conseiller du gouvernement du Nouveau-Brunswick auprès de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à Paris, et de l’actuel vice-président de la SANB et étudiant en droit à l’Université de Moncton, Alexandre Cédric Doucet. En entretien avec Francopresse, les deux candidats ont précisé leur vision de l’organisme dont ils souhaitent prendre les rênes.

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Deux visions du mandat de la SANB

Les critiques émises par des acteurs de la société civile acadienne dans les médias sociaux sur la pertinence de l’engagement de la SANB dans le dossier de la COVID-19 et l’absence de partenariats établis avec des médias communautaires acadiens font ressortir un débat entre deux visions du mandat de l’organisme porte-parole.

D’un côté, il y a ceux qui considèrent que la SANB doit se concentrer sur les questions linguistiques. D’autres souhaitent plutôt que l’organisme s’intéresse à une diversité d’enjeux contribuant au développement général de l’Acadie.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois de son histoire que la SANB est critiquée pour son implication dans des dossiers qui relèvent principalement du mandat d’autres organismes acadiens sectoriels sans assurer d’une collaboration adéquate avec ceux-ci. Il s’agissait de l’une des principales critiques adressées à la présidence de la SANB lors de la crise qui a secoué l’organisme en 2015.

Pour sa part, Mathieu Caissie préconise une priorisation des dossiers directement liés aux questions linguistiques à la SANB, tout en reconnaissant le potentiel rassembleur de l’organisme. «Quand il s’agit d’un domaine spécialisé ou d’un domaine sectoriel, pour moi, je préconise le leadeurship et les prises de parole par ces organisations sectorielles, mais la SANB peut venir les épauler à leur demande ou lorsqu’il s’agit d’un enjeu majeur, la SANB peut assurer une concertation.»

Son adversaire, Alexandre Cédric Doucet, a une vision un peu plus large du mandat de la SANB. «Je crois que l’organisme doit s’attaquer à plus que seulement les questions linguistiques, mais elle doit tout de même le faire dans le cadre de ses mandats», tout en assurant une «collaboration étroite avec les organismes acadiens qui s’occupent de ces dossiers.»

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Mathieu Caissie, candidat à la présidence de la SANB.

Décalage avec les priorités des membres

L’étonnement suscité par l’annonce de la subvention dans les médias sociaux fait écho aux questionnements qui reviennent périodiquement dans l’espace public quant à l’existence d’un décalage entre les priorités des organismes communautaires et celles des citoyens.

M. Doucet déplore que la communauté acadienne ne soit pas plus impliquée dans la priorisation des dossiers. «La SANB n’a pas consulté ses membres et les organismes sectoriels sur le terrain [dans le dossier de la COVID-19]. Pour moi, c’est un grand problème. Les membres doivent sincèrement, à mon avis, revenir au cœur de la prise de décisions de la SANB.»

La solution mise de l’avant par l’actuel vice-président de la SANB est d’organiser des États généraux de l’Acadie du Nouveau-Brunswick afin de doter l’organisme de mandats clairs.

M. Caissie considère aussi que l’organisme porte-parole des Acadiens doit non seulement être davantage à l’écoute de ses membres, mais aussi de la communauté en général. «Il faut écouter les membres de la SANB, écouter le public, être très sensible à l’environnement, à la communauté et aux enjeux pour assurer un leadeurship où la SANB a une valeur ajoutée.»

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Alexandre Cédric Doucet, candidat à la présidence de la SANB.

L’enjeu du financement des organismes communautaires 

Les organismes communautaires francophones au Canada, dont la SANB, reçoivent la majeure partie de leur financement du gouvernement fédéral. Cela fait en sorte que les organismes ajustent parfois leurs priorités en fonction de celles de leur bailleur de fonds.

«La problématique des programmes de subvention offerts par les bailleurs de fonds est réelle. Ceci force les organismes porte-paroles à sortir du cadre de leur mandat afin d’aller chercher plus d’argent. Ce n’est pas normal. La SANB se doit de diversifier son financement afin d’arriver à une certaine indépendance financière», soutient Alexandre Cédric Doucet. Il cite l’exemple de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), qui dispose d’une fondation visant à limiter sa dépendance aux fonds publics.

Pour sa part, M. Caissie entend entreprendre une campagne de lobbying auprès du gouvernement fédéral pour l’augmentation du financement de base que reçoit la SANB. Il considère problématique que la SANB doive parfois s’éloigner de son champ d’expertise pour aller chercher du financement pour des projets tels que celui sur la COVID-19.

«Je militerai pour un financement de base accru. Également, je pense important de bien sensibiliser le ministre et le gouvernement à l’importance d’un financement de base stable. Il faut le moins possible un financement sur des projets, mais plutôt un financement global à l’organisme.»

Les dates à retenir

La période de vote en ligne pour la présidence sera du 24 mai au 13 juin 2020. La date limite pour devenir membre de la SANB afin d’avoir le droit de vote est le 23 mai 2020. Les résultats du vote seront annoncés le 23 juin lors de l’assemblée générale annuelle de l’organisme, qui sera exceptionnellement tenue en ligne cette année en raison de la pandémie.