Ce ne sont pas seulement les accents qui caractérisent le français acadien. Certaines formes ayant disparu en France sont encore communes dans la Péninsule acadienne et ailleurs en Acadie.
Ce ne sont pas seulement les accents qui caractérisent le français acadien. Certaines formes ayant disparu en France sont encore communes dans la Péninsule acadienne et ailleurs en Acadie.

Le parler acadien de la Péninsule n’a pas beaucoup évolué en un siècle

David Caron
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Les accents locaux de la Péninsule acadienne fascinent. Même entre deux villages situés à quelques kilomètres l’un de l’autre, ils peuvent varier. Le linguiste Basile Roussel, originaire de Le Goulet, s’intéresse au parler acadien populaire dans la région, particulièrement à son évolution au fil des années. L’Acadie Nouvelle a souhaité en savoir plus.

Basile Roussel, qui a obtenu son doctorat en linguistique en 2020, s’intéresse aux langues et aux différents accents depuis longtemps.

«Quand je sortais à l’extérieur de la région, que ce soit au Québec ou en France, c’est là où j’ai commencé à remarquer les différents accents et les différents discours sur les accents. Ces diverses représentations m’intéressaient. Qu’est-ce que ça veut dire d’en avoir un?» interroge celui qui a récemment été nommé professeur temporaire à l’Université de Moncton, campus de Shippagan.


Le linguiste Basile Roussel s’intéresse à l’évolution du français parlé dans la péninsule acadienne.

Ce ne sont pas seulement les accents qui caractérisent le français acadien. Certaines formes ayant disparu en France sont encore communes dans la Péninsule acadienne et ailleurs en Acadie.

L’une des plus connues demeure l’utilisation du verbe avoir «ont» à la troisième personne du pluriel, ce que les linguistes surnomment «la flexion postverbale».

Autrement dit, il est assez commun d’entendre parler de gens qui «pêchont» l’éperlan sur la baie ou à longueur d’année, de familles qui «mangeont» du Dixie Lee les dimanches soir.

Une autre est ce que les linguistes appellent «la palatalisation», un gros mot qui signifie la production d’un son avec la partie plus à l’avant du palais. En termes concrets, le mot «dieu» devient «djeu» ; des «culottes» deviennent des «tchulottes» et ainsi de suite.


« Ce n’est pas une mauvaise façon de parler. De nombreuses raisons historiques expliquent pourquoi nous utilisons certaines formes et certaines prononciations. Notre façon de parler est le fruit d’une série de conditions sociohistoriques. »
Basile Roussel, linguiste

Il poursuit: «La linguistique permet de donner une description de la façon qu’on parle, sans porter de jugement. On veut comprendre le pourquoi et c’est en remontant dans l’histoire qu’on retrouve des éléments de réponse.»

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Une langue stable

Bien que le vocabulaire a évolué au fil des années en Acadie et que les accents ont légèrement changé, la recherche de Basile Roussel a permis d’apprendre que la forme du français parlé dans la Péninsule acadienne demeure à peu près la même par rapport à il y a 100 ans et plus.

Il a pu obtenir une partie de la réponse grâce aux démarches du Dr Joseph Dominique Gauthier, le même qui a prêté son nom à la rue principale de Shippagan.

En plus de pratiquer la médecine, le Dr Gauthier a recueilli durant les années 1950 plusieurs enregistrements de chansons et contes traditionnels dans la région de Shippagan et des iles Lamèque et Miscou. Certaines personnes enregistrées étaient nées dans les années 1870.

«Pour savoir si le français change, il faut un point de comparaison dans le passé, assure Basile Roussel. J’ai été très chanceux, car j’ai eu accès à ces enregistrements qui représentent un énorme trésor. Les personnes âgées des années 1950 sont nées dans les années 1870. Ça nous permet d’avoir une bonne approximation du français parlé durant la deuxième moitié du 19e siècle. Beaucoup de formes utilisées aujourd’hui étaient présentes au 19e siècle. C’est fascinant.»