La présidente de la FJCF, Sue Duguay.
La présidente de la FJCF, Sue Duguay.

La FJCF dévoile un plan d’action détaillé pour la sécurité linguistique

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
Francopresse (NATIONAL) – Après des années de travail, de consultations et de réflexions, la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) présente une Stratégie nationale pour la sécurité linguistique (SNSL) détaillé et musclée afin d’attaquer de plein fouet l’insécurité linguistique au sein des minorités francophones du pays.

Fruit d’un partenariat avec plusieurs organismes clés francophones pancanadiens et forte de ses 58 pages, la Stratégie nationale pour la sécurité linguistique fait le constat simple, mais sans équivoque, qu’«il est urgent d’agir.»

La présidente de la FJCF, Sue Duguay, en convient : c’est un plan ambitieux. «On ne parle pas ici d’un changement du jour au lendemain. C’est un travail à long terme. On souhaite un changement de mentalités.»

Éliminer le sentiment de culpabilité

L’état des lieux est connu. Partout dans la francophonie canadienne, des gens de tous âges se sentent jugés et critiqués en parlant une langue qu’ils considèrent la leur.

«L’insécurité provient d’un geste, d’une intervention, d’un commentaire, d’un contexte qui menace, blesse, intimide, humilie ou frustre quelqu’un par rapport à la langue ou sa façon de l’utiliser», peut-on lire dans le document. «C’est symptomatique d’un jugement, non seulement sur la langue, mais sur la culture et l’identité d’une personne qui s’exprime.»

Les auteurs veulent dès lors éliminer toute forme de culpabilité quant aux différents parlers francophones. «L’insécurité linguistique n’est pas simplement une question d’accents. Nous parlons plusieurs types de français au Canada et ces français canadiens ont évolué au fil des siècles selon les besoins et les réalités locales, souvent très différentes d’une région à l’autre du pays» relate encore le rapport.

Cette insécurité a de graves conséquences, sa manifestation ultime étant «le silence». Le risque, avance la FJCF, est l’abandon individuel du français et en fin de compte la «chute libre» du nombre de locuteurs francophones dans les communautés hors Québec.

Cela mènerait ultimement à un amoindrissement de la demande pour des services en français, ce qui menacerait d’éroder progressivement des droits acquis.

Le logo de la Stratégie nationale pour la sécurité linguistique. 

Quatre grands domaines d’intervention

La SNSL se décline en quatre grands domaines d’intervention.

ÉDUCATION :

La FJCF propose notamment d’améliorer l’accès des francophones aux services de petite enfance et à l’éducation postsecondaire, ainsi que d’intégrer des modules sur la sécurité linguistique aux programmes-cadres des réseaux scolaires francophones.

«Il est aussi essentiel que les salles de classe deviennent des espaces sécuritaires de prise de parole pour les apprenants et apprenantes. Les occasions de prise de parole doivent être plus nombreuses, et les apprenants et apprenantes ne doivent plus se sentir continuellement jugés lorsqu’ils et elles emploient le français», peut-on lire dans le rapport.

MARCHÉ DU TRAVAIL :

La Stratégie suggère de sensibiliser les entreprises aux retombées de l’offre active de leurs services en français, de les encourager à utiliser le français à l’interne et d’en maximiser l’usage auprès des clients et des partenaires. On souligne également l’importance d’encourager les individus à demander des services en français.

CULTURE ET MÉDIAS :

La Stratégie appuie la demande que pilote actuellement la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) auprès du gouvernement fédéral, soit de mettre sur pied une véritable politique culturelle nationale et de créer un Observatoire national sur les arts qui documenterait la situation culturelle francophone au pays ainsi que ses impacts à l’étranger.

La FJCF souhaite aussi accroitre le rayonnement des artistes, des organismes et des produits culturels de la francophonie canadienne ainsi que faciliter l’accès aux produits culturels.

Parmi les pistes d’actions dans ce secteur, on retrouve aussi la volonté d’assurer que les médias — incluant Radio-Canada — diffusent davantage de contenus de la francophonie canadienne, en ondes et sur le Web ; des contenus allant des nouvelles aux documentaires en passant par la fiction, les variétés et l’animation. Pour ce faire, le financement doit être accru afin de permettre la création de contenus au sein de la francophonie canadienne.

POLITIQUES PUBLIQUES :

La SNSL souligne le souhait que les deux grandes majorités du pays, soit les anglophones du Canada et les francophones du Québec, viennent appuyer cette démarche. Pour ce qui est du Québec, on vise un renouveau de collaboration entre la province et la francophonie canadienne, en œuvrant par exemple vers une «concertation accrue entre toutes les instances francophones du pays.»

Mais là où la Stratégie voit grand, c’est à l’endroit du gouvernement fédéral. Celui-ci, suggère le document, doit «renforcer la promotion du français comme langue officielle» et «rallier ses homologues des paliers provinciaux, territoriaux et municipaux ainsi que ses partenaires communautaires autour d’une véritable stratégie de valorisation des langues officielles.»

Le fédéral doit aller plus loin, revendique la FJCF, et employer une «lentille francophone lors de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation de ses programmes et politiques – tous secteurs confondus.»

Bref, l’objectif ici est que le fait français au Canada devienne une véritable priorité dans toutes les facettes du gouvernement, donc au sein de tous les ministères, agences et instances fédérales.

Pour mieux faire respecter la Loi sur les langues officielles, il est proposé que sa mise en œuvre soit confiée à une agence centrale du gouvernement.

La SNSL suggère également qu’Ottawa revoie le cadre législatif qui régit la Société Radio-Canada «afin de contraindre le diffuseur public d’accorder une place d’honneur à la diversité culturelle, régionale et langagière de la francophonie canadienne sur ses ondes, notamment au réseau national.»

La Stratégie se veut ambitieuse et dépasse même la question de la sécurité linguistique pour englober la défense et la promotion de l’ensemble des communautés francophones du pays et de leurs droits.

«Le travail n’est pas fini. Le travail commence vraiment», souligne néanmoins Sue Duguay.

La FJCF fait de ce dossier l’une de ses grandes priorités, mais elle ne fera pas cavalier seul, précise encore la présidente. «Ce n’est pas un projet qui appartient à la FJCF. C’est une responsabilité individuelle et en même temps collective. C’est un projet de société.»

L’organisme fera donc appel aux différents joueurs de la francophonie ainsi que des communautés anglophones pour que tous agissent de concert dans le but d’assurer la mise en œuvre de la SNSL.