Pour la 23e édition, les Rendez-vous de la francophonie rendent hommage à l'Acadie
Pour la 23e édition, les Rendez-vous de la francophonie rendent hommage à l'Acadie
23 Rendez-vous de la francophonie

La diaspora acadienne : une joie de vivre extraordinaire

Francopresse
PUBLIREPORTAGE – Cette année, l’Acadie est à l’honneur dans le cadre de la 23e édition des Rendez-vous de la francophonie qui prennent leur envol aujourd’hui. Si le cœur de l'Acadie bat dans les provinces maritimes, sa diaspora se retrouve partout au Canada et dans le monde entier. Chaque 15 aout, des milliers de personnes se rassemblent pour célébrer la culture acadienne qui, malgré les épreuves, est toujours bien vivante.

Disséminée dans le monde à la suite du Grand Dérangement, la diaspora acadienne reste plus vivante que jamais. Faisant preuve d’une résilience et d’une vitalité à toute épreuve, elle est vue comme l’alliée de l’Acadie pour gagner plus de poids politique et culturel.

«Je suis en amour avec la diaspora acadienne, dans chaque région du monde où je vais je me sens chez moi, c’est quelque chose dans l’air qui vient immédiatement me chercher, une vibration inexplicable», confie Phil Comeau, cinéaste acadien passionné par l’histoire de son peuple.

Sur les cartes anciennes, l’Acadie figure à l’emplacement occupé à présent par la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, une partie du Nouveau-Brunswick et de l’État du Maine. Un territoire colonisé par des paysans, des pêcheurs, des soldats, des prêtres et une poignée de nobles venus, pour la plupart, de Touraine, d’Anjou, du Berry et, surtout, du Poitou. C’était au XVIIe siècle, lorsque Samuel de Champlain et Pierre Dugua, sieur de Mons, eurent fondé en 1604 la première colonie française en Amérique du Nord sur l’Île Sainte-Croix (à la frontière du Maine), puis Port-Royal (rebaptisé par les Anglais Annapolis Royal) qui pendant un siècle et demi sera la capitale de l’Acadie.

Sur les cartes anciennes, l’Acadie figure à l’emplacement occupé à présent par la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, une partie du Nouveau-Brunswick et de l’État du Maine.

Un exil qui dure des décennies

Une Acadie ballotée par les marées de l’Histoire. Simple pion sur un échiquier où s’affrontent les royaumes de France et de Grande-Bretagne, qui passe d’un pouvoir à l’autre au gré des traités. Les Acadiens louvoient entre une neutralité négociée et une allégeance du bout des lèvres. Jusqu’à ce que les Britanniques décident d’employer les grands moyens.

Le 28 juillet 1755, le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Charles Lawrence, ordonne l’expulsion des Acadiens, dont la présence est devenue un obstacle à la formation d’une colonie anglaise protestante. Il décide de déporter ces paysans catholiques à la «neutralité suspecte» qui rechignent à prêter un serment d’allégeance inconditionnelle à la Couronne britannique, opposés à l’idée de combattre les Français.

«Se retrouver autour de ses origines, d’une identité commune, est rassurant à l’heure de la mondialisation où les repères s’effritent et les mutations identitaires peuvent laisser les gens désemparés.» - Clint Bruce

La déportation va durer huit ans. Selon Clint Bruce, titulaire de la Chaire de recherche en études acadiennes et transnationales et directeur de l’Observatoire Nord/Sud à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, quelque 14 000 Acadiens sont déracinés : la moitié parvient à se cacher dans les forêts, l’autre est déportée par bateau vers les colonies anglaises établies le long de la côte américaine, mais aussi dans quelques villes de Grande-Bretagne. Un grand nombre de déportés périsssent dans les cales des navires entre 1755 et 1763. Ceux qui survivent poursuivent leur exil pendant des décennies. Ils se réfugient en France, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Louisiane, dans les Antilles françaises, en Guyane, à Haïti et jusqu’aux lointaines Îles Malouines. Certains réussissent à revenir dans les provinces maritimes ou s'installent au Québec. On estime ainsi que près d’un million de Québécois auraient une origine acadienne.

Une histoire tragique transmise sur des générations

Aujourd’hui, plusieurs millions de personnes ayant des origines acadiennes sont disséminées de par le monde. «Malgré la scission intervenue dans l’arbre généalogique, il y a si longtemps, le sentiment d’appartenance des Acadiens de la diaspora perdure», constate Phil Comeau qui a réalisé plusieurs films sur le sujet. «De génération en génération, ils se transmettent l’histoire tragique avec un respect et une fierté énormes pour leurs aïeuls qui ont survécu.» Le cinéaste donne l’exemple de Belle-Île-en-Mer, petite ile à l’ouest de Nantes, en France, où il a tourné son dernier documentaire Belle-Île en Acadie : «C’est incroyable et touchant, car là-bas, les gens voient les provinces maritimes où vivaient leurs ancêtres comme leur chez-eux». Il évoque également la résilience de la diaspora : «Malgré un passé douloureux, il y a une joie de vivre extraordinaire que je n’ai pas vue ailleurs.»

«Il ne faut pas limiter la diaspora aux descendants d’Acadiens. À mon sens, elle est plutôt composée de communautés reliées par une expérience historique commune», tient à préciser Clint Bruce. Car depuis le Grand Dérangement, la diaspora n’a cessé de se renouveler et de s’ouvrir à d’autres influences. «La culture acadienne s’est mixée avec les cultures locales dans toutes les places à travers la planète, il y a une diversité, un métissage unique», souligne Phil Comeau.

Le Congrès mondial, «notre fête de famille»

Au fil des siècles, la fierté de la diaspora ne s’est pas essoufflée. Les communautés font toujours preuve d’une grande vitalité culturelle comme en témoigne la douzaine d’associations acadiennes qui existent en France. «Se retrouver autour de ses origines, d’une identité commune, est rassurant à l’heure de la mondialisation où les repères s’effritent et les mutations identitaires peuvent laisser les gens désemparés», observe Clint Bruce. Chaque 15 aout, de grands Tintamarres s’élancent au Canada et ailleurs pour célébrer la Fête nationale de l’Acadie. Une marche tonitruante où chacun fait du bruit pour dire : on est là!

«Quand j’étais à Belle-Île-en-Mer, le Tintamarre a réuni 2500 personnes», rapporte Phil Comeau. «De plus en plus de gens redécouvrent leurs racines acadiennes et sentent qu’il y a un trésor dans la francophonie», partage Louise Imbeault, présidente de la Société Nationale de l’Acadie (SNA).

Rassemblement lors du tournage du film Belle-Île en Acadie.

Surtout, tous les cinq ans, des Acadiens du monde entier convergent en Acadie pour participer au Congrès mondial. Un retour aux sources «qui vient nourrir la diaspora et jalonner son rythme de vie», explique Clint Bruce. «C’est notre fête de famille, la cerise sur le sundae pour construire et affirmer notre identité, renchérit Louise Imbeault. La première année, en 1994, c’était impressionnant, entre 50 000 et 100 000 personnes sont venues, on ne s’y attendait pas.»

Durant une dizaine de jours, les Acadiens renouent des liens que le temps et la géographie peuvent distendre. «Des amitiés de longue date se créent, apprécie Phil Comeau. On rencontre des gens qui nous ressemblent culturellement, avec qui on partage une langue, des musiques, des mets, des contes.» Familiales, les retrouvailles sont aussi très musicales avec de nombreux artistes invités.

Les Rendez-vous de la francophonie font une place d’honneur à l’Acadie cette année avec les concours «Cap sur l’Acadie» et «Écris-moi sans fautes!» mettant en vedette Capitaine Acadie, personnage de bande-dessinée créé par les Madelinots Dany et Daniel Bouffard.

La diaspora «nous donne plus de poids»

Malgré la distance, les liens de la diaspora ne se sont jamais rompus. «À notre époque, les médias sociaux jouent un grand rôle et facilitent les contacts», rappelle Clint Bruce.

«Avec Internet, il n’a jamais été aussi facile de se parler, les nombreux sites de la diaspora permettent de savoir en temps réel ce qui se passe», ajoute Phil Comeau. Le documentariste évoque notamment le groupe Facebook Cajun French Virtual Table Française qui réunit 37 000 membres en Louisiane. «Je le regarde tous les matins, c’est comme lire des nouvelles de sa famille», sourit-il.

De son côté, la SNA multiplie les initiatives pour conserver les liens : promotion et échanges d’artistes acadiens, création de prix littéraire, jumelages entre municipalités. «On travaille aussi sur des partenariats économiques entre entreprises», précise Louise Imbeault.

Pour Louise Imbeault, présidente de la Société Nationale de l’Acadie (SNA), les Tintamarres du 15 aout, organisés un peu partout dans le monde, contribuent à construire et affirmer l’identité acadienne

Grâce à la diaspora, l’Acadie rayonne dans le monde. «On ne se sent pas tout seul, perdus dans un océan nord-américain, on a des relations partout, ça nous donne plus de poids», se réjouit la présidente de la SNA. «C’est aussi un atout pour encourager la jeunesse acadienne à parler français», complète Phil Comeau. Des sentiments partagés par Clint Bruce : «La diaspora crée un bassin de sympathie et de solidarité pour les collectivités des Maritimes». Selon le chercheur, la diaspora peut donner plus de pouvoir politique aux Acadiens en situation minoritaire : «Certains craignent des menaces de dilution de l’identité, mais, pour moi, la diaspora doit être vue comme un allié».

Embarquée un beau jour sur les sinistres goélettes de l’exil, l’Acadie se découvre, 266 ans plus tard, toujours bien vivante.

Jusqu’au 31 mars, surveillez le site Web des Rendez-vous de la francophonie pour célébrer l’Acadie!