Mathieu Brideau emmène son drapeau acadien partout où il va. Sa grand-mère lui a donné lorsqu’il avait 10 ans.
Mathieu Brideau emmène son drapeau acadien partout où il va. Sa grand-mère lui a donné lorsqu’il avait 10 ans.

La descendance expatriée des Acadiens déportés

Gabrielle Beaupré
IJL — Réseau.Presse – Le Franco
IJL LE FRANCO – Pour souligner la Fête nationale de l’Acadie qui a eu lieu le 15 aout dernier, le journal Le Franco s’est entretenu avec des Acadiens expatriés en Alberta. Fiers de leurs racines, ils portent en eux l’héritage d’un peuple qui s’est battu pour garder la langue française vivante dans leur coin de pays.

Leurs ancêtres ont été déportés de force dans différents endroits, situés au large de l’océan Atlantique. De 1755 à 1763, des familles ont été séparées de force de façon massive. De nombreuses maisons et des fermes ont été brulées, la communauté décimée.

Depuis 1955, le 15 aout est la fête des Acadiens francophones. L’occasion de faire vivre la tradition du Tintamarre. On sort marcher dans les rues en frappant sur des casseroles pour faire beaucoup de bruit.

«C’est une façon de dire que nous sommes francophones», explique Carole Saint-Cyr, native de Caraquet au Nouveau-Brunswick.

«Même si on vient d’une province bilingue, au Nouveau-Brunswick, le français n’est pas acquis du tout», explique Carole Saint-Cyr.

Demandez à un Acadien expatrié quels sont ses plus beaux souvenirs de l’Acadie, il fera référence à un élément en lien avec la Fête nationale de l’Acadie. Mathieu Brideau est originaire de Tracadie-Sheila. Il se remémore avec joie ses Tintamarres vécus dans sa patrie. Pour lui, marcher en famille avec sa communauté tout en faisant du bruit lors de la fête est mémorable.

Pour Carole Saint-Cyr, journaliste de profession, l’un des moments les plus marquants de la fête s’est déroulé en 1999, pendant le Congrès mondial acadien en Louisiane. Cet état regroupe de nombreux Acadiens, qui se sont retrouvés à la suite de leur tragique déportation.

Célébrer le français en Louisiane 

Carole Saint-Cyr raconte qu’elle a couvert l’évènement rassemblant la diaspora acadienne provenant de partout à travers le monde. Sur une dizaine de jours, elle s’est déplacée dans plusieurs villes de la Louisiane pour prendre part à des conférences et à des spectacles. Un périple qui s’est terminé lors de la journée de la fête nationale de l’Acadie, le 15 aout.

Pendant le Congrès, elle a fait connaissance avec Jim Daigle et son épouse, un couple âgé de 70 ans. Elle raconte avoir croisé ces Cadiens à plusieurs reprises. Ils ne parlaient plus un mot de français. «L’homme avait complètement perdu la langue alors que son épouse la comprenait».

Le chanteur cadien Zachary Richard était l’hôte du spectacle de clôture de cce Congrès mondial acadien. Tout le monde sur scène s’exprimait en français. 


« Les enfants louisianais chantaient en français. L’émotion était vive. »
Carole Saint-Cyr, journaliste

À la sortie de cette représentation, elle rencontre pour une dernière fois M. Daigle et son épouse. Encore émue, l’Acadienne se souvient des larmes de cet homme qui lui avait glissé : «Jamais de ma vie, j’aurais cru qu’il y aurait eu un évènement en Louisiane donné en français».

Bien qu’il ne comprît plus la langue, cet homme a vécu l’évènement grâce à ses émotions. Il n’était pas le seul. Plusieurs personnes de sa génération avaient la même réaction.

À ce moment-là, Carole Saint-Cyr était à la fois loin et très proche de sa terre natale. Ayant grandi dans un milieu où la langue française est minoritaire et ayant défendu sa langue maternelle toute sa vie, être en présence de personnes ne parlant plus français qui se laissent submerger par l’émotion était très touchant.

Une force de caractère

Aujourd’hui, en Alberta, l’Acadienne continue de protéger le français avec notamment la radio communautaire du Grand Edmonton, Radio Cité, tout comme l’Acadien Edmond Laplante. Il a également laissé ses empreintes dans la francophonie albertaine.

Edmond Laplante a appris à pêcher en Acadie lors de sa jeunesse. C’est un loisir qu’il pratique toujours aujourd’hui en Alberta.

À l’époque où l’éducation francophone est devenue un sujet chaud de l’actualité avec l’affaire Piquette dans les années 80, Edmond Laplante était le directeur général de la Francophonie Jeunesse Albertaine (FJA). Il a épaulé les jeunes dans leurs démarches consistant à faire avancer les droits des francophones dans la province.

Provenant de Grand-Sault au Nouveau-Brunswick, l’homme a déposé ses valises à Edmonton en 1978. Il indique qu’il a apporté avec lui de l’Acadie la force de caractère de ses origines : ne jamais lâcher prise. Même dans les moments les plus difficiles, il souligne qu’«il faut toujours travailler pour aller chercher ses droits».