Le Réseau a été formellement créé en 2015 par trois villes fondatrices : Québec, Moncton au Nouveau-Brunswick et Lafayette en Louisiane.
Le Réseau a été formellement créé en 2015 par trois villes fondatrices : Québec, Moncton au Nouveau-Brunswick et Lafayette en Louisiane.

Fin du Réseau des villes francophones : des liens qui survivront

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
FRANCOPRESSE – L’idée de réunir plus de 150 municipalités francophones et francophiles du Canada, des États-Unis et des Caraïbes était bonne, mais souffrait d’un manque de leadeurship. Même si le Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique n’est plus, plusieurs municipalités membres ont la ferme intention de ne pas laisser mourir les liens qui ont été créés au cours des cinq années d’existence de ce projet un peu fou.

Le but était de faire connaitre le riche héritage français des Amériques en élaborant un immense circuit touristique avec comme point commun le patrimoine francophone.

«On était membre du Réseau et on avait grand espoir, parce que nous, on aimait l’aspect du réseautage et d’amener de l’attention à nos infrastructures touristiques francophones», souligne Bernadette Clément, mairesse de la ville de Cornwall, en Ontario.

Cornwall était l’une des plus de 150 municipalités membres provenant du Canada, des États-Unis, et — une poignée — des Caraïbes.

Ce projet avait été lancé avec beaucoup d’enthousiasme par le maire de Québec, Régis Labeaume. Le Réseau a été formellement créé en 2015 par trois villes fondatrices : Québec, Moncton au Nouveau-Brunswick et Lafayette en Louisiane.

Bernadette Clément, mairesse de Cornwall, en Ontario, se dit déçue de la disparition du Réseau, mais croit que certains circuits touristiques vont continuer.

«L’idée était bonne»

Le rêve, tel que présenté sur le défunt site Web de l’organisme, était ambitieux : «Le Réseau permet de réunir sur une même plateforme les attraits touristiques, géographiques et historiques de villes phares de la francophonie. À terme, l’alliance de ces villes permettra de créer des parcours touristiques destinés aux voyageurs provenant du monde entier», pouvait-on lire.

«L’idée était bonne», souligne la directrice des communications de la Ville de Moncton, Isabelle LeBLanc.

«L’idée, c’était de permettre aux gens de l’Europe ou d’ailleurs de pouvoir venir en Amérique du Nord et faire un voyage en suivant les circuits pour découvrir les attraits touristiques et patrimoniaux en rapport avec la présence française sur le continent», décrit-elle.

Au cours des premières années, le Réseau a recruté des villes et villages d’un peu partout : des grandes villes comme Saint-Louis ou Miami, et des municipalités moins connues comme Jérémie, en Haïti et Dubuque, en Iowa.

En 2018, la Ville de Québec, qui pilotait le projet jusque-là, a confié la gestion du Réseau au Centre de la francophonie des Amériques (CFA), basé à Québec.

Le Réseau a été formellement créé en 2015 par trois villes fondatrices : Québec, Moncton au Nouveau-Brunswick et Lafayette en Louisiane.

Un rêve inachevé 

«C’est une idée qui n’a jamais fleuri comme on aurait aimé», lance Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB).


« Au début, on ne savait pas trop qui devait prendre le lead. Il y a eu un manque de volonté en quelque part et un manque de ressources. C’est un peu une déception. »
Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick

Même si son organisme n’était pas membre comme tel du Réseau, seules les municipalités pouvant l’être, l’AFMNB était partenaire et collaborait pour raccorder un circuit des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick au réseau.

Plusieurs embuches sont toutefois venues compliquer le développement du Réseau depuis 2015 : manque de ressources, ampleur de la tâche, départs successifs des directions générales du CFA (Denis Desgagné en 2019 et Johanne Whittom en juillet 2020) et finalement la pandémie.

C’est d’ailleurs celle-ci qui a donné le coup de grâce. En annonçant la fin de sa participation financière au Réseau, qui représentait 100 000 $ sur un budget annuel de 270 000 $, la Ville de Québec a expliqué que la pandémie qui perdure et la difficulté à maintenir les villes et villages engagés l’a amenée à mettre fin à son financement à la fin décembre.

«C’est une idée qui n’a jamais fleuri comme on aurait aimé», lance Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick.

Personne n’en veut à la Ville de Québec

«On est solidaire de cette décision-là», souligne le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques, Sylvain Lavoie. «Parce qu’on voit bien les défis que les villes ont actuellement avec tout ce qui se passe avec la pandémie. Dans le contexte actuel, ce n’était pas nécessairement la priorité des villes.»

Sylvain Lavoie envisage cependant l’avenir avec optimisme : «Je pense quand même que l’impact sera limité du fait que le Centre sera là pour appuyer de différentes façons ces projets [de réseautage]. C’est sûr qu’on ne prendra pas la relève du Réseau ; le Réseau appartient aux villes fondatrices.»

Le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques, Sylvain Lavoie, dont l’organisme gérait le Réseau.

L’une d’elles, Lafayette en Louisiane, ne blâme pas non plus la Ville de Québec. «Le maire Labeaume doit être félicité pour sa vision et son initiative dans la création de ce réseau, et pour sa détermination à faire de cette idée une réalité», indique dans une déclaration écrite envoyée à Francopresse le maire-président Josh Guillory.


« La crise sanitaire actuelle a eu de nombreuses répercussions sur notre vie à tous, et la fin de l’entente de fonctionnement du Réseau n’est qu’une de ces répercussions. »
Josh Guillory, maire-président de Lafayette, en Louisiane

La mairesse de Cornwall, Bernadette Clément, ne jette pas non plus la pierre à la capitale québécoise. «Je comprends la décision de la Ville de Québec. On est en pleine pandémie, on ne parle pas de tourisme de la même façon actuellement. La décision ne me surprend pas. On est déçus, mais on comprend et on va espérer un retour à la normale et un retour à ce réseau.»

Le Réseau est mort, mais les liens survivent

Sylvain Lavoie croit aussi que tout ne s’arrêtera pas avec la fin du Réseau. «C’est sûr que les membres qui ont des projets de parcours, de circuits, ils vont continuer à vouloir développer ça.»

La Ville de Lafayette confirme : le travail entamé va se poursuivre : «Le potentiel commercial et, à terme, touristique, entre tant de villes semble être une bonne raison de continuer à utiliser une certaine forme de structure, facilitant la continuité du réseautage et des échanges commerciaux», assure le maire Guillory.

Josh Guillory, maire-président de Lafayette, en Louisiane, a bien l’intention de maintenir les liens avec des municipalités qui était membres du Réseau pour poursuivre une coopération «vivante et active».

«J’attends avec impatience les discussions entre les maires des villes fondatrices, ainsi que les maires des autres villes membres, pour envisager les moyens de garder cette coopération vivante et active.»

La Ville de Moncton, qui est d’ailleurs jumelée à Lafayette, est tout à fait d’accord : «Même si le réseau n’existe plus, ça ne veut pas dire que les gens ne vont pas continuer à travailler soit sur des dossiers touristiques, ou sur d’autres dossiers», précise Isabelle LeBlanc, directrice des communications.


« Il y a des liens qui se sont faits. Il y a des circuits touristiques qui vont probablement continuer. »
Isabelle LeBLanc, directrice des communications de la Ville de Moncton

«Le Réseau comme on l’a connu ne continuera pas, mais les initiatives qui ont été prises, les projets collaboratifs initiés vont probablement continuer et évoluer d’une manière ou d’une autre.»

L’existence du Réseau, pendant cinq ans, aura donc permis à plusieurs villes de se connaitre et d’établir des liens qui perdureront, malgré la disparition de l’organisme.