Christophe Traisnel, professeur de sciences politiques et titulaire de la Chaire Senghor en Francophonie à l’Université de Moncton, est l’un des coordonnateurs du contenu de la revue.
Christophe Traisnel, professeur de sciences politiques et titulaire de la Chaire Senghor en Francophonie à l’Université de Moncton, est l’un des coordonnateurs du contenu de la revue.

Des francophonies rapprochées depuis 50 ans

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
FRANCOPRESSE – Comment les francophonies du monde se sont-elles transformées au cours des 50 dernières années grâce à leurs institutions? Une question aux réponses multiples à laquelle s’attaquent des chercheurs universitaires de la francophonie mondiale dans le plus récent numéro de la Revue Internationale des Francophonies. Entretien avec l’un des coordonnateurs du contenu, Christophe Traisnel, professeur de sciences politiques et titulaire de la Chaire Senghor en Francophonie à l’Université de Moncton.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les thèmes abordés dans ce numéro de la Revue internationale des Francophonies?

Les textes sont extrêmement variés! Il y en a un de Michelle Landry sur l’Acadie, il y a un texte d’Anne Mévellec et de Linda Cardinal sur l’Ontario francophone, un texte François Charbonneau sur les francophonies canadiennes, un texte de Renauld Govain sur la francophonie haïtienne et un texte de Frédéric Turpin porte sur la Francophonie internationale et l’institutionnalisation, mais à travers le regard spécifique de la France.

Il y a un texte aussi très intéressant par Jean-Pierre Nirua et Anne-Sophie Vivier sur la création d’une université nationale bilingue anglais-français au Vanuatu.

Et il y a le texte que je propose avec Guillaume Deschênes-Thériault sur quelque chose qui nous paraissait très important : la question de mobilité francophone. Il fallait traiter de la mobilité, de la migration, de l’immigration, des thématiques de plus en plus prégnantes dans le monde contemporain et particulièrement en Francophonie.

On le voit à l’international, avec toute la question des réfugiés, la question de l’immigration en Europe, et au niveau local aussi.

Comment ce numéro de la revue a-t-il été conçu?

L’appel de communications a été fait essentiellement entre les gens de Lyon et les gens de Moncton. Je porte en quelque sorte le regard local de la Francophonie, et notamment le regard canadien, et ça c’est très important. À Lyon 3, ils sont plus habitués à concevoir la Francophonie de manière très internationale.

Il y a cette espèce de rapprochement qui s’est opéré entre l’institutionnalisation de la Francophonie, telle qu’on peut la vivre localement — comme au Canada — mais aussi comme on pourrait la vivre en Afrique, en Océanie et ailleurs.

Je trouvais que c’était important aussi de faire appel à tous ces professionnels de l’institutionnalisation des Francophonies au niveau local : l’institutionnalisation de la Francophonie en Acadie, au Québec, en Belgique. C’est un peu la surprise de ce numéro. Ça en dit beaucoup sur la richesse des recherches qui portent sur les Francophonies.

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La revue a été élaborée avec l’appui de Marielle A. Payaud, professeure des Universités et directrice de l’Institut international pour la Francophonie à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Elle présente neuf articles et cinq entretiens. La majorité du contenu de ce numéro vient d’être publié sous la forme d’un livre aux éditions L’Harmattan.

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On a souvent entendu que lors de sa création, l’OIF [alors l’Agence de coopération culturelle et technique jusqu’en 2005, NDLR] se voulait en quelque sorte le pendant francophone du Commonwealth. Est-ce le cas?

Tout à fait. Même avant l’institutionnalisation de la Francophonie, en 1970, il y a des intellectuels qui se réunissaient et l’idée qui était véhiculée était celle d’un Commonwealth de langue française.

Et en 1962, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique accède à l’indépendance. Ces nouveaux États se cherchent une stature internationale et ces nouveaux chefs d’État sont marqués par la culture et la langue française.

À l’instar d’un Léopold Senghor ou d’un Hamani Diori, ils veulent créer quelque chose. Ils veulent créer un rassemblement d’États francophones.

On parle de Commonwealth à la française, mais ça sonne un peu paradoxal. On veut quelque chose d’original. On plaide pour la création d’une agence.

On arrive à convaincre la France, qui n’est pas chaude à l’idée au départ. L’article de Frédéric Turpin en parle. La France est réticente, elle ne veut pas être taxée de néocolonialisme, le président Charles de Gaulle le premier.

Je crois qu’il était assez favorable à l’idée, mais il trouvait que ce n’était pas le bon moment. Et la France est restée assez à l’écart au début de ce mouvement qui a été porté et par le Canada, et par l’Afrique.

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La revue a été élaborée avec l’appui de Marielle A. Payaud, professeure des Universités et directrice de l’Institut international pour la Francophonie à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Le 28 janvier dernier, elle a représenté l’Institut à l’inauguration de la Chaire de l’Université d’Ottawa, nouvelle chaire du Réseau international des Chaires Senghor de la Francophonie.

Quelles sont les caractéristiques qui différencient l’OIF et le Commonwealth?

L’OIF s’attache à la langue et au multiculturalisme, alors que le Commonwealth est directement relié au Royaume-Uni et la Couronne britannique.

Pour l’OIF, on insiste beaucoup sur cette idée de l’unité dans la diversité. La langue française, c’est une langue en partage, mais cela ne signifie pas langue uniforme. Et on retrouve cette idée dans le texte de Renauld Govain, l’auteur qui nous parle de la francophonie haïtienne et la manière dont Haïti a constitué son propre français.

On pourrait dire la même chose de l’Acadie et du Québec ; il y a un métissage extraordinaire qui caractérise désormais les francophonies africaines! C’est fascinant de voir comment les locuteurs s’approprient cette langue et parviennent à se l’approprier au point où cette langue leur ressemble complètement.

C’est plus la langue qui finit par ressembler aux locuteurs que l’inverse. On a changé de paradigme.

Pendant très longtemps, on a voulu que les locuteurs ressemblent à un français standard. En Acadie, on est assez à l’avant-garde à ce niveau-là.

À noter que les propos ont été édités et réorganisés pour faciliter la lecture de l’entretien.