Victor Cal y mayor pratique un métier peu commun : chanteur d’opéra. Pour poursuivre cette passion qu’il a découverte durant son enfance, il a quitté sa ville natale de Tuxtla Gutiérrez, au Mexique, et s’est établi à l’Île-du-Prince-Édouard en 2016.
Victor Cal y mayor pratique un métier peu commun : chanteur d’opéra. Pour poursuivre cette passion qu’il a découverte durant son enfance, il a quitté sa ville natale de Tuxtla Gutiérrez, au Mexique, et s’est établi à l’Île-du-Prince-Édouard en 2016.

Chanter son amour de l’opéra à l’Île-du-Prince-Édouard

Ericka Muzzo
Ericka Muzzo
Francopresse
FRANCOPRESSE – Victor Cal y mayor pratique un métier peu commun : chanteur d’opéra. Pour poursuivre cette passion qu’il a découverte durant son enfance, il a quitté sa ville natale de Tuxtla Gutiérrez, au Mexique, et s’est établi à l’Île-du-Prince-Édouard en 2016. Il a depuis obtenu son diplôme en performance musicale au Holland College, un tremplin qui l’a déjà mené en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

«Avant de venir ici — c’était la première fois que je voyageais hors de mon pays —, j’ai fait des recherches sur l’Île-du-Prince-Édouard et sur le Canada. J’ai été tellement surpris de voir autant de culture musicale et historique pour une si petite ile!» se remémore Victor Cal y mayor, qui avait 22 ans à son départ.

Pour l’adepte d’opéra, le potpourri de traditions musicales de l’Île-du-Prince-Édouard a été une véritable découverte : la musique acadienne, folklorique, celtique, en anglais et en français se sont ajoutées à son propre répertoire déjà éclectique.

«Une chose que j’aime beaucoup, c’est que la communauté est très accueillante des nouvelles cultures et traditions. En venant ici, j’ai apporté non seulement de l’opéra, mais aussi des traditions musicales d’Amérique latine. Je fais toujours le mélange d’opéra, de jazz et de musique traditionnelle mexicaine», explique Victor Cal y mayor.

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Victor Cal y mayor à Burlington, au nord-ouest de l’Ile.

D’une découverte à l’autre

Durant ses deux premières années à l’Ile, le chanteur a eu l’occasion de se professionnaliser grâce au programme de performance musicale du Holland College, à Charlottetown.

«J’ai aussi commencé à offrir des performances plus privées au début, puis ensuite pour différentes institutions gouvernementales et dans différentes salles comme la Basilique [Saint-Dustan], le théâtre, [le Centre des arts de] la Confédération», indique Victor Cal y mayor.

Lorsqu’il a commencé à chanter en plusieurs langues, notamment en français, d’autres opportunités se sont offertes à lui : «Je me suis rendu compte que plusieurs de mes amis parlaient français, dans la région Évangéline ou des collègues musiciens», relate le chanteur.

Par la même occasion, il a découvert un type d’évènement qu’il adore particulièrement : les «jams musicaux», des sessions spontanées qui se tiennent souvent dans les cuisines ou les salons des musiciens. «C’est un type de fête que j’adore parce que ce n’est pas prévu, c’est dans le moment! C’est la chose la plus excitante», assure Victor Cal y mayor.

Il a également appris à jouer du bohdran, un instrument de percussion utilisé en musique irlandaise.

«Et j’ai appris à faire des rythmes avec les pieds, oh mon dieu! Ce n’est pas aussi facile qu’on l’aurait pensé! Il y a beaucoup de tempos à apprendre, mais c’est tellement le fun, c’est génial», s’enthousiasme le chanteur.

À la plage de Blooming Point.

«On a trouvé une famille»

Victor Cal y mayor, dont l’espagnol est la langue maternelle, a appris le français de son propre chef et pour le plaisir avant de venir au Canada, dans des cours optionnels à l’école : «J’ai été tellement surpris de voir comment chaque langue a presque la même structure! Il faut seulement adapter l’oreille un petit peu et changer la manière de produire les sons avec la bouche», lance-t-il en riant.

Il était d’ailleurs loin d’être le seul étudiant étranger au Holland College :


« Ce que j’ai le plus aimé, c’est que dans ma classe, presque tous les étudiants étaient étrangers : Suède, Italie, Russie, etc.! J’étais le seul du Mexique. C’était le fun […] On a trouvé une famille ici aussi. »
Victor Cal y mayor

Depuis son arrivée à l’Ile, Victor Cal y mayor a même été embauché pour des récitals en France, en Belgique et aux Pays-Bas. «J’ai aussi appliqué pour un conservatoire musical en Espagne, et j’ai été accepté! Mais ça devait être à l’été 2020. À cause de la COVID, je n’ai pas pu y aller.»

Partie remise à l’an prochain? «On verra! […] C’est difficile de faire des plans pour l’instant… Je suis ouvert aux opportunités», répond simplement le chanteur

Il complète actuellement un certificat d’adjoint administratif bilingue au Collège de l’Île ; une manière de conserver son statut d’étudiant au Canada, mais aussi d’acquérir des bases de gestion qui lui seront utiles au cours de sa carrière en musique.

Victor Cal y mayor affirme avoir trouvé «une famille» lors de ses études au Holland College.

Partir par passion

Victor Cal y mayor est tombé dans la marmite de l’opéra lorsqu’il n’avait que 10 ou 11 ans. «Ça a commencé parce qu’on avait une grande bibliothèque musicale chez moi. J’ai été exposé à différents genres de musique, mais quand j’ai écouté l’extrait musical d’opéra, cette passion… ça a fait un déclic! Je me suis dit “wow, je ne sais pas qu’est-ce que c’est, mais j’adore!”.»

Il s’est alors amusé à tenter de reproduire ce type de voix ; d’abord avec la voix de baryton, plus basse, puis avec celle de contreténor. «Je suis tombé amoureux de cette voix. J’ai voulu faire ça comme profession», se souvient Victor Cal y mayor.

La voix de contreténor est l’apanage d’une petite fraction des hommes chanteurs d’opéra. «C’est une voix plus haute que ténor ; les couleurs de la voix ressemblent un petit peu au mezzosoprano que l’on voit chez les femmes. C’est assez spécial d’être contreténor», explique le chanteur.

La voix de contreténor est l’apanage d’une petite fraction des hommes chanteurs d’opéra.

Comme la tradition d’opéra n’est «pas tellement grande» au Mexique, il a décidé de tenter une nouvelle expérience en étudiant ailleurs. Les au revoir ont été difficiles avec sa famille, déchirée entre la peine de le voir partir et l’enthousiasme pour cette nouvelle opportunité. «Une fois ici, je leur ai envoyé des photos, ils étaient contents parce qu’ils savaient que j’étais bien», explique Victor Cal y mayor.

Cela fait maintenant deux ans qu’il n’a pas vu sa famille, même s’ils s’appellent souvent en vidéo. «La proximité et le contact me manquent», indique l’artiste.

Il a bon espoir qu’une de ses sœurs le rejoigne à l’Île-du-Prince-Édouard après la pandémie : «Elle vient de finir ses études universitaires comme enseignante d’anglais. Ça serait génial qu’elle vienne ici, elle pourrait aussi apprendre le français!» s’enthousiasme-t-il.

Lui-même prévoit bientôt présenter une demande de résidence permanente, lorsqu’il aura terminé son certificat au Collège de l’Ile et qu’il commencera à travailler à temps plein.

Conscient de la possibilité de devoir trouver un travail hors du domaine musical pour les premières années, Victor Cal y mayor a toutefois bon espoir d’un jour pouvoir vivre exclusivement de son art.

Au travers des incertitudes liées à la pandémie, certaines histoires ressortent comme autant de bouffées d’air et d’espoir. C’est notamment le cas de nombreux francophones qui ont choisi le Canada comme terre d’accueil, il y a de cela quelques mois ou des années. Chaque samedi, Francopresse vous présente quelques-unes de leurs histoires d’immigration, un clin d’œil à la vie qui continue même quand tout le reste s’arrête.