Joël Lauzon
Joël Lauzon

Et si on parlait théâtre?

Elsie Suréna
Le Nord
À la Place des Arts de Hearst, les planches n’ont guère le temps de refroidir ces jours-ci. La Journée mondiale du théâtre commémorée le 27 mars y est peut-être pour quelque chose. C’est l’occasion d’échanger sur le thème avec Joël Lauzon, homme de théâtre et metteur en scène.

Le Nord : Comment le théâtre francophone a-t-il évolué en Ontario ces derniers 10 ans? 

Joël Lauzon : La scène théâtrale franco-ontarienne est plus vaste qu’elle l’était dans le passé. Beaucoup plus de jeunes compagnies émergentes ont fait surface et beaucoup de projets intéressants existent en ce moment. Nous avons maintenant la chance d’avoir un beau catalogue d’œuvres franco-ontariennes d’où on peut puiser des textes, et ces textes sont plus accessibles que dans le passé.


LN : Quelle place est faite au parler régional qu’Hélène Koscielniak appelle le tarois? 

JL : Depuis le succès de Les Belles-sœurs de Michel Tremblay au Québec et les œuvres d’Herménégilde Chiasson pour les Acadiens, je crois que l’ouverture au niveau de la langue est présente au théâtre canadien-français. Nous ne sommes plus à l’âge du snobisme où la langue de Molière devait rester à l’état pur. Le tarois, comme toute autre forme de parler régional, est accepté tant que l’œuvre théâtrale a un mérite. Moé j’viens du Nord, s’tie a contribué à l’éveil du théâtre franco-ontarien en mettant en scène des personnages qui parlaient comme nous, mais la pièce devait quand même avoir de la substance.  Je crois que c’est plutôt une question de contenu que de contenant.


LN : Comment encourage-t-on l’émergence d’auteurs et auteures dramatiques dans la province? 

JL : Le milieu théâtral comprend une scène émergente phénoménale. Cependant, au niveau de la province, il y a un problème de financement. Les fonds sont très limités et plusieurs projets présentés n’auront pas le financement qu’ils méritent, sûrement. Il est problématique de financer nos magnifiques institutions de théâtre et notre relève est en croissance avec un budget stagnant. Cela étant dit, beaucoup de gens se tournent vers le crowdfunding pour réaliser leurs projets, et le soutien des communautés est primordial pour faire vibrer le milieu culturel. Il y a aussi de magnifiques organisations, comme Théâtre Action, qui représentent les milieux professionnel, éducatif et communautaire au théâtre franco-ontarien. Celui-ci met une panoplie de ressources à la disposition de la relève et organise le festival Théâtre Action en milieu scolaire, où beaucoup de jeunes découvrent et cultivent leur passion pour le théâtre, en plus de rencontrer plein d’autres jeunes passionnés. Ils veulent mettre sur scène leurs projets et beaucoup de nouveaux collectifs et de compagnies font surface. Les partenariats entre les institutions théâtrales et les jeunes compagnies sont aussi formidables, car on peut voir que le milieu théâtral se supporte, tant au professionnel qu’au communautaire et au scolaire.


LN : Existe-t-il une scène locale à Hearst? 

JL : Absolument. Hearst a une population qui encourage le théâtre, ainsi que plusieurs comédiens et comédiennes de tout âge. Il y a du théâtre communautaire qui se produit ici chaque année, et au rythme de plus d’une pièce annuellement. On cultive nos artistes et leurs passions à Hearst et ça se fait sentir. Il ne faut que regarder les Marie-Pierre Proulx et les Alexandre-David Gagnon pour voir que Hearst fait des vagues dans le monde du théâtre.


LN : Comment voyez-vous votre rôle dans la communauté en tant qu’homme de théâtre? 

JL : Il est certain que le théâtre ne peut pas être un rôle à temps plein dans les petites communautés, mais je crois qu’il est toujours important de mettre de l’emphase sur les créateurs et surtout sur les jeunes. J’aime beaucoup faire de la formation et je crois que c’est important pour bien outiller les gens qui monteront sur les planches. J’ai une grande passion pour l’improvisation, et le conte aussi, alors je me mets comme mission de travailler sur ces aspects quand j’en ai la chance.


LN : Comment voyez-vous l’avenir du théâtre francophone en Ontario? 

JL : Je suis optimiste quant au futur du théâtre franco-ontarien. Il est impossible de voir l’effervescence de la relève sans voir que le milieu est en de bonnes mains. Il y aura certainement des changements et des obstacles, mais c’est ce qui arrive quand on œuvre dans un milieu vivant et vibrant.


LN : Quelque chose que vous voudriez ajouter? 

JL : La meilleure chose que l’on puisse faire pour le théâtre c’est d’en consommer. Soutenir les artistes d’ici et d’ailleurs tant au niveau communautaire que scolaire et professionnel. Il y en a vraiment pour tout le monde, quand ça vient au théâtre, alors on ne peut pas dire que ça ne nous intéresse pas. Ça va du clown pour adulte, au théâtre d’objets pour enfant, tout en passant par les classiques de Shakespeare et la comédie musicale. J’invite donc les gens qui n’ont jamais vu une pièce de théâtre à y remédier, et aux grands fanatiques de théâtre à faire découvrir cet univers aux autres.