Le politologue et professeur de l’Université de Saint-Boniface Raymond Hébert
Le politologue et professeur de l’Université de Saint-Boniface Raymond Hébert

Élections provinciales le 10 septembre Quels sont les enjeux pour les Franco-Manitobains?

André Magny
André Magny
Francopresse
Avant de déposer leur bulletin de vote dans l’urne le 10 septembre, au-delà des questions sur la bonne gestion des finances de la province ou la réorganisation du système de santé, quels sont les principaux enjeux que surveillent les Franco-Manitobains?

38, 12, 4. Non, ce ne sont pas les numéros gagnants du prochain gros lot! C’est plutôt le nombre de députés qu’avaient respectivement conservateurs, néodémocrates et libéraux à la dissolution du parlement manitobain. Trois sièges étaient également détenus par des députés indépendants exclus plus tôt de leur parti.

Pour le politologue et professeur émérite de l’Université de Saint-Boniface, Raymond Hébert, les derniers sondages indiquent qu’il y a peu de doutes sur la réélection des conservateurs. La question est plutôt de savoir quel sera le score des libéraux. «Le parti s’est positionné comme parti du centre gauche, le même terrain que les néodémocrates de Wab Kinew.» Les candidats de Dougald Lamont vont-ils s’effondrer au moment du vote, se questionne M. Hébert?

D’autre part, avec 13 % des intentions de vote, «les Verts de James Beddome ont peut-être une chance de faire élire un député», selon M. Hébert. Celui-ci ajoute «qu’historiquement, à Winnipeg, c’est un NPD qui se fait élire.» Rappelons que Greg Salinger fut un francophone et francophile convaincu du temps où il occupa le poste de premier ministre entre 2009 et 2016.

C’était pourtant bien parti

Raymond Hébert, auteur de l’ouvrage La révolution tranquille au Manitoba français, est cinglant à l’égard de l’ensemble des partis :


« : «Aucun des partis ne se préoccupe des affaires francophones de peur d’un backlash de la part des anglophones.» »
Raymond Hébert, politologue et professeur de l’Université de Saint-Boniface

Il faudrait aussi, selon lui, que les leadeurs francophones prennent davantage position.

Raymond Hébert rappelle que la politique conservatrice à l’égard des francophones avait bien débuté. Le projet de loi 5 adopté en 2016 visait à appuyer l’épanouissement de la francophonie manitobaine. Si le texte du projet de loi avait été préparé par les néodémocrates, il faut reconnaitre que ce sont les conservateurs du premier ministre Brian Pallister qui l’ont fait adopter. Parallèlement à celle-ci a découlé la création d’un comité consultatif des affaires francophones. Deux choses que les Franco-Manitobains ont saluées.

Toujours selon le politologue, au fil du temps, ce comité a pris des airs de coquille vide. Par exemple, le comité en question n’a pas été consulté lorsqu’a été aboli le poste de sous-ministre adjoint de l’éducation, responsable du Bureau de l’éducation française au Manitoba, soi-disant pour des raisons budgétaires.

Une décision décevante selon Bernard Lesage, directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), relevant de la Commission scolaire franco-manitobaine.

Parallèlement à ce poste que M. Hébert avait d’ailleurs auparavant occupé, M. Lesage mentionne qu’un comité a été mis sur pied «pour voir si on peut élargir les responsabilités du Bureau de l’éducation française, comme avec la petite enfance.» En poste depuis 2013, M. Lesage estime que le milieu de l’éducation francophone fait face aussi à un problème d’espace. Selon ce dernier, les conservateurs sont les seuls à avoir promis la construction de trois nouvelles écoles s’ils sont reportés au pouvoir.

Bernard LESAGE

Les libéraux et les néodémocrates parlent surtout, selon M. Laberge, de mettre des sous dans les infrastructures. «C’est plus vague.»


Du côté associatif

Selon l’universitaire Hébert, il faudrait aussi que les leadeurs francophones prennent davantage position.

Le plus important évènement francophone hivernal dans l’Ouest canadien, le Festival du Voyageur reçoit des subventions du gouvernement depuis 50 ans. Son directeur général, Darrel Nadeau, s’inquiète de son côté que la subvention destinée au soutien de l’emploi ait été coupée. C’est un manque à gagner de 10 % dans le budget global du festival. «Ça représente 100 000 $ sur trois ans» et permettait d’assurer l’embauche de 350 employés pendant le célèbre évènement qui se tient dans le quartier de Saint-Boniface, à Winnipeg. «Cette subvention était un incitatif.»

Alors qu’on parle surtout de santé et, dans une moindre mesure, d’éducation au cours de cette campagne, M. Nadeau trouve évidemment dommage que la culture soit absente du débat. «Ça touche moins la population.» Est-ce pour cela que M. Pallister ne s’est jamais présenté au Festival, assure son directeur général? «C’était différent avec M. Salinger, qui y venait fréquemment.»

S’il espère plus d’argent pour la culture et la francophonie, M. Nadeau ne se fait pas non plus d’illusion. Soulignant que la ministre responsable de la francophonie au sein du gouvernement conservateur, Rochelle Squires, est toujours «en apprentissage du français,» il aimerait que les prochaines élections amènent «un francophone à l’intérieur du gouvernement.»