Plusieurs étudiants immigrants francophones en enseignement à l’Université Laurentienne rêvent de trouver un emploi à Sudbury après leurs études.
Plusieurs étudiants immigrants francophones en enseignement à l’Université Laurentienne rêvent de trouver un emploi à Sudbury après leurs études.

Une pénurie en Ontario, mais pas d’emploi pour les nouveaux enseignants immigrants ?

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
LE VOYAGEUR (Ontario) – Plusieurs étudiants immigrants francophones en enseignement à l’Université Laurentienne rêvent de trouver un emploi à Sudbury après leurs études. Pour ceux qui ont une famille, c’est presque leur seul choix. Ils n’y arrivent pas et certains se demandent pourquoi on ne veut pas d’eux à Sudbury. Les conseils scolaires précisent : on veut d’eux, mais le trajet n’est pas une ligne droite.

La pénurie d’enseignants francophones est bien réelle, mais comme le confirment aussi bien le Conseil scolaire catholique Nouvelon (CSC Nouvelon) et le Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario (CSPGNO), elle n’est pas à Sudbury.

«Ce n’est pas à Jeanne-Sauvé au centre-ville de Sudbury que j’ai une pénurie d’enseignants. C’est à Blind River qu’on a eu de la difficulté à recruter, c’est à Manitouwadge…», explique le directeur de l’éducation du CSPGNO, Marc Gauthier.

Pour ces communautés dites éloignées, ils doivent parfois changer leurs plans à la dernière minute parce que la personne embauchée s’est finalement trouvé un autre emploi qu’elle préfère.

Comme bien d’autres employeurs, l’accès à des postes permanents est géré par les conventions collectives. L’ancienneté est l’un des principaux facteurs à respecter lorsqu’un poste d’enseignant devient disponible.


« Les gens qui veulent travailler à Sudbury vont aller faire quatre ans, cinq ans, six ans à l’extérieur et là, à cause de l’ancienneté, quand des postes ouvrent à Sudbury, ils vont les obtenir. »
Marc Gauthier, directeur de l’éducation du CSPGNO

Du côté du CSC Nouvelon, la directrice du Service des ressources humaines, Josée Ruddy, dit que ça peut prendre aussi peu qu’un an pour trouver un poste à Sudbury. Pour eux aussi, ce sont les écoles à Hornepayne, à Wawa ou à Dubreuilville qui ont constamment besoin de renouveler leur personnel.


« Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas employer les gens, c’est vraiment que les emplois disponibles se trouvent aux alentours. C’est ce portrait-là que l’on aimerait défaire auprès de cette clientèle. »
Moïse Zahoui, du Communauté francophone accueillante de Sudbury (CFA)

S’expatrier de la sorte permet parfois de gravir les échelons encore plus rapidement. Marc Gauthier offre le récit d’un enseignant issu de l’immigration qui a pu devenir directeur d’école en peu d’années, ce qui était son objectif à long terme.

Cet exode, Baba Fofana en est témoin. Deux amis finissants ont quitté la région pour trouver des postes permanents, l’un au Manitoba et l’autre à Toronto.

Un déménagement présente aussi d’autres défis. «On a parfois l’impression que dans les petites municipalités, c’est comme des bastions imprenables, en quelque sorte. Ce sont des endroits où tout le monde se connait, etc.», observe-t-il.

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Chemin numéro deux

Ce déracinement supplémentaire n’est pas possible pour tous. Dans son cas, sa conjointe est toujours étudiante au Collège Boréal. De plus, il aime Sudbury et veut y rester avec sa famille. «Je peux l’avouer, les gens sont très bien accueillis.»

La liste de suppléance est une deuxième porte d’entrée dans les conseils scolaires. D’ailleurs, Baba Fofana s’y est inscrit et espère travailler en même temps qu’il complète à distance sa maitrise en éducation à l’Université d’Ottawa.

«Il y a quand même beaucoup d’opportunités à Sudbury pour des affectations à court terme ou long terme au courant de l’année, ce qui permet d’aller chercher une certaine expérience», dit Josée Ruddy. La pandémie a d’ailleurs créé encore plus de besoins de ce côté.

Marc Gauthier confirme que la suppléance est un chemin possible vers la permanence, mais il est souvent plus long.

Avoir l’information au bon moment

Cette situation démontre une fois de plus la difficulté de transmettre les bonnes informations au bon moment aux immigrants. Les nouveaux arrivants mentionnent souvent qu’ils arrivent au Canada avec une fausse idée de la situation de la langue française hors Québec, par exemple. Entre autres parce qu’on ne leur a pas expliqué correctement avant leur arrivée.

Moïse Zahoui confirme que le CFA collabore avec l’organisme responsable des services prédépart. L’objectif est justement de mieux renseigner les immigrants sur différents aspects de la vie au Canada et de répondre à leurs questions avant leur arrivée dans la région, afin qu’ils puissent prendre plus rapidement des décisions mieux informées.

Il rappelle aussi que tous les nouveaux arrivants francophones sont invités à les contacter dès leur arrivée. Leurs besoins seront évalués et ils seront dirigés vers les services appropriés.

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Le contact de la Communauté francophone accueillante à Sudbury : 705-670-2166.

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Rencontre à Sudbury le 8 octobre entre futurs enseignants immigrants et employeurs

Le projet CFA et la Société économique de l’Ontario (SÉO) organisent une présentation le 8 octobre sur le sujet. La rencontre entre les deux conseils scolaires francophones de Sudbury et les immigrants intéressés à travailler en enseignement vise à démystifier certaines idées reçues.

L’activité est en quelque sorte une réponse à une question lancée par un étudiant de la Laurentienne, lors de Franco-Parole III en juin. Baba Fofana ne comprenait pas pourquoi aucun immigrant étudiant en enseignement à la Laurentienne n’était parvenu à se trouver un emploi à Sudbury.

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Pour M. Fofana, que l’on parle de pénurie d’enseignants francophones au pays et qu’il semble impossible de se faire engager à Sudbury est étrange. «À Sudbury, c’est un défi pour les immigrants francophones qui sont issus de la minorité noire de se faire embaucher là où ils pensaient trouver la meilleure terre d’accueil et d’intégration», déplore-t-il.

Le coordonnateur du CFA au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, Moïse Zahoui, confirme qu’il a déjà entendu ce commentaire lors d’activités organisées par son équipe.

La rencontre d’octobre a été organisée justement pour répondre à ces commentaires.

«Il y a des points qu’on aimerait vraiment éclaircir pour les aider à mieux connaitre ces employeurs et, par ricochet, leur permettre de faire des choix judicieux dans la recherche d’emploi.»

«Je me dis quand on vient pour se faire former dans un domaine [à l’endroit] où on pense exercer ce métier, je pense que l’idéal serait d’avoir du travail là où on est venu se former, là où on a résidé pendant une longue période. À la fin [si] on n’est pas capable de rendre ce que l’on a reçu en retour et aller monnayer ça ailleurs, je trouve que c’est un gâchis», argumente Baba Fofana.

Josée Ruddy sera de la rencontre du 8 octobre. Elle expliquera entre autres les défis imposés par la taille du territoire du CSC Nouvelon et leur processus d’embauche qui commence habituellement en février.