Liliane Gaudet a dû rattraper toute une année scolaire en trois mois, en français, alors que cela faisait plusieurs années que l’école était en allemand.
Liliane Gaudet a dû rattraper toute une année scolaire en trois mois, en français, alors que cela faisait plusieurs années que l’école était en allemand.

«Travaillez cet été, faites vos révisions et finissez cette année»

Laurent Rigaux
Initiative de journalisme local — APF — Atlantique
Liliane Gaudet, originaire d’Alsace en France, habite à l’Île-du-Prince-Édouard depuis près de 60 ans. L’épidémie de COVID-19 qui empêche les enfants d’aller à l’école lui rappelle des souvenirs du début des années 1940. Alors enfant à Strasbourg, elle avait dû faire le programme de toute l’année scolaire en trois mois, dans une autre langue. Elle estime que les enfants de l’Ile pourraient rattraper ce qu’ils ont manqué ce printemps, à condition de renoncer à une partie des vacances.

En novembre 1944, la deuxième division blindée menée par le général Leclerc entame la campagne d’Alsace. À Strasbourg, Liliane Gaudet va avoir 9 ans le mois suivant. Pour elle, comme pour tous les enfants alsaciens, l’école est en allemand depuis l’annexion de la région en 1940.

Au cours de cet automne 1944, les combats font rage et les enfants ne retournent pas en classe.

— On jouait à l’extérieur quand on pouvait, sinon à l’intérieur. On aidait nos parents dans le jardin, raconte Liliane Gaudet.  

Strasbourg est libérée en novembre 1944 et la campagne d’Alsace se termine au printemps 1945.

 —  Dès février 45, on est retourné à l’école et on a dû tout recommencer en français. Tout ce qui avait été appris en allemand, il fallait le réapprendre. On a revu toute l’année précédente (1943/44) en français pendant le printemps 45. Et à partir du mois de mai jusqu’à fin juillet, on a appris tout le programme de 1944/45. En trois mois. Pour moi, ça n’a pas été trop difficile de changer de langue. Et j’avais une copine qui venait de Nancy [en Lorraine, la région voisine], elle ne parlait que le français.

Certaines matières étaient laissées de côté pour que les enfants se concentrent sur l’essentiel.

—    Ce n’était que les choses principales, la lecture, la grammaire, un peu d’histoire et de géographie. La couture, le dessin ça a été mis de côté. Le chant, on le faisait le samedi après-midi.

Liliane Gaudet estime que les enfants à l’Île-du-Prince-Édouard pourraient prendre moins de vacances cet été pour rattraper ce qu’ils ont manqué à cause de la COVID-19.

À l’Île-du-Prince-Édouard, les enfants n’ont plus de classes depuis la mi-mars. Depuis le début mai, un système d’apprentissage en ligne a été mis en place, quelques heures par jour seulement. Pour Liliane Gaudet, l’apprentissage à la maison est une bonne chose, mais les enfants pourraient faire plus.

— Ils pourraient rattraper facilement, mais il faudrait qu’ils aillent à l’école au mois de juillet et aout. On veut que les gens partent en vacances, mais où voulez-vous qu’ils partent avec la pandémie? Les enfants pourraient recommencer au mois de juin et revoir ce qu’ils ont vu avant la crise. Et au lieu d’avoir huit semaines de vacances, ils en auraient deux par exemple.

À l’époque, l’ancienne Strasbourgeoise n’avait pas trouvé cela compliqué de tout revoir de manière intensive. Au contraire.

— On n’a pas trouvé ça difficile, tout le monde était dans le même bain. On avait hâte de retourner à l’école, ça nous permettait de jouer ensemble. Au début, c’était volontaire. La réouverture des écoles avait été annoncée dans les journaux, c’était le choix des parents parce qu’il y avait encore des soldats dans la région. Nous n’étions pas très nombreux à ce moment-là, une douzaine. En mai, nous étions une vingtaine, quand l’école est redevenue obligatoire. Certains avaient plus de difficultés, évidemment. Il y en a qui ont dû redoubler, d’autres ont été aidés par leurs parents.

Elle estime que des solutions pourraient être trouvées pour permettre aux enfants de l’Ile de rattraper efficacement leur retard. 

— Évidemment, il faut faire attention avec la maladie. Mais on pourrait allonger les journées, faire trois heures le matin, trois heures l’après-midi. Il y a moyen de faire des choses, mais ça dépend des gens qui décident. Les enfants ont envie de retourner à l’école, je pense. Et j’ai envie de leur dire : travaillez durant l’été, faites vos révisions, finissez cette année et prenez un peu moins de vacances.