Le débat autour de la suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa pour avoir utilisé le mot «n**ger» continue de faire rage.
Le débat autour de la suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa pour avoir utilisé le mot «n**ger» continue de faire rage.

Professeure suspendue à l’Ud'O : «deux principes à réconcilier», selon le recteur

Daniel LeBlanc et Julien Paquette
Le Droit
LE DROIT (Ontario) – Le débat autour de la suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa pour avoir utilisé le mot «n**ger» continue de faire rage. Dans un message à la communauté universitaire, le recteur Jacques Frémont s’est prononcé pour la première fois lundi en affirmant entre autres que «liberté d’expression et droit à la dignité ne se contredisent pas».

Rappelons que, tel que révélé d’abord par La Presse la semaine dernière, la professeure à temps partiel à la Faculté des arts Verushka Lieutenant-Duval aurait prononcé le mot «n**ger» lors d’un cours virtuel, au moment où elle comparait la réappropriation du mot queer par la communauté gaie à celle de ce mot par la communauté noire, aux États-Unis.

Elle s’est par la suite excusée par courriel, mais il n’en fallait pas plus pour qu’elle subisse son procès en direct sur les médias sociaux et qu’on lui reproche d’avoir prononcé une insulte raciste.

L’histoire a fait couler beaucoup d’encre depuis et un groupe de 34 professeurs de l’UdO se sont entre autres portés à sa défense dans une lettre ouverte intitulée Libertés surveillées, acheminée aux médias vendredi.

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Lundi, le recteur et vice-chancelier de l’institution, Jacques Frémont, a ajouté son grain de sel en disant que l’équilibre entre la liberté d’expression et le «droit à la dignité» des étudiants noirs est difficile à maintenir, mais il estime que l’institution a bien agi dans ce cas-ci.

Il précise que «les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression».

«Notre université a vécu depuis plus d’une année et demie des incidents racistes ou à caractère raciste. Nous sommes, comme bien d’autres universités, en train de prendre conscience des diverses manifestations de ce racisme systémique, bien ancrées dans nos façons de faire et nous avons pris l’engagement de travailler à remédier à la situation. Parmi les problèmes dénoncés, on trouve les agressions et microagressions dont sont régulièrement victimes des membres noirs ou racisés de notre communauté. Ce qui peut sembler banal pour un membre de la communauté majoritaire peut être perçu par plusieurs membres de la minorité comme étant profondément offensant», ajoute Jacques Frémont.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont.

«Deux principes à réconcilier»

En référence à la lettre signée par la trentaine de collègues de Mme Lieutenant-Duval, M. Frémont affirme que «plusieurs ont tenté de réduire la question à une simple question de liberté d’expression et/ou de liberté académique».

«La question est beaucoup plus vaste puisque plusieurs membres de notre communauté considèrent que leur droit à la dignité a été atteint. Deux principes sont donc en cause et doivent être réconciliés et c’est ce à quoi la direction de la Faculté des arts s’est attachée en rencontrant les étudiants et en mettant sur pied une nouvelle section du cours pour celles et ceux ne souhaitant pas continuer leur cours avec l’enseignante en question», explique-t-il.

Ce dernier ajoute que la professeure aura le loisir de lancer une discussion sur l’utilisation du mot «n**ger», mais «qu’on ne soit pas surpris que plusieurs de ses étudiants n’aient tout simplement pas envie, surtout dans la lancée du mouvement Black Lives Matter, d’avoir encore une fois à se justifier pour que leur droit à la dignité soit respecté».

Ancien président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, M. Frémont ajoute cependant dans sa missive que «la liberté d’expression et la liberté académique sont nécessaires au fonctionnement de toute université».

«Il faut lutter pour que ces libertés soient omniprésentes dans notre quotidien. Personnellement, je puis vous assurer que je me bats souvent pour défendre la liberté d’expression de collègues dont les propos sont rapportés à mon bureau et pour lesquels mes interlocuteurs exigent l’imposition de sanctions. Régulièrement, des conversations difficiles ont lieu sur toutes sortes de sujets sur notre campus et dans nos salles de cours. Le développement de l’esprit critique en dépend».

M. Frémont précise par ailleurs que Verushka Lieutenant-Duval est toujours à l’emploi de l’Université d’Ottawa, et «qu’elle est libre de continuer son cours, ce qu’elle a fait vendredi dernier, comme d’habitude, en bénéficiant de sa pleine liberté académique».

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