Moins de 1 % des cours seront offerts en personne sur le campus de la Laurentienne.
Moins de 1 % des cours seront offerts en personne sur le campus de la Laurentienne.

Port du masque dans les universités : le flou règne

Inès Lombardo
Francopresse
FRANCOPRESSE – Alors que la rentrée étudiante s’amorce dans les universités, les règles entourant le port du masque dans les salles de classe demeurent floues. Si les règlements internes des universités leur confèrent une certaine autonomie, le manque d’encadrement du gouvernement laisse plusieurs institutions dans l’indécision. C’est notamment le cas pour l’Université Saint-Paul à Ottawa et l’Université Laurentienne à Sudbury.

Les élus le martèlent depuis cet été : cette rentrée sera «particulière».

En Ontario, la majorité des cours universitaires offerts seront en ligne, au grand bonheur de certains étudiants, tandis qu’une infime proportion sera en présentiel. Quelque 300 étudiants fréquenteront le campus de l’Université Saint-Paul à Ottawa et 500 celui de la Laurentienne, à Sudbury. Nous avons tenté de contacter le collège Glendon à Toronto, mais nos demandes sont restées sans réponse.

«Aucune décision n’a été prise»

À l’université Saint-Paul, sur une capacité d’accueil de 5 000 étudiants, 300 ont indiqué n’avoir aucun problème avec la distanciation physique, rapporte la rectrice, Chantal Beauvais.

Plusieurs rêvaient depuis longtemps de pouvoir suivre leurs cours en ligne, mais dans le contexte de la pandémie, le rêve s’est transformé en cauchemar. Certains n’ont plus qu’une envie : revenir sur le campus. Ce serait une manière d’échapper à un environnement peu propice au travail (les colocations à plusieurs ou peu de place chez eux), ou de pallier un manque d’équipement (wifi, ordinateur, etc.).

Pour accommoder ces étudiants, l’administration de l’Université Saint-Paul a décidé d’offrir 50 % des cours en présentiel, tout en les rendant également accessibles en ligne.

À l’Université d’Ottawa, voici la réponse obtenue par Francopresse le 17 aout, soit à dix jours de la rentrée, concernant la question du port du masque à l’intérieur des salles de classe : «Il faut garder en tête que la vaste majorité des cours seront offerts à distance pour la session d’automne. Le nombre d’étudiants présents physiquement sur le campus sera considérablement réduit. Nous sommes quand même prêts à évaluer la nécessité d’imposer le port du masque à l’intérieur des salles de classe pour ceux et celles qui devront se rendre sur le campus pour un cours en présentiel. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise.»

Selon la rectrice de l’Université Saint-Paul, Chantal Beauvais, l’institution n’aura pas de mal à accueillir 300 étudiants, plus le personnel, en raison de la configuration de l’université, qui dispose de grandes salles.

La salle de cours, cette zone grise

Selon la rectrice de l’Université Saint-Paul, Chantal Beauvais, l’institution n’aura pas de mal à accueillir 300 étudiants, plus le personnel, en raison de la configuration de l’université, qui dispose de grandes salles.

Dans les espaces partagés comme les corridors, ascenseurs et cafétéria, c’est clair : le masque est obligatoire.

Toutefois, en ce qui concerne les salles de cours, la rectrice confirme qu’aucune directive claire n’est venue de la part du gouvernement ontarien. «La tendance ministérielle est de laisser beaucoup d’autonomie pour gérer les opérations», souligne-t-elle.

Pour assurer la sécurité des étudiants et du personnel enseignant qui se rendront sur le campus, afin de respecter la distance préconisée par les instances de santé publique, seuls 15 élèves seront accueillis pour les cours en présentiels, dans une salle pouvant en accueillir 40.


« Nous avons requis le port du masque, mais il n’est pas obligatoire si les deux mètres sont respectés. »
Chantal Beauvais, rectrice de l'Université Saint-Paul

Chantal Beauvais souligne que l’université ne fait qu’appliquer les règles de Santé publique Ontario.

Toutefois, la nature des salles de cours à l’université diffère de celles du primaire ou du secondaire ; les étudiants ne sont pas dans le contexte de «bulles», contrairement aux élèves de ces écoles.

À l’université Saint-Paul, sur une capacité d’accueil de 5 000 étudiants, 300 ont indiqué vouloir revenir sur le campus.

Les réponses tardent à venir

Dans cette optique, les classes doivent-elles être définies comme des espaces publics fermés? Certains étudiants ontariens se le demandent encore, alors que la rentrée approche à grands pas.

Santé publique Ottawa a redirigé la question vers la Ville et son Règlement provisoire sur le port du masque obligatoire. Le document est clair pour le cas des écoles, dont les salles ne «sont pas considérées comme des espaces publics fermés».

À propos des universités, Roger Chapman, directeur des Services des règlements municipaux à la Ville d’Ottawa, a confirmé le 26 aout que «les établissements d’enseignement postsecondaire sont régis par la Loi sur le ministère de la Formation et des Collèges et Universités ainsi que par un conseil des gouverneurs, qui détermine les politiques concernant l’utilisation de l’établissement d’enseignement postsecondaire, y compris les salles de classe.»

«Ainsi, les Services des règlements municipaux sont d’avis que le Règlement provisoire sur le port obligatoire du masque ne s’applique généralement pas au personnel et aux élèves qui utilisent les salles de classe d’établissement d’enseignement postsecondaire en tant qu’espace d’enseignement», conclut Roger Chapman.

Anthony Di Monte, directeur général des Services de protection et d’urgence d’Ottawa, abonde dans le même sens : «Au niveau du règlement municipal, on n’interviendra pas dans les universités et collèges […] qui vont mettre en place leurs règlements».

Traduction et confirmation : les universités ne sont pas soumises à la règlementation municipale, du moins à Ottawa.

À Sudbury, le 25 aout, les étudiants de théâtre de l’Université laurentienne ont reçu le message suivant : «Les masques sont obligatoires dans tous les espaces intérieurs du département […]».

La Laurentienne avait annoncé sa politique du port du masque le 28 juillet sur la page principale du site Web de l’université. Le paragraphe 3.3.1 détaille les situations dans lesquelles le port du couvre-visage est obligatoire, incluant lorsque les étudiants marchent dans les corridors ou les aires intérieures vers une destination.

L’Université Laurentienne, à Sudbury, fournira un masque motivateur de la Laurentienne à chaque membre de la population étudiante, du personnel et du corps professoral.

Quand un étudiant se dirige vers une salle, le couvre-visage doit donc être mis. Mais qu’en est-il pendant les cours? Le même paragraphe indique que le masque est obligatoire lorsque «vous êtes dans une salle de classe ou d’études, un gymnase, un bureau ou une salle de réunions avec d’autres personnes où il est impossible de maintenir une distance physique d’au moins deux mètres». S’il est possible de maintenir cette distance physique, il semblerait que les élèves puissent retirer leur masque alors qu’ils sont assis.

Isabelle Bourgeault-Tassé, directrice des communications de la Laurentienne, affirme finalement qu’«effectivement : il faut pouvoir maintenir une distance physique d’au moins deux mètres.»

L’administration de l’Université Laurentienne précise qu’elle prévoit accueillir environ 500 étudiants dans ses résidences cette année, contre 1 200 en temps normal. Alors que le campus peut accueillir 8 000 étudiants, moins de 1 % des cours seront offerts en personne.

«Nous nous attendons à ce qu’un petit nombre d’étudiants viennent occasionnellement sur le campus pour participer en personne à quelques cours», conclut Isabelle Bourgeault-Tassé. La rentrée s’annonce définitivement particulière.