Nouveaux programmes scolaires : l’histoire oubliée des francophones de l’Alberta?

Geoffrey Gaye
Le Franco
LE FRANCO (Alberta) – L’histoire est écrite par les vainqueurs! Une formule qui semblerait s’appliquer en Alberta. L’été dernier, le gouvernement provincial conservateur entreprenait une réforme du programme scolaire établi par le NPD. Un an plus tard, la fuite de recommandations à propos de ce projet laisse présager l’absence de l’histoire franco-albertaine des livres des jeunes élèves.

«L’éducation, ça a toujours été la chose la plus importante pour la francophonie albertaine», affirme Claudette Roy, présidente de la Société historique francophone de l’Alberta (SHFA). 

Cette doyenne de la communauté connait le sujet sur le bout des doigts. Sa carrière de professeure d’études sociales, son engagement abouti pour la création et la gestion d’écoles francophones, ou encore sa participation à la création du curriculum scolaire de 2005, «qui intégra pour la première fois les perspectives francophones et autochtones», en font une experte.

Aujourd’hui à la retraite, Claudette est comme replongée dans le passé à la lecture des recommandations pour le futur curriculum scolaire, publié par CBC mercredi 21 octobre.


« Ce qui est proposé maintenant est vraiment un recul. »
Claudette Roy, présidente de la Société historique francophone de l’Alberta

Toutes ces batailles pour rien? Elle s’offusque que les Franco-Albertains ne soient pas mentionnés dans les recommandations du nouveau programme d’études sociales. Enfin oui, ils le sont, mais «comme un groupe folklorique».

«Ce n’est pas élaboré», clame-t-elle, tout en pointant du doigt certaines incohérences : «la fleur de lis, mais pas le drapeau franco-albertain ; Adam Dollard des Ormeaux, mais pas le père Lacombe». L’histoire qu’on veut dépeindre de la francophonie est basée sur le Québec, commente-t-elle, avant de rappeler que les francophones sont installés en Alberta depuis plus de 200 ans.

Claudette Roy qui avait travaillé pour la reconnaissance de l’histoire francophone de l’Alberta dans le curriculum de 2005 dénonce l’absence de perspectives. Elle était affiliée au Parti libéral en 2008.

Majorités d’hier, minorités de demain

Les bâtisseurs francophones, souvent rattachés à l’Église catholique ou la Compagnie du Nord-Ouest, ne sont pas les seuls absents de ces recommandations. Les Premières Nations et Métis n’y sont que très peu mentionnées. 

«On a l’impression que la place des autochtones est symbolique, mais pas contemporaine», dit Nathalie Kermoal, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta. En lisant le texte, la spécialiste a remarqué plusieurs paragraphes barrés. «Tous les aspects de l’attachement des cultures autochtones à la terre semblent avoir été rayés».

La professeure pointe également du doigt la pédagogie : 


« Surtout retenir des dates, comme si retenir des dates, ça permettait le sens de l’accomplissement. »
Nathalie Kermoal, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta

Continuons la lecture avec elle. «On parle de ce qui est vrai, bon et beau, ça m’étonne un peu. Je pense que les jeunes sont capables d’intégrer beaucoup d’informations et de développer un esprit critique».

Enseigner l’histoire des écoles résidentielles, ça ne fait pas non plus partie du nouveau cursus proposé. Les auteurs du document jugent cela «trop triste pour de jeunes enfants». Nathalie Kermoal s’indigne :  


« Le fait de ne pas parler des réalités des pensionnats parce que c’est trop triste, alors qu’on parle de l’esclavage… On choisit le degré de tristesse, est-ce que c’est ça? »
Nathalie Kermoal, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta

Pour elle, ce futur curriculum ne semble pas aller dans le sens des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation.

Nathalie Kermoal, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta pense que ces recommandations sont archaïques.

Orienté 

Pourquoi un nouveau curriculum? Ce projet répond à la réforme du curriculum qu’avait entrepris le gouvernement néodémocrate, contesté par le Parti conservateur uni. À son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Jason Kenney avait mis sur arrêt le processus de changement de curriculum, avant d’annoncer un nouveau processus.

Carol Léonard, professeur spécialisé en Éducation au Campus Saint-Jean, avait participé à l’élaboration du curriculum qui devait être mis en place sous le précédent mandat. Il regrette qu’il n’ait jamais été appliqué. Il indique que des centaines de personnes, vivant aux quatre coins de la province, avaient travaillé sur ce dernier. Selon lui, le NPD «avait à l’esprit l’idée d’une contribution tous azimuts afin de tirer profit des avis les plus divers».

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