Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton.
Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton.

L’Université de Moncton craint de subir le même sort que l’Université Laurentienne

Cédric Thévenin
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – «Ce n’est pas un lundi noir qu’on vit à l’Université de Moncton, mais 10 ans de noirceur. S’il n’y a pas de changement, ça va continuer», s’est alarmé le recteur de l’établissement, Denis Prud’homme. Le vice-chancelier a tenu ces propos devant le Comité permanent des langues officielles à la Chambre des communes du Canada la semaine dernière.

Ce groupe de députés a décidé d’étudier les possibilités de soutien fédéral pour les institutions postsecondaires francophones et bilingues en situation minoritaire après le «lundi noir» à l’Université Laurentienne. Cet établissement d’Ontario a dû faire des sacrifices énormes dans son offre de cours et son corps professoral en avril.

Le comité a reçu M. Prud’homme le 8 juin, en même temps que le chef de la direction du Campus Saint-Jean, en Alberta, Pierre-Yves Mocquais.


« Vous êtes un peu nos chouchous au comité, parce que vous êtes les porte-parole de deux grands vaisseaux amiraux de la francophonie canadienne et que vous jouez un rôle extrêmement important. »
Steven Blaney, député conservateur québécois

Cependant, le recteur de l’Université de Moncton (U de M) a tenu à montrer que son navire pourrait bientôt prendre l’eau.

«Pour équilibrer notre budget, on doit faire des coupes budgétaires, de l’ordre de 2% à 3% par an depuis les dix dernières années. Notre budget a ainsi été réduit de plus de 25 millions $ en une décennie», a expliqué M. Prud’homme.

Le vice-chancelier a précisé que ces coupes prennent la forme de non-remplacements de postes de professeurs, par exemple. Il a souligné des conséquences significatives sur la capacité de l’U de M à livrer des programmes de qualité et du soutien à ses étudiants.

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«L’entretien préventif et l’amélioration de la qualité des installations sont des choses mises de côté, a-t-il ajouté. Donc, on ne pense qu’aux urgences, un toit qui coule, etc.»

M. Prud’homme a pointé l’augmentation moyenne des subventions du gouvernement du Nouveau-Brunswick de seulement 0,7% pendant les dix dernières années alors que le financement provincial représente 75% du budget de son établissement.

«Notre vitalité financière à long terme n’est pas assurée, car nous faisons face à un déficit structurel, a-t-il prévenu. Nous sommes à un moment où nous allons devoir faire des choix difficiles.»

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Il a exposé ses projets d’économies: une centralisation administrative et un partage des cours entre les trois campus de l’U de M ainsi qu’avec des établissements d’autres provinces, grâce à des vidéoconférences sur internet.

«Ce qui s’est passé à l’Université Laurentienne, c’est juste une question de temps pour que ça arrive à l’Université de Moncton si nos mesures mises en place n’ont pas les effets escomptés», s’est-il inquiété.

L’Université Laurentienne, basée en Ontario, est menacée de faillite. L’institution bilingue a sabré le tiers de ses programmes. Les cours en français ont été touchés dans une proportion plus importante. L’annonce, survenue en avril, a été qualifiée de «lundi noir».

Le recteur de l’U de M a demandé de l’aide à cause d’une augmentation annuelle des frais d’exploitation de l’ordre de 2 à 3 millions $, liée à des augmentations salariales obligatoires et à l’inflation.

«Ç’a provoqué une augmentation des frais de scolarité, de l’ordre de 24% au cours des trois dernières années», a déploré le recteur.

Il a demandé au gouvernement fédéral un appui financier permanent, indexé à l’inflation, destiné aux opérations et plus seulement à des projets spécifiques. Il a aussi réclamé des bourses pour les étudiants internationaux.

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«Notre seule façon d’augmenter nos revenus est d’augmenter leur nombre, a soutenu M. Prud’homme. Nous recevons de 3000 à 4000 candidatures par an, nous faisons ensuite 1500 offres d’admission, mais nous obtenons à peine 200 inscriptions. C’est principalement à cause des frais de scolarité qui sont pratiquement le double pour les étudiants internationaux.»

Le député fédéral du Madawaska–Restigouche, René Arseneault s’est décrit comme un enfant de l’U de M, puis s’est ému du sort de l’établissement et du Campus Saint-Jean.

«Vous êtes pour nous des symboles de résistance, s’est exclamé l’élu libéral. J’ai l’impression de regarder la première page des albums d’Astérix avec ceux qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, l’envahisseur étant la langue dominante de l’Amérique du Nord.»