En mai 2019, le gouvernement du Canada a dévoilé sa Stratégie de recrutement et de rétention des enseignants de français au Canada, afin de répondre à une pénurie persistante des ressources humaines dans ce secteur.
En mai 2019, le gouvernement du Canada a dévoilé sa Stratégie de recrutement et de rétention des enseignants de français au Canada, afin de répondre à une pénurie persistante des ressources humaines dans ce secteur.

Enseignement francophone : les solutions durables prennent du temps

Jacinthe Laforest
Jacinthe Laforest
La Voix acadienne
LA VOIX ACADIENNE (Île-du-Prince-Édouard) – En mai 2019, le gouvernement du Canada a dévoilé sa Stratégie de recrutement et de rétention des enseignants de français au Canada, afin de répondre à une pénurie persistante des ressources humaines dans ce secteur. Le 3 mars dernier, la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a confirmé qu’un financement totalisant 46,5 M$ avait été accordé à 76 projets qui, à plus ou moins long terme, devraient améliorer la situation.

«Les banques de suppléance sont vides, les troupes sont épuisées. Malgré l’urgence, il faudra s’armer de patience, car les retombées de la mise en œuvre de solutions durables vont prendre du temps», a soutenu Valérie Moran, directrice générale de la Fédération canadienne des conseils scolaires francophones (FCCSF), à l’occasion du petit évènement virtuel du 3 mars dernier. 

«Notre réseau d’écoles françaises au pays croît à un rythme de 3000 élèves par année. Nous devons recruter du nouveau personnel alors même que nous manquons d’enseignants», a-t-elle dit, espérant néanmoins que d’ici quelques années, les solutions durables auront été trouvées à la situation de pénurie. 

À lire aussi : Profs francophones recherchés

Enseigner, un choix professionnel pour la vie

La FCCSF a été parmi les premiers organismes à lever un «drapeau jaune», devant la possibilité d’une «crise pour la relève des enseignants». 

«Dans le contexte de notre réseau, nous avons misé sur une initiative qui s’étendra sur trois ans, pour arriver à limiter le décrochage professionnel. Un enseignant sur cinq abandonne la profession durant ses premières années de carrière. Notre initiative vise les directions d’école, les responsables de la construction identitaire et les conseillers. L’objectif est de les outiller pour qu’ils puissent accompagner professionnellement les enseignants parmi leurs collègues qui sont en début de carrière», a décrit Valérie Moran. 

De gauche à droite et de haut en bas : La ministre des Langues officielles, Mélanie Joly; Lynn Brouillette, directrice générale de l’Association des collèges et universités francophones du Canada; Valérie Moran, directrice générale de la Fédération canadienne des conseils scolaires francophones et Nancy Pynch-Worthylake, directrice générale de l’Association canadienne des commissions/conseils scolaires anglophones.

Lynn Brouillette est quant à elle directrice générale de l’Association des collèges et universités francophones du Canada (ACUFC). «Nous comptons dans notre association neuf facultés d’éducation qui sont incontournables pour atteindre les cibles de bilinguisme citées dans le Plan d’action sur les langues officielles 2018-2023».

Ces cibles stipulent que le taux de bilinguisme des anglophones à l’extérieur du Québec est passé de 6,8 % (recensement de 2016) à 9 % d’ici 2036. Ces cibles stipulent également que le poids relatif de 3,8 % (recensement de 2016) de francophones à l’extérieur du Québec sera rétabli à 4 % d’ici 2036 et maintenu à long terme. 

Pour Lynn Brouillette, les neuf facultés «incontournables pour établir un réel continuum en éducation en français de la petite enfance, jusqu’au postsecondaire» disposent d’une «expertise précieuse et distinctive» en matière d’apprentissage des langues d’enseignement en milieu minoritaire et de production de données probantes. 


« Elles assurent un enseignement qui permet de perpétuer la vision d’un pays qui appuie l’égalité réelle des deux langues officielles et qui favorise l’égalité des chances pour chacun. »
Lynn Brouillette, directrice générale de l’ACUFC

«Elles forment les diplômés qui contribueront à la double mission éducative et identitaire des écoles de la minorité, et contribuent à accroitre l’accès aux programmes d’immersion», ajoute-t-elle.

Consultez le site du journal La Voix acadienne

De la suite dans les idées

La ministre Mélanie Joly a choisi de faire le point sur ce financement de 46,5 M$ comme une suite logique de la publication, le 19 février dernier, du document français et anglais : vers une égalité réelle des langues officielles au Canada, qui présente la vision du gouvernement du Canada pour une réforme du régime linguistique canadien.

Parmi les priorités du gouvernement, on retrouve celle d’encourager l’offre d’apprentissage des deux langues officielles et l’appui aux institutions des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Favoriser l’accès à une éducation en français dès la petite enfance dans les communautés francophones en situation minoritaire et à des programmes d’immersion et de français en langue seconde pour la majorité anglophone, sont des moyens concrets d’atteindre ces objectifs.

«Nos deux langues officielles sont une fierté pour les Canadiens, a indiqué la ministre Joly. En soutenant des projets qui contribuent à améliorer l’accès à l’enseignement en français et à l’apprentissage du français, le gouvernement du Canada réaffirme son soutien à tous les francophones et les francophiles qui font chaque jour le choix d’apprendre, de vivre et de parler en français. Ces programmes sont déterminants pour assurer la vitalité du français partout au Canada, tout en permettant à nos enfants de grandir et de s’épanouir dans un pays qui fait la promotion de nos deux langues officielles.»