L’Université Laurentienne a vécu le 12 avril un «lundi noir» qui n’est pas sans rappeler le «jeudi noir» de 2018, lorsque la province avait annulé le projet d’Université de l’Ontario français et aboli le Commissariat aux services en français.
L’Université Laurentienne a vécu le 12 avril un «lundi noir» qui n’est pas sans rappeler le «jeudi noir» de 2018, lorsque la province avait annulé le projet d’Université de l’Ontario français et aboli le Commissariat aux services en français.

Colère et incertitude chez les étudiants de la Laurentienne

Inès Lombardo
Inès Lombardo
Francopresse
FRANCOPRESSE – L’Université Laurentienne a vécu le 12 avril un «lundi noir» qui n’est pas sans rappeler le «jeudi noir» de 2018, lorsque la province avait annulé le projet d’Université de l’Ontario français et aboli le Commissariat aux services en français. Cette fois, ce sont 69 programmes qui seront annulés à la Laurentienne, dont 28 en français. Les étudiants, encore hébétés par cette récente gifle à leur droit d’étudier en français, alternent entre tristesse et colère.

Les étudiants de la Laurentienne ne s’attendaient pas à des compressions d’une telle ampleur.

Plusieurs surveillaient la situation de près depuis que l’établissement s’est déclaré «en situation d’insolvabilité», le 1er février. Mais que ce soit 28 programmes en français qui soient stoppés net? Que 110 professeurs soient licenciés? Personne ne l’avait vu venir.

Maël Bisson, en 2e année de théâtre à la Laurentienne, explique : «Je gardais l’œil sur la situation depuis que la Laurentienne s’est mise sous la protection des créanciers. Pour moi, le moment où la situation est devenue cruciale, c’est quand le recteur, Robert Haché, a menacé le shutdown de l’Université si le Sénat n’acceptait pas la restructuration. Ce jour-là, j’ai regardé pour postuler dans d’autres universités.»

Autre conséquence de ces coupures, Maël Bisson prédit un «exode […] de la francophonie».

Étudiants dans le flou

Comme son collègue, Micheal Lemire craignait les compressions. Les derniers jours lui ont donné raison.

L’étudiant en 4e et dernière année du programme de théâtre observe que «les pertes que la Laurentienne subit depuis longtemps ; les hausses de cout des résidences, des meal plans, les coupures ici et là dans des programmes […] On savait que ça allait venir, mais pas à ce point-ci».

Il poursuit avec un ton de tristesse mêlé de colère :


« On s’attendait à une tape sur les doigts. Byebye le théâtre et une couple d’autres. Mais non, là ç’a vraiment été la guillotine. Couper dans les études françaises? Vraiment? Couper le seul programme de sagefemme franco-canadien? »
Micheal Lemire, étudiant à la Laurentienne

Marie-Pierre Héroux, étudiante au programme d’histoire, a également vu son programme être aboli. Elle non plus n’avait pas anticipé cette situation : «Je ne pensais vraiment pas que ce serait ainsi. Je savais que des coupes allaient arriver, je m’attendais à ce qu’un ou deux professeurs soient licenciés, mais je ne pensais pas qu’ils allaient sabrer autant de programmes en français

Pour l’instant, elle n’a aucune idée de la suite. «Il me reste huit cours en histoire et un en études françaises. Là, tout de suite, je ne sais pas ce qui va se passer pour moi. Je suis en train de voir comment je peux faire.»

Le fait d’avoir appris cela via les médias et non de l’Université elle-même a également été un coup dur, souligne l’étudiante.

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Marie-Pierre Héroux a elle aussi écrit sa tristesse sur son mur Facebook : «J’ai honte d’avoir eu confiance en la Laurentienne. J’ai honte de lui avoir donné une 2e chance en janvier 2017, après ma rentrée universitaire “all in English” de septembre 2016.»

Exode forcé

Maël Bisson craint un «exode […] de la francophonie» en raison des compressions. Lui-même, en tant qu’étudiant en théâtre francophone, ne pourra plus étudier à Sudbury.

«Je ne peux plus pratiquer ma passion ni façonner mon avenir dans le Nord de l’Ontario, constate-t-il. Je dois me déplacer à Ottawa», là où se trouve l’une des deux autres universités du pays offrant un programme de théâtre en français.

Mais pour le jeune homme, le cout de la vie est trop élevé dans la capitale. Il a donc déposé sa candidature à l’Université de Moncton.


« Je dois quitter ma province, mon chez-moi, pour mon éducation. Et je trouve ça déplorable. »
Maël Bisson, étudiant à la Laurentienne

Son camarade Micheal Lemire voit l’avenir autrement : «Moi, je peux être diplômé le 1er juin. Même chose pour celles et ceux qui ont fait un baccalauréat de quatre ans depuis 2017. En revanche, j’ai des amis qui n’ont pas fini et qui doivent changer leur horaire de printemps pour s’ajuster à tout ça. Il y a du monde pour qui les prochains mois sont très incertains.»

Comme quelques-uns de ces camarades étudiants à la Laurentienne, Micheal Lemire a écrit un texte, qui exprime tout son ressentiment et son émotion envers les compressions annoncées.

Sentiment d’assimilation

L’«assimilation» sera une autre conséquence des annonces du début de la semaine selon Maël Bisson. Pour lui, l’emploi de ce terme est justifié par le fait que de nombreux programmes francophones sont perdus… Encore une fois.

Au niveau du théâtre, «c’est une aventure de 50 ans qui prend fin subitement. C’est grâce à la gang d’André Paiement et Gaston Tremblay, pour ne citer qu’eux, qu’on a pu avoir un programme d’art d’expression, qui est devenu le programme de théâtre», rappelle Maël Bisson.

Triste ironie, pour fêter le cinquantenaire de la pièce, les désormais ex-étudiants francophones en théâtre à la Laurentienne répètent pour donner une représentation virtuelle, le 23 avril, de Quoi si, moi ‘ssi j’viens du Nord ‘stie, leur révision actuelle de la pièce de 1971 Moé, j’viens du Nord, ‘stie.

«Pour encourager notre programme, malgré cette situation, je demande aux gens de se rendre sur le site du Théâtre du Nouvel-Ontario. Pour voir ce qui se crée en français en 2021», lance Maël Bisson.

Malgré la situation plus que morose, actuels et anciens étudiants sont prêts à en découdre très prochainement pour réclamer leurs droits. Selon Marie-Pierre Héroux, l’esprit de contestation n’est pas mort à la Laurentienne.


« C’est la plus grande injustice que j’ai subie. Nous devons peut-être nous accorder du temps pour faire notre deuil d’abord, mais je vais continuer à me battre pour que l’éducation en français soit réclamée par et pour les étudiants. »
Marie-Pierre Héroux, étudiante à la Laurentienne

Maël Bisson abonde dans le même sens : «Je suis prêt à miser sur le fait que la bataille ne fait que commencer.»

Micheal Lemire, étudiant en 4e et dernière année du programme de théâtre, a été bouleversé en apprenant que son programme sera annulé.