La ministre des Finances et vice-première ministre, Chrystia Freeland lors de la présentation de l’Énoncé économique d’automne le 30 novembre 2020.
La ministre des Finances et vice-première ministre, Chrystia Freeland lors de la présentation de l’Énoncé économique d’automne le 30 novembre 2020.

Le déficit fédéral pourrait friser les 400 milliards $ d’ici au printemps

Bruno Cournoyer Paquin
Bruno Cournoyer Paquin
Francopresse
Le ministère des Finances prévoit un déficit de plus de 381 milliards $ pour l’exercice financier 2020-2021, selon l’énoncé économique présenté le 30 novembre. La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a aussi annoncé entre 70 et 100 $ milliards en investissements sur trois ans à partir de 2021-2022 pour assurer la reprise économique. Face à l’incertitude engendrée par la pandémie, Ottawa ne prévoit pas mettre fin à ses mesures de relance avant que la situation économique ne se soit substantiellement stabilisée.

Le déficit atteindra 381,6 milliards $ si la situation économique suit la moyenne des projections économiques des grandes banques canadiennes, qui prévoient un taux de croissance de 4,8 % en 2021.

La situation économique au cours de l’été a été plus positive que prévu, mais les mesures de soutien à la population — comme la Subvention salariale d’urgence et la bonification de l’assurance-emploi — devront se prolonger au courant de l’année 2021.

«Scénario catastrophe»

Même si la situation des finances publiques dépend en grande partie de la progression de la pandémie, les projections de l’énoncé économique comportent un certain niveau d’incertitude.

Le ministère des Finances inclut ainsi un «scénario catastrophe», qui verrait le prolongement de la pandémie et un renforcement des mesures de confinement – avec la fermeture des commerces non essentiels et des écoles, notamment.

Dans ce scénario, la résurgence du virus entrainerait une baisse des revenus gouvernementaux et un ralentissement de la croissance, qui plafonnerait à 2,9 % en 2021. Le déficit fédéral atteindrait donc 398,7 milliards $ en 2021, selon ce scénario.

Cependant, les taux d’intérêt sur les obligations d’épargne du gouvernement du Canada sont à un creux historique et le paiement des intérêts sur la dette ne représenterait que 1 % du PIB en 2020-2021, pour augmenter légèrement à 1,2 % en 2025-2026.

À titre de comparaison, ces paiements représentaient 6 % du PIB dans les années 1990. Le taux de la dette relative au PIB passerait de 31,9 % en 2019-2020 pour atteindre 49,6 % en 2025-2026.

La ministre des Finances Chrystia Freeland répond aux questions des journalistes, le 30 novembre 2020.

«Rebâtir en mieux»

La ministre Freeland annonce aussi un important plan de relance qui verra des investissements de 3 % à 4 % du PIB sur 3 ans à partir de 2021-2022 – soit entre 70 et 100 milliards $. Les détails de ces investissements «limités dans le temps [et] qui peuvent être réalisés rapidement» seront élaborés au cours de l’hiver.

Ottawa fixe cependant de grandes orientations par rapport à ce plan de relance, et annonce 13,5 milliards $ de nouveaux investissements sur six ans pour «rebâtir en mieux».

Le plan prévoit une «relance inclusive» pour supporter les segments de la population qui ont été plus touchés par la crise économique liée à la COVID-19, soit les femmes, les jeunes et les personnes racisées – qui travaillent en plus grand nombre dans les industries les plus touchées par la crise, notamment l’hôtellerie et la restauration.

Ottawa prévoit donc investir dans des programmes de formation de la main-d’œuvre, bonifier certains programmes d’emploi jeunesse — dont Emploi d’été Canada — et poser les premiers jalons d’un système pancanadien de garde d’enfants.

Le gouvernement fédéral compte aussi investir dans l’économie verte : il prévoit accorder jusqu’à 700 000 $ en subventions aux rénovations écoénergétiques des domiciles, planter 2 milliards d’arbres au cours des 10 prochaines années et investir dans les bornes de recharges pour véhicules électriques.

Le dernier volet du plan de relance est axé sur la réconciliation avec les Premières Nations ; Ottawa prévoit investir dans les infrastructures des communautés autochtones, particulièrement pour garantir l’accès à l’eau potable.

Côté revenus, Ottawa appliquerait les taxes de vente aux produits et services vendus en ligne à partir de l’étranger dès 2021.

L’énoncé économique n’établit pas de cible budgétaire précise et le gouvernement prévoit maintenir ses dépenses pour soutenir l’économie jusqu’à ce que la situation se soit stabilisée. En conférence de presse, la ministre Freeland a précisé que le gouvernement déterminerait cette cible en surveillant plusieurs indicateurs, dont le niveau d’emploi, le taux de chômage et le nombre d’heures travaillées.