La COVID-19 ramène le revenu minimum garanti à la mode

FRANCOPRESSE – L'idée d'assurer un revenu de base ou minimum à toute la population remonte non pas à la nuit des temps, mais tout de même à quelques siècles. Ces dernières décennies, le projet a été discuté, débattu, expérimenté ici et là à petite échelle et même soumis au vote. Mais depuis un mois, ici comme ailleurs, il est sur toutes les lèvres.

Au Canada, c'est la décision du gouvernement fédéral d'instaurer la Prestation canadienne d'urgence (PCU) qui a ouvert les vannes à ceux qui militent en faveur d'un revenu minimum garanti (RMG) et à ceux qui découvrent l'idée.

En versant 2 000 $ par mois, pendant au moins quatre mois, à une large section de la population pour contrer les pertes d'emplois massives, la PCU revêt des habits qui semblent avoir été empruntés à cette vieille idée, un peu utopique, d'une allocation universelle.

Mais ce qui était utopique pour plusieurs est devenu ces dernières semaines une notion fréquentable. «Imaginez comment nous aurions été bien préparés pour la COVID-19 si un revenu minimum garanti existait avant son arrivée. Toutes les formes d'aide mises en place pendant cette pandémie confirment le besoin d'un tel programme», soutient Pierre Stevens du Réseau canadien pour le revenu minimum garanti (en anglais seulement).

Selon lui, le montant de 2 000 $ mensuel fixé par Ottawa est une reconnaissance qu'il s'agit là du niveau minimal d'argent que les gens ont besoin pour survivre.


« C'est ce que nous demandons depuis toujours. Les gens disaient : c'est trop. Soudainement, ce n'est pas trop. »
Pierre Stevens du Réseau canadien pour le RMG

Les artistes aux premières loges

Dans le secteur culturel, on observe avec intérêt cet engouement pour un revenu de base pour tous provoqué par l'implantation de la PCU.

«C'est un magnifique projet pilote collectif qui est en train de se passer. Puis il va y avoir des leçons à tirer de cette aventure-là», croit la directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie-Christine Morin.

Au Nouveau-Brunswick, l'idée d'un revenu minimum garanti est perçue comme une option intéressante afin d'attaquer les problèmes financiers dont souffrent plusieurs artistes. La question a été discutée régulièrement lors des travaux du Groupe de travail du premier ministre sur le statut de l'artiste, en place depuis plusieurs années.

Carmen Gibbs est l'une des membres du Groupe ainsi que la directrice de l'Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB). Elle souligne que l'idée, au fil des débats, avait pris moins d'importance, mais que cela pourrait changer avec ce qui se déroule depuis quelques semaines.

«J'ai l'impression qu'il se passe une réflexion sociétale, au niveau fédéral et même des provinces. J'ai l'impression qu'on pourrait remettre [l’idée d’un revenu minimum garanti] comme principale recommandation.»

Selon Carmen Gibbs, cela va évidemment plus loin que le seul secteur culturel. «Pour les artistes, s'ils peuvent faire de l'argent avec une activité et ne pas perdre ce revenu, ça devient intéressant. Mais c'est vrai pour tout le monde, par exemple les femmes qui travaillent dans les usines de poisson.»

Carmen Gibbs est la directrice de l'Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick.

Une lettre ouverte de 50 sénateurs

Les appels lancés au gouvernement fédéral pour la mise en place d'un revenu minimum garanti viennent de tous côtés. Le Réseau pour une alimentation durable (RAD) y voit une solution à l'insécurité alimentaire. Différents éditorialistes et commentateurs dans les médias en font également la promotion.

Certains partis politiques fédéraux, comme le Parti Vert et le Nouveau Parti démocratique, en ont profité pour rappeler leur appui envers ce projet de société et interpellent le premier ministre Justin Trudeau afin qu'il saisisse cette occasion unique et fasse le grand saut vers l'avant.

Le 21 avril, 50 sénateurs ont signé et envoyé une lettre (en anglais seulement) au premier ministre Trudeau et à la vice-première ministre Chrystia Freeland demandant d'élargir la PCU afin de la transformer en un revenu minimum garanti.

L'Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS), qui milite depuis longtemps pour le RMG, a également envoyé une lettre au premier ministre. «On a longtemps dit qu'on ne pouvait pas se payer un tel programme, souligne le directeur général, Fred Phelps. Maintenant, on dit qu'on n'a pas les moyens de s'en passer.»

Même l'Église catholique se mêle du dossier : dans une lettre ouverte aux fidèles parue à Pâques, le pape François a déclaré qu'un salaire de base universel «reconnaîtrait et honorerait le travail essentiel et noble» des travailleurs les plus modestes «invisibles dans le système».

Fred Phelps, directeur général de l'Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux.

Des exemples à l’international

Pour appuyer leur argumentation, plusieurs intervenants évoquent l'exemple de l'Espagne, qui a annoncé récemment l'instauration d'un programme de «revenu minimal vital» devant entrer en vigueur le 1er mai.

La démarche avait déjà fait l'objet d'un accord entre les deux principaux partis membres de la coalition au pouvoir en décembre dernier. Mais la crise de la pandémie a accéléré son implantation.

Le modèle diffère toutefois de ce qui est discuté au Canada : environ un million de foyers seront touchés. Mais c'est le pays qui, pour l'instant, s'aventure le plus dans cette voie.

Ailleurs en Europe, l'idée circule depuis des années, mais n'a pas pris racine.

Un projet pilote avait débuté en 2017 en Finlande, lors duquel 2 000 chômeurs recevaient 560 euros (environ 850 $ canadiens) par mois. L'expérience devait durer deux ans, mais il y a eu un changement de gouvernement et celui-ci y a coupé court. Une étude du projet a conclu que les bénéficiaires étaient moins stressés, mais que les montants n'avaient pas amélioré leur situation d'emploi.

Un autre projet pilote a eu lieu aux Pays-Bas, à plus petite échelle : Environ 250 chômeurs ont reçu environ l'équivalant de 1 100 dollars canadiens par mois. Là encore, les résultats n'ont pas été concluants.

En Suisse, reine des consultations populaires, un référendum a été tenu en 2017 : 77 % des répondants ont dit non à la proposition de «revenu de base inconditionnel». L'allocation aurait été versée à tous les Suisses et tous les étrangers vivant au pays depuis au moins cinq ans. Le coût de cette mesure aurait frôlé les 190 milliards d'euros.

Un programme de «revenu minimal vital» sera instauré en Espagne. 

Jack Dorsey s’engage 

En Europe aussi, la crise de la COVID-19 ravive les revendications en ce sens. Des pétitions circulent notamment en France et en Allemagne.

Même les plus riches de ce monde s'y mettent. : le PDG de Twitter, Jack Dorsey, s'est engagé plus tôt ce mois-ci à verser un milliard de dollars américains provenant de son autre compagnie, Square, afin d'appuyer les mesures d'aides post-pandémie, incluant les projets de revenu universel de base, sans donner plus de détails.

Il est difficile de prévoir ce qui restera de tout ça lorsque l'économie aura repris de la vigueur, quand la distanciation de deux mètres ne sera plus qu'un principe souhaitable et que les étagères de rouleaux de papier de toilette, de farine et de produits nettoyants seront regarnies. Il s’agit néanmoins d’une lueur d’espoir pour de multiples organismes qui militent pour le RMG depuis des années, voire des décennies.

Inégalités économiques

FRANCOPRESSE – On pourrait penser que la crise provoquée par la pandémie contribue à la croissance des inégalités économiques. Les classes moyennes et populaires ont vu leurs revenus chuter avec la fermeture de plusieurs secteurs de l’économie, tandis que les plus riches, dont la fortune dépend en grande partie de titres financiers, semblent plutôt bien tirer leur épingle du jeu. L’équation n’est toutefois pas aussi simple qu’elle ne le parait de prime abord.
Marché du travail

FRANCOPRESSE – Statistique Canada a récemment publié des données sur le marché du travail pendant la crise de la COVID-19. On y constate que les mises à pied importantes affectent plus particulièrement certains secteurs économiques et certains groupes sociaux, tandis que le télétravail connait une importante augmentation…chez les plus privilégiés.
PCU

FRANCOPRESSE – En conférence de presse le 8 juillet dernier, le ministre des Finances, Bill Morneau, annonçait que le gouvernement envisageait de revoir les mesures d’aide financière mises en place dans le contexte de la COVID-19. «La PCU va diminuer, la subvention salariale va augmenter et le système d’assurance emploi va recommencer à supporter les gens». Or, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a été cruciale pour assurer la sécurité financière des travailleurs des secteurs les plus touchés par la crise économique liée à la COVID-19 : restauration, tourisme, hôtellerie, arts et spectacles. Des industries qui sont loin d’avoir retrouvé leur erre d’aller.
Mise à jour économique

FRANCOPRESSE – La mise à jour économique et budgétaire soumise par le gouvernement fédéral le 8 juillet 2020 présentait plusieurs chiffres au public canadien : une contraction projetée de l’économie de 6,8 % en 2020, un déficit de 343,2 milliards de dollars, une augmentation de la dette fédérale à 49,1 % du PIB… Au-delà des chiffres, qu’en pensent les économistes?
Inégalités générées

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – L’entrepreneuriat féminin gagne du terrain depuis plusieurs années. Toutefois, certains craignent que les impacts de la COVID-19 ne freinent, ou pire encore, n’inversent les progrès accomplis.
Rapport de la vérificatrice générale

FRANCOPRESSE – Dans un rapport publié le 8 juillet dernier, la vérificatrice générale du Canada (VGC) révèle qu’en date du 31 mars 2020, le Programme canadien de prêts aux étudiants enregistrait 2,4 milliards $ en défaut de paiement de prêts. Dans son rapport, Karen Hogan propose que le gouvernement fédéral déploie plus d’efforts pour récupérer les sommes dues. Dans le contexte économique lié à la COVID-19, plusieurs intervenants remettent en question la pertinence qu’aurait cette démarche.
Mise à jour économique

FRANCOPRESSE – Le gouvernement fédéral prévoit un déficit historique de 343,2 milliards de dollars pour l’exercice financier 2020-2021. Il s’agit du déficit budgétaire le plus important, relativement au PIB, depuis la Seconde Guerre mondiale.
Sociofinancement

LA LIBERTÉ (Manitoba) – Alors que le gouvernement fédéral a mis en place des fonds d’urgence pour aider des secteurs de l’économie, certains acteurs ont préféré faire appel à la générosité de leurs clients par le biais du sociofinancement. L’expert Ivan Tchotourian revient sur ce canal parallèle de financement apparu il y a une dizaine d’années.
Alimentation

AGRICOM (Ontario) – La nouvelle réalité dans laquelle nous évoluons depuis quelques semaines nous pousse à remettre en question nos priorités, autant en ce qui concerne nos habitudes de loisirs que nos habitudes de consommation. «Encourager les entreprises d’ici» est devenu un véritable leitmotiv pour plusieurs Canadiens. Du 1er au 7 juin 2020, la Semaine des aliments locaux en Ontario offrait une occasion de célébrer nos produits, ceux qui poussent et qui sont récoltés ici, dans notre province.
Pandémie

L’EAU VIVE (Saskatchewan) – Ironie de l’histoire, le secteur aérien subit de plein fouet une pandémie qu’il aura involontairement contribué à propager. En Saskatchewan, les deux principaux aéroports de Regina et Saskatoon tournent au ralenti avec une chute de plus de 95 % du nombre de passagers en avril par rapport à 2019. Derrière cette statistique se cachent des centaines d’employés qui ont vu leur emploi disparaitre ou évoluer pour permettre aux entreprises du secteur de survivre.
Économie locale

FRANCOPRESSE – Les ventes de farine plus importantes des derniers mois n’ont pas rapporté plus aux producteurs de farine et de blé. Le marché international du blé et la fermeture de plusieurs boulangeries et restaurants pendant deux mois figurent parmi les raisons avancées par les producteurs et les experts. Cela dit, certains croient que la réouverture des boulangeries et des restaurants pourrait créer un engouement renouvelé pour les commerces locaux.
Économie des villes

FRANCOPRESSE – L’économie et la vie dans les grandes villes du Canada ont été particulièrement perturbées par la pandémie de COVID-19. Plusieurs d’entre elles dépendent de façon plus ou moins importante des ressources naturelles, du secteur manufacturier et du marché immobilier pour faire rouler leur économie. Tous des domaines fortement touchés par la crise.
Impacts économiques

L’AQUILON (Territoires du Nord-Ouest) – La minière albertaine Dominion Diamond, respectivement propriétaire et actionnaire des mines de diamants Ekati et Diavik, serait actuellement dans l’incapacité d’écouler un stock de diamants évalué à 250 millions $. Face aux 550 millions US $ de dettes à payer, elle est parvenue à obtenir un délai en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.
National

FRANCOPRESSE – À quelle vitesse l’économie reprendra-t-elle du galon au Canada? Quels seront les effets à moyen et à long terme de la pandémie? Et que dire des finances publiques et d’éventuelles hausses impôts? La population canadienne se pose bien des questions, mais les réponses ne sont pas si évidentes.
Économie

FRANCOPRESSE – Un article précédent de Francopresse sur le revenu minimum garanti (RMG) exposait l’engouement renouvelé pour cette idée suscitée par la création du programme fédéral de Prestation canadienne d’urgence (PCU). De nombreux groupes, partis politiques, individus et experts réclament à l’unisson que l’exemple de la PCU donne lieu à la mise sur pied d’une véritable allocation universelle de base. Évidemment, ce projet ne fait pas l’unanimité et on croirait que de nombreuses voix s’élèveraient pour s’opposer à l’implantation d’un programme si ambitieux et, surtout, si onéreux.
Agriculture

LA VOIX ACADIENNE (Île-du-Prince-Édouard) – La pandémie de COVID-19 a entrainé des fluctuations rapides et imprévues de demandes pour de nombreux produits, notamment le lait et les produits laitiers. La fermeture presque complète du secteur de la restauration et l’évolution des habitudes d’achat dans les épiceries ont eu des répercussions importantes sur la demande pour les principaux produits laitiers.
Économie provinciale

LE GABOTEUR (Terre-Neuve-et-Labrador) – Terre-Neuve-et-Labrador est au bord de la faillite, écrivait en substance le premier ministre Dwight Ball à Justin Trudeau le 22 mars dernier. L’incapacité de la province à payer ses employés et à dispenser ses services a été évitée de justesse grâce à l’appui de la Banque du Canada. Partie remise? Voyons voir.
Économie

FRANCOPRESSE – La création de la prestation canadienne d’urgence pour venir en aide aux personnes qui ont perdu leur revenu depuis de début de la pandémie ravive les discussions autour du revenu minimum garanti pour les Canadiens. Afin de mieux comprendre la question, Francopresse vous présente le premier d’une série d’articles sur ce projet qui mijote depuis fort longtemps au pays.
Alimentation

FRANCOPRESSE – Quels seront les effets à moyen et long terme de la crise de la COVID-19 sur les prix des aliments? Même les experts ont de la difficulté à répondre avec précision à cette question, tellement il y a d’éléments qui entrent en jeu : prix du pétrole, hausse des frais d’exploitation et des salaires dans les épiceries, restrictions de mouvement aux frontières, etc. Ils ont quand même accepté de jouer le jeu.
Agriculture

AGRICOM (Ontario) – Difficile année pour les cabanes à sucre commerciales qui ont l’habitude de recevoir une clientèle en salle à manger et d’offrir le traditionnel repas de cabane afin de contribuer à leur source de revenus. La crise du coronavirus et la suspension de tout rassemblement en Ontario a provoqué la fermeture de ces entreprises au public. Les temps sont difficiles pour plusieurs alors que la saison des sucres elle, est meilleure que l’an dernier, mais reste dans la normale.
Médias

FRANCOPRESSE – La pandémie de la COVID-19 a entrainé une baisse substantielle et soudaine des revenus publicitaires des journaux et des radios communautaires francophones au Canada, au point de mettre en péril la situation financière de plusieurs médias.
COVID-19

FRANCOPRESSE – Les gouvernements fédéral et provinciaux ont tous adopté des mesures d’aide d’une ampleur inégalée en raison de la pandémie de la COVID-19. Si la plupart de ces actions sont presque unanimement louangées, l’augmentation de la taxe sur le carbone et la hausse des salaires des députés fédéraux, toutes deux entrées en vigueur le 1er avril, sont critiquées.
Budget fédéral

FRANCOPRESSE – Le dépôt du premier budget du second mandat du gouvernement Trudeau était prévu le 30 mars 2020. En raison de la pandémie de la COVID-19, les travaux de la Chambre des communes sont suspendus depuis le 13 mars, et ce jusqu’au 20 avril prochain. À ce point-ci, le ministère des Finances ne dispose pas d’informations quant à la date à laquelle le budget pourrait être déposé.
COVID-19

Depuis le 11 mars, le gouvernement fédéral multiplie les annonces et initiatives qui ont permis aux provinces de déployer les ressources additionnelles dans les domaines relevant de leurs champs de compétence, tandis que les fonctionnaires fédéraux recevaient leurs instructions.
Tourisme

INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL – APF (OUEST) — Depuis leur adhésion au Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique (RVFFA), les villes de Prince Albert et Saskatoon soutiennent le développement d’un projet d’envergure mené par les Fransaskois : le tout premier circuit touristique francophone de la province.