Rarement aura-t-on vu autant d’institutions de la francophonie canadienne applaudir si chaleureusement un budget fédéral. Le document proposé lundi par le gouvernement Trudeau est louangé à la fois pour les montants qu’il contient en lien avec les communautés francophones et pour le nombre de programmes qui en bénéficieront.
Rarement aura-t-on vu autant d’institutions de la francophonie canadienne applaudir si chaleureusement un budget fédéral. Le document proposé lundi par le gouvernement Trudeau est louangé à la fois pour les montants qu’il contient en lien avec les communautés francophones et pour le nombre de programmes qui en bénéficieront.

Accueil plus que favorable du budget dans la francophonie canadienne

Marc Poirier
Marc Poirier
Francopresse
FRANCOPRESSE – Rarement aura-t-on vu autant d’institutions de la francophonie canadienne applaudir si chaleureusement un budget fédéral. Le document proposé lundi par le gouvernement Trudeau est louangé à la fois pour les montants qu’il contient en lien avec les communautés francophones et pour le nombre de programmes qui en bénéficieront.

«C’est quasi historique», affirme sans ambages Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). «C’est vraiment quelque chose. On est vraiment fier d’avoir eu cette reconnaissance-là dans le budget

Le président de la FCFA mentionne d’abord la somme de 8,7 millions $ pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles : «Pour moi, ça démontre un niveau de sérieux par rapport à leur engagement. C’est comme ça que je l’interprète.»

Il se dit également heureux des 121,3 millions $ prévus sur trois ans afin «d’offrir une éducation postsecondaire de qualité dans la langue de la minorité au Canada».

«C’est quasi historique», lance le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson.

S’il espère qu’une partie de ces fonds serviront à venir en aide au Campus Saint-Jean, en Alberta, et à régler la crise qui prévaut à l’Université Laurentienne, dans le Nord de l’Ontario, Jean Johnson souhaite surtout que le problème de fond soit réglé.

«Ça va vouloir dire de tailler une place à travers le pays pour le “par et pour” dans les communautés et qu’on arrête de dépendre des bureaux de gouverneurs qui sont majoritairement anglophones, qui ne comprennent pas notre réalité et qui ne comprennent même pas pourquoi on aurait des services en français», martèle-t-il.

Le professeur de sciences politiques de l’Université Simon Fraser Rémi Léger aimerait quant à lui que les établissements de la francophonie minoritaire soient priorisés dans l’attribution des 121,3 millions $.

«Normalement, en langues officielles, il y a environ le tiers qui va au Québec. Est-ce qu’on va vraiment donner le tiers au Québec? Ce n’est pas vraiment McGill et Concordia qui ont besoin d’argent tout de suite. À ce qu’on sache, la crise n’est pas là», souligne-t-il.

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Soulagement dans le secteur culturel

«C’est majeur! Les investissements sont majeurs. On accueille favorablement et avec soulagement», réagit la directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie-Christine Morin.

Le budget prévoit en effets une multitude de nouveaux fonds pour appuyer la culture, dont :

  • Fonds de relance des arts, de la culture, du patrimoine et des sports : 300 M$/3 ans
  • Festivals locaux (par l’entremise de Patrimoine canadien) : 200 M$
  • Fonds de la musique du Canada : 70 M$/3 ans
  • Célébrations et commémorations : 19,6 M$/3 ans
  • Évènements culturels communautaires : 16 M$/2 ans
  • Festival des arts et de la scène : 14 M$/2 ans

«C’est à la hauteur des défis. On sent qu’on a été entendus», souligne la directrice générale de la FCCF.

Marie-Christine Morin, directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française.

Selon elle, c’est carrément la vitalité culturelle des communautés francophones qui était en jeu. «Quand on a des centres culturels ou des institutions culturelles qui ferment, c’est la capacité des gens des communautés de vivre leur culture en français qui meurt aussi en même temps.»

Par ailleurs, Marie-Christine Morin accueille favorablement l’annonce de fonds destinés à des secteurs connexes qui bénéficieront à l’industrie culturelle, tels que le tourisme et les agences de développement culturel. «Ça, c’est bienvenu et c’était très nécessaire. Je trouve ça encourageant.»

Immigration et garderies… francophones?

De son côté, la Société nationale de l’Acadie (SNA) voit d’un bon œil les fonds prévus pour les évènements et les célébrations, la modernisation de la Loi sur les langues officielles, le secteur du livre et celui de l’immigration.

La présidente de l’organisme, Louise Imbeault, espère que le financement destiné à l’immigration inclura l’immigration francophone et tout particulièrement les efforts pour accorder la résidence permanente et favoriser la rétention. «On a beau dire qu’on est accueillant, il faut que l’accueil soit suivi de réels gains pour ces personnes-là.»

La SNA souhaite aussi que les fonds destinés à l’établissement d’un programme national de garderie accordent à celles en milieu francophone la place qui leur revient.

La présidente de la Société nationale de l’Acadie, Louise Imbeault, dit espérer que les fonds en immigration permettront de maintenir sur place les immigrants francophones que les communautés parviennent à attirer.

Un sentiment qu’exprime également Stéphanie Chouinard, professeure adjointe en sciences politiques au Collège militaire de Kingston : «On sait que la petite enfance, c’est le nouveau nerf de la guerre avec le postsecondaire au niveau de l’éducation.»

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«Ça restera à voir quelle partie de ce financement-là ira vers des places en garderie pour les minorités linguistiques, mais il y aura assurément un certain pourcentage de ces fonds-là qui seront attribués à des établissements pour des francophones», prévoit-elle.

Le budget devra passer le test du vote à la Chambre des communes, possiblement la semaine prochaine. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a cependant déjà indiqué qu’il ne souhaitait pas la tenue d’élections en pleine pandémie.