La marionnettiste Anne Lalancette et l'auteur Jocelyn Roy mettent au point une scène lors de classe de maître donnée par Francis Monty.
La marionnettiste Anne Lalancette et l'auteur Jocelyn Roy mettent au point une scène lors de classe de maître donnée par Francis Monty.

Des mots pour des marionnettes

Denis Lord
L’Aquilon
Comment écrit-on pour les marionnettes ? Les stratégies narratives diffèrent-elles des autres créneaux de la dramaturgie ? Trois auteurs de la francophonie canadienne ont abordé ces questionnements lors d’une classe de maître.

Ça s’appelle le Théâtre de la Pire Espèce et à ce nom empreint d’humour est associée une compagnie montréalaise renommée pour sa créativité, son travail d’expérimentation et de décloisonnement des genres. C’est avec le directeur artistique de ce théâtre, Francis Monty, que trois auteurs canadiens-français ont eu le bonheur d’apprivoiser des marionnettes durant neuf jours, lors du Festival du Jamais Lu.

Une expérience fort enrichissante pour Mathieu Chouinard, codirecteur du Satellite Théâtre (Moncton), où, dit-il, on pratique un théâtre très physique, centré sur le corps, et où les marionnettes ont été abordées, mais jamais lors d’un spectacle. Une découverte captivante également pour Diane Lavoie, une écrivaine de Winnipeg qui, après quelques romans pour la jeunesse, en est à ses premiers pas au théâtre.

Au laboratoire de Francis Monty, relate Mathieu Chouinard, les auteurs ont d’abord été initiés aux différents types de marionnettes — à gaine, à grande tige, masques, etc. — , pour lesquelles Monty avait préparé des séquences de pantomime. Les auteurs devaient juxtaposer aux séquences des marionnettes des textes qu’ils n’avaient pas eux-mêmes écrits, haïkus, extraits de romans, titres d’articles, etc. Lors d’un atelier par exemple, une marionnette de sorcière s’est retrouvée à réciter des recettes alors que deux marionnettes de gamins parlaient de Dieu.

« Francis travaille beaucoup comme ça, note Mathieu Chouinard ; on laisse le sens émerger de la superposition. Ensuite on peut retravailler le texte. On se détache de nos réflexes. Ça ouvre d’autres pistes de création. Au lieu de partir d’images très fortes en soi, on va de l’extérieur vers l’intérieur. »

Les créations ont été présentées au Festival du Jamais lu. « Sans pression, commente Mathieu Chouinard, et comme ce n’était pas nos textes, c’était très facile de couper dedans. »

Du collectif

L’écriture pour les marionnettes, observe Diane Lavoie, diffère de celle du roman et même de celles des autres créneaux de la dramaturgie. Par l’aspect collectif de la création notamment, marionnettistes et marionnettes étant là dès le départ. « Francis Monty, cite l’auteure, dit que la marionnette doit apporter quelque chose de différent ; autrement, on devrait se fier à des comédiens. Les marottes par exemple, sont très dynamiques et drôles ; en partant, elles dictent la forme de texte. »

Nonobstant cette exigence d’une écriture spécifique pour les marionnettes, Diane Lavoie aimerait bien expérimenter dans ce créneau, comme le fait le Théâtre de la Pire Espèce, l’adaptation d’une pièce pour comédiens, ou encore l’intégration d’une marionnette dans une pièce pour comédiens.

Au-delà de ce laboratoire, c’est tout le Festival Jamais Lu que la romancière d’Artemise Bonsaïka a savouré, autant pour la présence d’une multitude d’approches, comme le théâtre semi-documentaire, que pour le réseautage. « Ça m’a fait connaître les gens du Centre des auteurs dramatiques et leur travail ; leur nouveau directeur [Alain Jean] a travaillé pour l’Association des Théâtres francophones du Canada (ATFC), il connaît donc la réalité des Acadiens, des Francophones de l’Ouest. Ça a été génial comme immersion. »

Comme un seul grum, une coproduction du Satellite Théâtre et du Théâtre populaire d’Acadie, sera présenté à la Boîte-Théâtre de Caraquet du 29 juillet au 2 août. La première pièce de Diane Lavoie, De mère en fille, sera montée par le Théâtre Cercle Molière en octobre 2017.

L’auteure, tout comme Mathieu Chouinard et la dramaturge Sarah Migneron, qui n’était pas disponible pour une entrevue, ont bénéficié de l’appui de l’ATFC pour participer à la classe de maître de Francis Monty.