Le président de la FCFA du Canada, Jean Johnson, en compagnie de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.
Le président de la FCFA du Canada, Jean Johnson, en compagnie de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

Conflits d’intérêt : Le cadre de la FCFA pour la présidence est-il adéquat?

Jean-Pierre Dubé
Jean-Pierre Dubé
Francopresse
La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a révisé en mai sa Politique en matière de conflits d’intérêt qui définit un contexte et une terminologie assortis d’un déclaration à remplir par les administrateurs au moment de leur élection. Selon l’organisme, le président élu en juin est en règle. Mais des allégations de conflit potentiel circulent à l’endroit de l’Albertain Jean Johnson. « Le Conseil d’administration sait qu’il occupe un autre emploi, confirme le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis. Aucun conflit d’intérêt n’a été déclaré en ce qui a trait à cet emploi. » Selon la politique, un conflit d’intérêt peut exister lorsqu’un officier se retrouve avec « une ou plusieurs responsabilités concomitantes ou concurrentes, par exemple dans le cadre d’un rôle ou d’une fonction externe ».

Double emploi égale-t-il conflit?

Le président Jean Johnson touche des honoraires de 70 000 $ de la FCFA. Il est également le directeur général du French Quarter d’Edmonton. « Mon salaire est payé par les cotisations des membres de la Zone d’amélioration commerciale du quartier, avait-il déclaré en juin dernier. Il n’y a pas de conflit. »

Une situation de double emploi expose aussi les titulaires aux conflits entourant le partage de leur temps.

Jean Johnson reconnait la difficulté de continuer à temps plein au service du quartier. « Il va y avoir des conflits d’horaire. J’ai embauché un adjoint à deux jours par semaine. Ma priorité, c’est mon engagement envers la FCFA. »

Le président connaît la source des allégations de conflit. « J’apprécie vraiment pas que ça se passe dans mon dos. C’est du magouillage. Je veux que les gens sortent du bois et posent la question ouvertement. »




Extrait de la Politique en matière de conflits d’intérêt

Un administrateur ou dirigeant de la FCFA est en position de conflit d’intérêts lorsque celui-ci ou celle-ci, un membre de sa famille, un associé d’affaires ou un proche peut bénéficier directement ou indirectement, financièrement ou de toute autre manière, du poste que la personne occupe au Conseil d’administration ou au Bureau de direction.

Un conflit d’intérêts peut être réel, perçu/apparent ou potentiel; la même obligation de le déclarer s’applique.

Un conflit peut aussi exister, non pas en raison des intérêts personnels d’un administrateur ou dirigeant, mais parce que celui-ci ou celle-ci a une ou plusieurs responsabilités concomitantes ou concurrentes, par exemple dans le cadre d’un rôle ou une fonction externe.



Chacun son choix

« Chaque président ou présidente décide à son entrée en fonction de quelle manière il ou elle veut occuper le poste, explique Alain Dupuis. Certains ont choisi de se départir de leurs autres occupations, d’autres non. »

Antoinette Vani-Mistrzak travaille au sein d’un organisme membre du French Quarter. Elle affirme ne pas connaître tous les enjeux ni les intentions du directeur général.

« Je peux confirmer par expérience que j'ai vu des personnes en poste qui ont été promus et qui ont fait tomber au point mort des organisations qui avaient pris des années à construire. Je crois que cela ne se fait du jour au lendemain et qu'il faut laisser à la personne en question le temps nécessaire pour entamer une transition saine. »

La situation de Jean Johnson ressemble à celle de la présidente de la FCFA qu’il a remplacée en juin. Sylviane Lanthier avait conservé son poste à la direction générale du Centre culturel franco-manitobain (CCFM) suivant son élection en 2015.

Selon la politique en vigueur à la FCFA, la présidente aurait été en situation potentielle de conflit d’intérêt, étant donné que les deux organismes sont financés par Patrimoine canadien.

En mars dernier, la Manitobaine quittait son poste de direction à quelques mois des élections à la FCFA. Se disant « boulimique de travail », elle consacrait 20 heures par semaine au CCFM, en plus de ses tâches de porte-parole national. « Ça veut dire ne rien faire d’autre », avait-elle confié.

D’autres choix ont été faits par Marie-France Kenny, qui a présidé la FCFA de 2009 à 2015. À la fin de son mandat, la Fransaskoise avait déclaré à Francopresse son intention de reprendre charge des deux entreprises qu’elle avait mises de côté pendant six ans, pour ne pas s’exposer à des conflits et nuire à son engagement national.

Jean Johnson est confiant du soutien de ses patrons à Edmonton et il s’est donné une année pour évaluer le partage de son temps.