Le Montréalais Thomas Mulcair a succédé au Torontois Jack Layton en 2012 à la tête du NPD du Canada. Qui va le remplacer ? Le favori serait un député provincial de Toronto, Jagmeet Singh, le plus bilingue des candidats.
Le Montréalais Thomas Mulcair a succédé au Torontois Jack Layton en 2012 à la tête du NPD du Canada. Qui va le remplacer ? Le favori serait un député provincial de Toronto, Jagmeet Singh, le plus bilingue des candidats.

Chefferie NPD 124 000 membres face à la diversité

Jean-Pierre Dubé
Jean-Pierre Dubé
Francopresse
Le chef Jack Layton (2003-2011) aura connu tout le succès que peut espérer le Nouveau Parti démocratique en formant l’Opposition officielle à Ottawa. Son successeur Thomas Mulcair (2012-2017) n’a toutefois pas réussi à tenir ce sommet historique et les partisans lui ont montré la porte. Les attentes sont élevées alors que les 124 000 membres participent au 1er tour de scrutin. La politicologue Laure Paquette de Thunder Bay rappelle l’impossibilité pour le NPD de former un gouvernement national. « Je ne suis pas certaine qu’ils le savent. Ça prendrait un revirement très important. » Elle estime que le parti a plafonné sous Jack Layton et que les conditions réunies en 2011, permettant de remporter un record de 103 sièges, pourraient ne jamais se reproduire.

Dans ce contexte, le NPD cherche-t-il un concurrent au premier ministre Justin Trudeau ou à relancer la machine politique ? Telle est la question que se pose la professeure de l’Université Lakehead.

Député provincial en Ontario, « Jagmeet Singh a attiré beaucoup d’attention au parti et il apporte certains avantages à cause de ses levées de fonds. Le mouvement est sur son côté, mais je ne suis pas certaine qu’il va gagner. S’il a une avance, elle n’est pas grosse. »

Laure Paquette rappelle des propos de campagne à l’effet qu’un candidat d’origine ethnique aurait peu de chances de l’emporter, même s’il est bien en vue. « Les électeurs du Canada auraient des réserves à voter pour Singh. »

Son collègue du Campus Saint-Jean, à Edmonton, pense autrement. Frédéric Boily reconnaît que le candidat Singh pourrait s’aliéner une partie de l’électorat, en particulier au Québec. « C’est important que le parti ait une base au Québec. Mais il faut se rappeler que lors des dernières élections, le parti de Justin Trudeau n’a pas renié le fait que certains peuvent porter des symboles religieux. »

Turban, barbe et kirpan

Le chercheur soutient que l’avantage de la course appartient au candidat de la diversité, porteur de turban, barbe et kirpan. « La candidature de Singh a pigmenté la campagne, il ajoute un facteur d’incertitude. Les commentateurs ont commencé à regarder ce candidat avec beaucoup plus d’attention. Il a des appuis, il passe très bien à la télé et il se démarque des autres. »

Sur les autres candidats, Frédéric Boily note que la députée Niki Ashton (Manitoba) est « beaucoup trop à gauche » et que les candidats Charlie Angus (Ontario) et Guy Caron (Québec) sont méconnus à l’échelle nationale.

Laure Paquette estime pourtant que le député Angus est le plus familier des quatre candidats auprès de l’électorat. « C’est la personne avec le profil le plus développé, à cause de ses critiques acerbes sur les situations complexes qui touchent les Premières Nations. »

Selon elle, le candidat Caron n’a aucune chance de l’emporter, même s’il prétend pouvoir rallier les électeurs de sa province. « Lui-même n’est pas bien placé pour remporter beaucoup des sièges au Québec. Et on ne peut pas ignorer le poids de Toronto et les mouvements de justice sociale. »

Frédéric Boily est persuadé que Jagmeet Singh serait le meilleur choix du NPD. « Il peut concurrencer directement avec Justin Trudeau sur le plan de l’image, beaucoup plus que le nouveau chef conservateur Andrew Scheer, et il semble avoir le charisme nécessaire. »

Les résultats du premier tour de scrutin seront connus le 1er octobre. Si aucun candidat n’obtient de majorité, un 2e tour sera tenu la semaine suivante.