Anne Quéméré à bord de l’Icade.
Anne Quéméré à bord de l’Icade.

Aventure : Le solaire au passage

Denis Lord
L’Aquilon
La navigatrice française Anne Quéméré tente de franchir le passage du Nord-Ouest sur un bateau propulsé par l’énergie solaire.

Elle a déjà traversé le Pacifique et l’Atlantique en solo, mais le passage du Nord-Ouest lui a jusqu’ici résisté, et deux fois plutôt qu’une. 2018 sera-t-elle la bonne année pour Anne Quéméré ?

L’aventure a pourtant débuté plutôt mal alors que son bateau, l’Icade, devait arriver par barge à Tuktoyaktuk le 20 juin. Mais les pluies ont augmenté le niveau du Mackenzie et ont apporté un grand nombre de morceaux de bois flottants, rendant hasardeuse toute navigation, et ce n’est que le 2 juillet que la barge est arrivée à Inuvik, d’où Anne Quéméré a finalement commencé son périple.

« Ça fait partie de l’aventure, explique Mme Quéméré, rejointe sur la passerelle de la barge le 4 juillet. Les gens sur le remorqueur qui troquait la barge m’ont offert à diner. Quand je vois le genre de coup de main que j’ai eu, c’est ça l’aventure, c’est un partage de vie avec des gens que je ne reverrai peut-être jamais. C’est ça aussi le but, de se laisser surprendre par ce qui arrive. »

Anne Quéméré a quitté Inuvik le 6 juillet et au moment d’écrire ces lignes, le 18 juillet, elle avait dépassé Tuktoyaktuk et traversé la baie où se jette la rivière Anderson. On peut la suivre sur la page Facebook Arctic Solar ou sur son site Internet anne-quemere.com.


Motivations

Anne Quéméré ne s’embarrasse pas de grands discours lorsqu’on lui demande ce qui motive cette périlleuse odyssée de 3500 kilomètres entre Inuvik et Iqaluit. « J’aime ça, dit-elle simplement, j’aime être sur l’eau. »

Ce qui ne l’empêche pas de vouloir communiquer sur l’Arctique, méconnu selon elle, et de partager de l’information sur la culture de ses peuples. Elle s’est d’ailleurs arrêtée à Tuktoyaktuk, et veut rejoindre Paulatuk et Cambridge Bay.
Ce qui n’empêche pas non plus un certain engagement environnemental. Pour son expédition, elle a donné une seconde vie à l’Icade, avec lequel, muni d’une aile de kite, elle avait traversé le Pacifique en 2011, et qui est maintenant équipé de 10 mètres carrés de panneaux solaires.

Mme Quéméré espère se rendre à Iqaluit avant la mi-septembre, avant que les glaces ne soient trop envahissantes.
Elle a quelques fruits pour les premiers jours, de la nourriture lyophilisée pour trois mois. Elle qui mange peu de viande ne compte pas pêcher, craignant qu’un fil de canne puisse se prendre dans l’hélice du moteur électrique.

Malgré ce que certains disent, du trafic, il n’y en a pas beaucoup dans le sinueux passage du Nord-Ouest. Anne Quéméré sait déjà qu’elle croisera un bateau de croisière français — le Ponant —, quelques voiliers. Le danger dit-elle, ce n’est pas les collisions. « C’est les gros coups de vent. À 30 nœuds ça peut être compliqué. Et il y a les avaries potentielles. (…) Mais ça ne peut pas être pire que le Pacifique. Je suis quelqu’un d’optimiste. »


Un livre

En plus du Pacifique, la navigatrice a traversé l’Atlantique aller-retour. À la rame ! Mais ses tentatives précédentes de rallier Tuktoyatuk à Iqaluit — en kayak ont été frustrée par l’excès de glace en 2014 et par la mauvaise météo l’année suivante. Condamnée au sol lors d’un de ses voyages, elle en a profité pour repeindre l’église de Tuktoyaktuk. Et découvrir, au pied d’un bateau en bois, une tombe portant un nom breton, comme le sien : Père Robert Le Meur (1920-1985). Anne Quéméré a enquêté sur ce prêtre arrivé chez les Inuits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle a rencontré son neveu. Elle en a tiré L’homme qui parlait juste, paru chez Arthaud début 2018. Le titre du livre est la traduction du surnom que donnaient les Inuits au Père Le Meur. « Il a passé 40 ans de sa vie ici, explique Anne Quéméré. J’ai lu ses lettres. Il voulait être enterré ici. C’était un homme magnifique. »