Les artistes attendent surtout de réelles mesures et non une loi déclaratoire qui ne serait pas accompagnée d’un plan d’action en faveur de meilleures conditions de vie et de travail, souligne Philippe Beaulieu, président de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB).
Les artistes attendent surtout de réelles mesures et non une loi déclaratoire qui ne serait pas accompagnée d’un plan d’action en faveur de meilleures conditions de vie et de travail, souligne Philippe Beaulieu, président de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB).

Un pas de plus vers la reconnaissance du métier d’artiste

Simon Delattre
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Il aura fallu près de sept ans pour que le rapport du premier ministre du Nouveau-Brunswick sur le statut de l’artiste voit enfin le jour. À l’intérieur, 24 recommandations destinées à améliorer la situation socioéconomique des artistes professionnels au Nouveau-Brunswick. Deviendront-elles réalité un jour?

Le groupe de travail du premier ministre a été mis sur pied en 2014, mais les travaux ont trainé en longueur. Son rapport publié à la fin juin présente les revendications principales des artistes néobrunswickois, dont l’occupation demeure généralement précaire.

Il propose notamment que le gouvernement provincial adopte une loi qui reconnaisse officiellement la profession et la définisse. Les artistes attendent surtout de réelles mesures et non une loi déclaratoire qui ne serait pas accompagnée d’un plan d’action en faveur de meilleures conditions de vie et de travail, souligne Philippe Beaulieu, le président de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB).

Reconnaissance du travail invisible

L’un des enjeux phares est celui de la reconnaissance du travail invisible, c’est-à-dire tout le travail de recherche, d’entrainement, de création, de réseautage et de réflexion qui se fait avant que l’œuvre finale soit réalisée.

On demande donc que ce temps de travail non rémunéré soit considéré dans le calcul des cotisations et des prestations.

«Si on payait le scientifique selon qu’il fait une découverte, il n’y aurait pas beaucoup de recherche qui se ferait», mentionne Phillipe Beaulieu.

Le rapport identifie nombre de défis propres à la profession : l’instabilité d’emploi, la faiblesse du revenu, l’insuffisance de protection règlementaire et le peu de contrôle sur son travail.

Améliorer l’accès à certains avantages

«Le travail atypique des artistes est souvent intermittent, caractérisé par une activité cyclique. La carrière artistique est, en effet, souvent ponctuée de contrats à court terme exécutés dans différentes sphères d’activités, à l’intérieur comme à l’extérieur des secteurs artistiques, pour différents entrepreneurs ou employeurs. Les artistes professionnels ont rarement accès à du perfectionnement professionnel, à l’assurance-emploi, à l’indemnisation des accidents du travail, aux régimes de pension ou à d’autres programmes sociaux comparables dont bénéficient les autres professionnels», observent les auteurs.

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« Le filet social a été pensé en fonction des salariés et non des travailleurs autonomes comme les artistes. »
Philippe Beaulieu, président de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB)

Pour y remédier, ils proposent par exemple que le gouvernement provincial rende obligatoire la conclusion d’un contrat écrit entre les clients et les artistes, que les artistes puissent être exemptés du paiement de l’impôt sur un pourcentage du revenu qu’ils tirent de droits d’auteur ou que leur revenu puis être étalé en tenant compte des fluctuations annuelles de leur rémunération.

Diverses autres mesures sont suggérées comme un revenu annuel garanti, une accessibilité améliorée aux avantages sociaux existants, un régime de pension du Canada et une assurance-emploi mieux adaptés aux réalités des artistes.

Pour y arriver, les représentants des artistes estiment qu’il est absolument nécessaire d’impliquer le gouvernement fédéral, surtout en matière fiscale.

Mise sur pied d’un comité de transition

Le gouvernement provincial a fait un premier pas en acceptant d’établir un comité de transition pour effectuer une analyse détaillée des recommandations. Présidé par le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, il comprendra des représentants d’ArtsLink NB, d’artsnb et de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, ainsi que des membres du personnel de plusieurs ministères.

Son rôle sera d’établir des échéanciers précis, de fixer des priorités et une feuille de route et de s’assurer que les négociations se poursuivent, indique Philippe Beaulieu.

«Le rapport a reçu un assez bon accueil de la part du premier ministre Blaine Higgs, se félicite-t-il. Il a reconnu le besoin de ce comité. Il a accepté de la créer et est ouvert à la collaboration. La balle est lancée, on va travailler étroitement avec le bureau du premier ministre. Je crois que tout est en place pour commencer à travailler.»

Le chef du gouvernement n’est toutefois pas allé jusqu’à s’engager à adopter une loi. Le président de l’AAAPNB reconnait qu’il s’agira bien d’une entreprise de longue haleine.

«Avec une bonne volonté, en travaillant efficacement, on peut arriver d’ici quatre à cinq ans, à des projets pilotes entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Nouveau-Brunswick», anticipe-t-il.