Manuela et son petit frère Liam, incarnés par Cindy Charles et Jamaal Mansaray dans «Ainsi va Manu».
Manuela et son petit frère Liam, incarnés par Cindy Charles et Jamaal Mansaray dans «Ainsi va Manu».

Série TV «Ainsi va Manu» : la rénoviction vue à travers les yeux d’adolescents

Lucille Tatti
L'Express
L’EXPRESS (Toronto) – «Ainsi va Manu», une nouvelle série jeunesse de Josiane Blanc et Ania Jamila vient de sortir sur la chaine pancanadienne Unis TV. Composée de sept courts épisodes d’une douzaine de minutes chacun, Ainsi va Manu traite du problème de la «rénoviction» à Toronto à travers la naïveté, mais surtout la détermination du regard de Manuela.

Torontoise et francophone, l’adolescente incarnée par Cindy Charles se démène avec ses propres moyens pour rester dans l’appartement dans lequel elle vit avec sa mère et son petit frère, après avoir reçu un avis d’éviction. Le propriétaire souhaite rénover le logement pour éventuellement le relouer plus cher.

«L’idée m’est venue petit à petit, au fur et à mesure que mes amis et collègues quittaient Toronto à cause des prix des loyers devenus exorbitants», explique Josiane Blanc, réalisatrice et scénariste.

Patrick, Manuela et Kim, incarnés par Nam Nguyen, Cindy Charles et Laurence Barette dans Ainsi va Manu.

«Tous les deux ou trois mois, une connaissance quitte la ville, donc c’est un sujet qui revient très souvent sur la table.»

Aux grands mots, les petits remèdes?

«Ainsi va Manu» est produite par Luve Films & les Productions Diversified Voices dans le cadre du programme Talents en vue de Téléfilm Canada. La série est soutenue par Créateurs en série, une initiative de TV5/Unis TV, ainsi que par TFO.

Ania Jamila, productrice chez Luve Films, souhaitait montrer ce problème d’adulte — la rénoviction — à travers la perspective d’enfants qui sont touchés par ce genre de situations.

«Les jeunes et les enfants sont aussi victimes de ce genre de phénomènes. Mais généralement, ce sont des victimes impuissantes. “Ainsi va Manu” casse ce code et mettant en scène des jeunes qui sont acteurs et combattent leur situation», explique Ania Jamila.

Karine, la mère de Manuela, est campée par Sandra Dorélas dans Ainsi va Manu.

«Ainsi va Manu» : une représentation inspirante de l’adolescence

La série jeunesse est avant tout divertissante, pleine d’humour, d’amour et d’espoir, en dépit de sa problématique initiale plutôt sérieuse.

Cindy Charles, dans le personnage de Manuela, crève l’écran en incarnant une jeune fille mature et déterminée, mais à la fois fougueuse et insouciante. Son personnage est aussi très représentatif du statut d’adolescent, tiraillé entre l’enfance et le monde des adultes.

«Manuela est un personnage fictif, mais certaines caractéristiques de sa personnalité restent proches de la mienne. Je pense que l’aspect de combat, de justice sociale, de son personnage existe. C’est quelque chose de très important pour moi, qui se reflète donc dans mes créations», observe Josiane Blanc, la réalisatrice.

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Manuela et sa mère, incarnées par Cindy Charles et Sandra Dorélas dans Ainsi va Manu.

Une série jeunesse inclusive dans tous les sens du terme

La série se distingue aussi par sa grande diversité, que ce soit derrière ou devant la caméra, à l’image de la population multiculturelle de Toronto.

Les deux amies souhaitaient aussi en finir avec cette fausse diversité qui cantonne les personnages issus de diverses ethnicités à des rôles stéréotypés. La représentation du personnage féminin fort est tout aussi importante dans la création des deux amies.

«Ce n’est pas que l’on “cherche” la diversité pour nos distributions. La diversité, c’est notre vie. Je suis Noire, Ania est Marocco-Roumaine, mes amis viennent de partout dans le monde… Je ne crée pas en me disant qu’il est absolument nécessaire d’inclure de la diversité. C’est naturel puisque ma vie en est entourée», affirme Josiane Blanc.

Ainsi, la plupart des distributions étaient ouvertes à la diversité. Ce n’est pas toujours le cas, surtout pour les premiers rôles. C’était un défi supplémentaire, en plus de celui de trouver des acteurs francophones en Ontario.

«Les différents accents francophones ont composé un autre obstacle dans la sélection des acteurs. Les deux acteurs que l’on avait initialement sélectionnés pour jouer les rôles de Kim et Patrick (les amis jumeaux de Manuela) n’avaient pas le même accent, ce qui n’avait pas de sens», explique Ania.

Outre la représentation de la diversité, «Ainsi va Manu» est aussi emblématique du français parlé par les jeunes francophones canadiens : un cocktail de français avec des mots et parfois des phrases entières en anglais.

«C’est inconscient! Dans un monde globalisé, quand on évolue dans un milieu anglophone, francophone, les jeunes parlent dans un mélange de langues», d’après Josiane.

Manuela, son frère Liam et sa mère Karinem, joués par Cindy Charles, Jamaal Mansaray et Sandra Dorélas, dans Ainsi va Manu.

«Ainsi va Manu», le produit d’une amitié

La série jeunesse est avant tout le produit d’une belle amitié entre Josiane Blanc et Ania Jamila. Les deux femmes se sont rencontrées en 2018 lors du concours Tremplin de l’Office Nationale du Film du Canada (ONF), toutes deux finalistes.

«Josiane a remporté le concours et je suis arrivée en deuxième position. Malgré cela, Josiane aime dire parfois que ce qu’elle a tiré de plus beau de ce concours-ci, au-delà de son documentaire, c’était surtout notre partenariat. Je vais totalement dans son sens sur ce point-ci», nous confie Ania.