Bureau central de l'ONF à Montréal (mai 2009).
Bureau central de l'ONF à Montréal (mai 2009).

Les producteurs francophones inquiets de la réforme de l’ONF

FRANCOPRESSE – Plusieurs joueurs de l’industrie canadienne du film s’inquiètent grandement alors que l’Office national du film (ONF) a récemment procédé à une restructuration. Les craintes sont encore plus vives chez les francophones, qui y voient une perte d’autonomie du Programme français de l’ONF.

En décembre dernier, le grand patron de l’Office national du film, Claude Joli-Cœur, annonçait l’abolition de trois postes dans la haute direction et le départ conséquent des trois titulaires : Michèle Bélanger, directrice du Programme français, sa contrepartie anglophone Michelle van Beusekom, directrice générale du Programme anglais, ainsi que Loc Dao, directeur du numérique et directeur de la Programmation et production, studios interactifs.

Une seule personne sera dorénavant à la tête des programmes français et anglais, soit celle qui assurera la direction générale Création et innovation, présentement vacante.

La fusion de la direction des programmes français et anglais en particulier suscite de nombreuses critiques.

Peur de perdre des acquis

«On a été choqués de ne pas avoir été consultés et de ne pas avoir été mis au courant de la décision», déplore Philippe Baylaucq, porte-parole de NFB/ONF Création, un groupe réunissant plus de 250 cinéastes francophones et anglophones du pays. 


« Cette décision est contraire à l’ADN de l’ONF. L’ONF est devenu ce qu’il est devenu précisément parce qu’il a réussi à trouver un équilibre entre les deux faits français et anglais. »
Philippe Baylaucq, porte-parole de NFB/ONF Création

Après d’âpres batailles, l’ONF a instauré en 1964 une dualité linguistique avec la mise en place d’un programme français distinct. Auparavant, les cinéastes francophones et la production en français étaient intégrées dans une structure largement anglophone.

Plusieurs personnes interrogées pour cet article ont souligné cet acquis obtenu il y a 56 ans, un acquis qu’elles craignent maintenant de perdre.

«Nous, en tant que francophones, on ne sait pas ce qui va se passer», souligne la cinéaste acadienne Monique LeBlanc. «On n’a pas d’assurance que la production francophone ne sera pas affaiblie. On ne sait pas. Il n’y a pas de plan.»


« Personne ne voulait [de cette restructuration], ni de l’intérieur [de l’ONF] ni de l’extérieur. »
Monique LeBlanc, cinéaste acadienne

C’est un tout autre son de cloche au sein du Front des réalisateurs indépendants du Canada (FRIC), qui regroupe des cinéastes francophones de l’extérieur du Québec. Le directeur général de l’organisme, Jean-François Dubé, y voit surtout un changement d’ordre organisationnel. «Face à la restructuration, il ne semble pas y avoir actuellement de possibles impacts négatifs pour les réalisateurs.»

Claude Joli-Cœur explique sa réforme 

Dans une toute première entrevue accordée au sujet de sa réforme, le commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF, Claude Joli-Cœur, a indiqué à Francopresse que l’organisme vise à renforcer les programmes français et anglais, notamment en regroupant toute la production, en français et en anglais, et en décentralisant la prise de décisions. «Ce que j’ai voulu créer, c’est la force du groupe», dit-il.

Le commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF, Claude Joli-Cœur.

Les productions au sein de l’ONF sont encadrées par des entités nommées «studios». Avant la réforme, les productions numériques anglaises et françaises étaient réunies dans une même unité, un même studio pancanadien. Même chose pour les productions institutionnelles et les productions spéciales.

Ces deux studios n’existent plus ; les productions francophones et anglophones qui en faisaient partie ont été intégrées dans les grands programmes français et anglais.


« On a regroupé les forces vives de l’organisation selon le champ linguistique. C’est quelque chose qui répondait aux demandes autant envers la rationalisation et la cohérence que la création de pôles synergiques. »
Claude Joli-Cœur, commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF

Le pouvoir aux producteurs exécutifs 

Autre volet important de la restructuration : le pouvoir de décision se déplace.

Avant la réforme, ce sont les directions des programmes français et anglais qui avaient le dernier mot sur le choix des projets. Ce pouvoir est maintenant attribué aux producteurs exécutifs présents dans les différentes régions du pays.

La production francophone à l’extérieur du Québec, qu’on appelle «Studio de la francophonie canadienne», est regroupée en deux entités administratives : une à Toronto, pour l’Ontario et l’Ouest, et l’autre à Moncton (Studio Acadie), pour les provinces de l’Atlantique.

Le producteur exécutif du Studio de la francophonie canadienne, Denis McCready, basé à Toronto, confirme qu’il peut maintenant approuver la plupart des projets francophones à l’extérieur du Québec. Désormais, jusqu’à hauteur d’un certain montant, c’est le producteur exécutif qui décide et qui en informe la direction.

Le producteur exécutif du Studio de la francophonie canadienne, Denis McCready.

Claude Joli-Cœur précise jusqu’où ira ce pouvoir de décision : «Le seul droit de véto auquel je m’attendrais, c’est si quelqu’un arrive avec un projet qui n’a aucun sens. Ou encore que le producteur aurait complètement manqué qu’un de ses collègues fait le même projet. Ça va se limiter à ce genre d’interventions là.»

Cette direction unique, qui chapeautera les programmes français et anglais, n’est toujours pas en place ; le processus de recrutement suit son cours depuis décembre.

Claude Joli-Cœur précise que cette nouvelle direction des programmes exercera un leadeurship plus collectif en raison de la décentralisation des pouvoirs. «Je le compare souvent au rôle d’un chef d’orchestre. On a des musiciens très talentueux qui ont besoin d’une direction, d’un chef pour les grandes orientations, pour des vues plus globales, mais qui va beaucoup se fier à l’expertise et au sens du terrain de chacun de ses producteurs exécutifs.»

«Il y a une culture ou l’autre qui va payer le prix»

Plusieurs personnes à qui nous avons parlé, dont certaines n’ont pas voulu être identifiées, n’y croient tout simplement pas. On doute énormément qu’une seule personne puisse connaitre suffisamment les deux espaces français et anglais pour articuler une vision.

Philippe Baylaucq, de ONF-NFB Création, compare ce poste à une licorne.


« Cette personne-là qui connait et qui incarne les deux réalités, les deux solitudes, les deux cultures : elle n’existe pas. Donc il y a une culture ou l’autre qui va payer le prix de cette décision-là. C’est quelque chose qui, à moyen terme, va fragiliser le fait français au sein de l’institution. »
Philippe Baylaucq, porte-parole de NFB/ONF Création

Un sentiment partagé par Maryse Chapdelaine, ancienne productrice au Studio Acadie de l’ONF à Moncton et maintenant productrice chez Ça Tourne Productions, basée à Caraquet, au Nouveau-Brunswick. «Un directeur de programmation pour deux entités qui sont séparées depuis très longtemps, qui ont des intérêts, des façons d’être différentes, on est extrêmement sceptiques.»

Maryse Chapdelaine considère que l’ONF est en période de crise grave. «Mais là, le problème, c’est que le commissaire trouve des solutions économiques au lieu de prendre des solutions qui sont en rapport avec le contenu.»

Philippe Baylaucq, porte-parole de NFB/ONF Création.

D’autres, comme Jean-François Dubé du FRIC, veulent donner la chance au coureur. «Il faut que cette personne-là ait une bonne connaissance des deux milieux. Ça peut fonctionner. Tout dépend de la personne qui va être mise en place. Puis il va aussi y avoir des comités de consultation avec tous les producteurs des différents studios.»

Depuis décembre, ces producteurs exécutifs se rencontrent beaucoup plus souvent à l’intérieur de leur propre programme, à l’échelle du pays et avec la direction. Le producteur exécutif Denis McCready y voit un changement structurel important. «Ça change complètement notre manière de travailler, ce qui fait qu’on peut travailler et réfléchir conjointement avec nos collègues des programmes français et anglais.»

Claude Joli-Cœur est convaincu du bienfondé de sa réforme. «Ce à quoi je vais m’attendre du [futur] directeur général Création et innovation, c’est quelqu’un qui va pousser tout le monde à aller plus loin, c’est quelqu’un qui va être inspirant, qui va amener chacun à se dépasser dans son rôle. Les deux directrices qui sont parties, elles étaient très talentueuses, mais elles avaient un rôle beaucoup plus de décideurs. Maintenant, le rôle de décideurs est descendu d’un étage, il est vraiment dans les mains des producteurs exécutifs.»

Dragqueens

FRANCOPRESSE – Très attendu par plusieurs adeptes, le premier épisode de l’émission de téléréalité Canada’s Drag Race : que la meilleure gagne, équivalent canadien de la populaire émission RuPaul’s Drag Race, a débarqué le 2 juillet sur la plateforme Crave. Alors que 12 dragqueens canadiennes s’affronteront dans diverses disciplines durant 10 épisodes, plusieurs artistes francophones de cette scène se sentent encouragées et y puisent le courage de s’affirmer davantage.
Sculpture

FRANCOPRESSE - «This is the forest primeval. The murmuring pines and the hemlocks, bearded with moss…» C’est avec ces mots que s’ouvrent le célèbre poème Évangéline, a Tale of Acadie de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow, paru en 1847. C’est dans le cadre enchanteur, bucolique de cette «forêt primitive», remplie de «sapins qui murmurent» et de «pruches revêtues de mousse», à Grand-Pré, que débute le récit tragique d’Évangéline et de son fiancé Gabriel.
Musique

LE DROIT (Ontario) – Le trio franco-ontarien Brasse Camarade, fondé en 1990 par François Lamoureux (guitare, saxophone et voix) et Pierre Lamoureux (basse), a connu un immense succès populaire au Canada et à l’international… mais le groupe s’est heurté au Québec à un mur idéologique cimenté par quelques membres de l’intelligentsia radiophoniques qui «n’aimaient pas notre accent» et qui avaient le bras un peu trop long, estiment aujourd’hui les deux frères Lamoureux.
Acadie

LA VOIX ACADIENNE (Île-du-Prince-Édouard) – L’année 2020 marque le 300e anniversaire de l’arrivée des premiers colons français et acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard. Pour célébrer, un comité regroupant des représentants du gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard et des associations acadiennes a été mis sur pied. De cette initiative, le site Web d’Acadie 300 a vu le jour.
Tradition canadienne-française

LE VOYAGEUR (Sudbury) – L’ethnologue Jean-Pierre Pichette, qui a longtemps travaillé à l’Université de Sudbury, publiait en 2019 l’essai La danse de l’ainé célibataire ou la résistance des marges. Le Québécois d’origine avait été témoin de cette tradition en assistant à un mariage dans le Nord de l’Ontario, tradition que lui et sa collègue n’avaient jamais vue auparavant. Le livre retrace sa recherche et tente de trouver l’origine de la danse, qui se compare à une gentille humiliation.
Témiskaming

L’Association de canot-camping du lac Témiscamingue est la suite naturelle de l’Expédition Apollo ; des virées folles organisées en plein air dans les années 80. Les participants ont voulu continuer de vivre des expériences en plein air.
Prix Gémeaux

LE DROIT (Ottawa) – La société de production ottavienne Slalom a récolté trois nominations dans la course aux prix Gémeaux, dont les finalistes ont été dévoilés mardi 7 juillet.
Patrimoine

L’ORLÉANAIS (Orléans) – La valeur patrimoniale du silo Vinette, à Orléans près d’Ottawa, était pour la première fois mise en lumière en 2011 alors que la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO), sollicitait l’appui de la Ville d’Ottawa pour freiner un projet immobilier destinant le bâtiment, de près de 80 ans, à une démolition certaine. Aujourd’hui, l’historique silo à grains se retrouve en point de mire dans l’aménagement éventuel d’un parc à thématique agricole.
Littérature

LE VOYAGEUR (Sudbury) – Il y a environ un an, à Englehart, une enfant est venue cogner à la porte de Jerry Dougherty et lui a demandé une banane. C’était une demande étrange venant d’une enfant qu’elle ne connaissait pas, mais elle lui en a donné une. «Une heure plus tard, elle est revenue avec six amis. J’étais super confuse. Ils m’ont en fait donné une cafetière.»
Théâtre franco-ontarien

André Paiement est la cheville ouvrière de la pièce Moé j’viens du Nord, ’stie (1971). On s’accorde à dire qu’il est le «père fondateur» du théâtre franco-ontarien. Il a privilégié le travail par osmose et proposé une démarche qui fait encore école aujourd’hui.
Groupe autochtone des sept

FRANCOPRESSE – Ils étaient sept artistes autochtones qui demandaient que leur travail soit reconnu à juste titre. Et ils ont fait bouger les choses. À l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, Francopresse a discuté du legs du regroupement Professional Native Indian Artists Inc., dit Groupe autochtone des sept, avec trois conservateurs autochtones qui œuvrent dans des musées bien en vue au Canada.
Spectacle

LE DROIT (Ontario) – Folle, c’est le titre d’une nouvelle chanson des Chiclettes. Folle, c’est aussi une pièce qui donne dans la dérision et l’humour avec une étonnante lucidité, une marque de commerce que les Franco-Ontariennes entretiennent depuis 10 ans et qu’elles comptent bien renforcer avec un nouvel album.
Littérature

La jeune maison d’édition montréalaise KATA a lancé en mai La croqueuse de pierre, une traduction du conte inuit écrit par Louise Flaherty et illustré par Jim Nelson. Destiné à un public de jeunes adolescents, l’éditeur Luca Palladino présente, en français, la richesse des histoires des peuples autochtones.
Théâtre

LA LIBERTÉ (Manitoba) – La situation financière actuelle est particulièrement précaire pour bien des artistes qui voient leurs spectacles et contrats annulés en raison de la COVID-19. Dans ce contexte d’exception, l’École nationale de théâtre a lancé un programme de soutien aux artistes émergents, Art à part. Amber O’Reilley est une des bénéficiaires.
Musique

L’ORLÉANAIS (Orléans) – À l’âge de 85 ans, l’artiste autrefois connue comme «la reine du country francophone», Marie King née Farley, profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée. Originaire de Navan, la chanteuse a marqué le palmarès musical de l’est du Canada dans la fin du 20e siècle avec ses nombreuses compositions et interprétations de musique country d’expression française.
Littérature

Quarante-quatre auteurs et autrices répondent virtuellement présents au Salon du livre du Grand Sudbury, et ce, jusqu’au 10 mai. L’occasion pour les lecteurs et lectrices de se faire raconter d’autres histoires que celles du coronavirus.
Arts visuels

FRANCOPRESSE – Le 7 mai 1920, sept amis exposent leurs toiles au Musée des beaux-arts de Toronto. Pour la première fois, ils le font sous le nom du Groupe des Sept. Ce sont les Ontariens Franklin Carmichael, Lawren S. Harris, Frank Johnston, le Montréalais A. Y. Jackson et les Anglais d’origine Arthur Lismer, J. E. H. MacDonald et Fred Varley.
Improvisation

LE GABOTEUR (Terre-Neuve-et-Labrador) – Comment continuer à jouer dans une ligue d’improvisation tout en gardant ses distances? La Ligue d’Improvisation Francophone Éclatée (L.I.F.E.) de Terre-Neuve, ainsi que la Communauté Libre d’Improvisateurs Croqueurs (CLIC) de l’Association saint-pierraise Croq'Paroles semblent toutes deux avoir trouvé une solution : passer à l’improvisation virtuelle sur Zoom! Invité à leur première pratique virtuelle commune, Le Gaboteur raconte.
Musique

À 86 ans, le monument de la musique africaine Manu Dibango a été emporté par la COVID-19 le 24 mars 2020. Quatre Franco-Canadiens d’origine camerounaise et mauritanienne établis en Saskatchewan, en Ontario et à Terre-Neuve-et-Labrador partagent leur réaction et leurs souvenirs empreints d’admiration et de nostalgie.
Francophonie

FRANCOPRESSE – Entrée en fonction le 20 avril, Clotilde Heibing succède à Benoit Henry, qui occupait le poste depuis la création de l’organisme en 2002. Française d’origine, Monctonienne d’adoption depuis 2016, l’ancienne coordonnatrice de la Stratégie de promotion des artistes acadiens sur la scène internationale (SPAASI) pour la Société nationale de l’Acadie (SNA) estime que son imposant bagage «marketing» bénéficiera aux membres.
Prix Victor Tolgesy

L’entrepreneuriat artistique a toujours fasciné Pier Rodier, 57 ans et natif d’Ottawa, tant dans ses rôles de dramaturge, metteur en scène et interprète que scénographe. Le Conseil des arts d’Ottawa et la Ville viennent de reconnaitre son engagement et son succès en lui accordant le Prix Victor Tolgesy.
Concerts en ligne

FRANCOPRESSE – Après, entre autres, les concerts proposés par Centre national des Arts (CNA) avec son fonds Facebook-CNA pour #Canadaenprestation et ceux des divers organismes régionaux, mais avant le méga concert organisé par Lady Gaga, le Centre de la francophonie des Amériques (Centre) a diffusé un concert «100 % Franco-Amérique» pour la deuxième fois en deux semaines. Suivant le groupe franco-ontarien LGS (Le groupe Swing), c’était au tour vendredi dernier d’Alexandre Belliard avec son spectacle D’une Amérique à l’autre. Une invitation à faire connaissance en chansons avec de véritables légendes : ces femmes et ces hommes qui ont fait l’Amérique francophone.
Littérature

Si des milliers de jeunes connaissent la vie et les exploits d’Étienne Brûlé, premier Blanc à avoir mis les pieds en Ontario en 1610, c’est grâce aux trois romans de Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé. Leur trilogie écrite à quatre mains et publiée en 2010 et 2011 a été suivie, en 2014, d’un quatrième roman, cette fois au sujet du Règlement 17. Portrait de deux enseignants à la retraite qui ont su intéresser les jeunes à la lecture et à l’histoire.