Les quatre fondatrices de la Haus of ménage à 4 lors d’un show en janvier à l’Université de Moncton.
Les quatre fondatrices de la Haus of ménage à 4 lors d’un show en janvier à l’Université de Moncton.

L’art du drag franco s’affirme

FRANCOPRESSE – Très attendu par plusieurs adeptes, le premier épisode de l’émission de téléréalité Canada’s Drag Race : que la meilleure gagne, équivalent canadien de la populaire émission RuPaul’s Drag Race, a débarqué le 2 juillet sur la plateforme Crave. Alors que 12 dragqueens canadiennes s’affronteront dans diverses disciplines durant 10 épisodes, plusieurs artistes francophones de cette scène se sentent encouragées et y puisent le courage de s’affirmer davantage.

Les dragqueens canadiennes comptent bien relever le défi dans leurs milieux respectifs qui a fait son chemin aux États-Unis depuis 12 saisons. «Pour moi, la Drag Race est une façon de m’inspirer à nouveau et de me fixer un but réel», explique Adrianna Exposée, dragqueen à Ottawa depuis trois ans. L’artiste professionnelle a commencé à pratiquer l’art du drag lorsqu’elle avait tout juste 18 ans.

Une Académie du Drag

Des années plus tard, l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa) est en train de mettre sur pied l’Académie du Drag, une série d’ateliers entièrement en français sur l’art du drag. Les jeunes francophones sont particulièrement visés par cette opportunité.

La directrice générale de l’ACFO Ottawa, Ajà Besler, explique ce qui a mené à la création de ce projet :


« La communauté francophone LGBTQIA2+* se sent souvent obligée de choisir entre ses identités de sexe ou linguistique, car il n’y a pas beaucoup d’espaces qui recoupent les deux à Ottawa. Notre but était d’en créer davantage en français. Nous voulions notamment rendre des évènements plus accessibles pour les jeunes. »
Ajà Besler, directrice générale de l'ACFO Ottawa

Des formations virtuelles seront bientôt offertes par des artistes francophones, qui joueront aussi le rôle de mentors pour les participant.es. Le projet devrait débuter vers la fin juillet et s’étaler jusqu’en mars 2021.

À l’âge où ils cherchent leur identité, les adolescents francophones de la capitale bénéficient désormais d’une porte d’entrée à cet art de performance qu’on risque de voir de plus en plus fréquemment sur nos écrans.

La drag franco s’impose en Acadie

Adrianna Exposée et Ajà Besler s’entendent pour dire que la majorité de la scène drag d’Ottawa se déroule en anglais.

Le son de cloche est légèrement différent à Moncton, au Nouveau-Brunswick ; la ville a beau être plus petite, avec ses 85 198 habitants, la scène drag francophone acadienne est en pleine ébullition depuis 2019. Une maison de drag bilingue nommée Haus of Ménage à 4 a été fondée par quatre drags francophones de la région : Mona Noose, Chiquita Mare, Rose Beef et Parisienne.

Cette dernière est âgée de 26 ans et pratique l’art du drag depuis trois ans. Sa personnalité entière est puisée dans la culture francophone : «Parisienne est une fille qui aime faire la fête, mais qui est plus sobre que les autres de la bande. Elle a un maquillage classe. Elle fait moins la comédie et ses mouvements sont plus sexys!»

Parisienne avant.
Parisienne après.

Son répertoire l’est tout autant : d’Angèle Arsenault à Vendredi sur Mer en passant par Édith Piaf, c’est un véritable hommage à la francophonie que rend Parisienne.

Mona Noose, 22 ans, est également de la partie. Son nom est «une joke réservée aux francophones», explique-t-elle dans un grand rire. Selon elle, la scène drag francophone était «inexistante» avant leur arrivée.

«L’Acadie est une mine d’or de références culturelles jamais utilisées du point de vue queer. On fait par exemple beaucoup de Camp humour [humour gai], de manière exagérée», précise Mona.

L’essence même du drag se trouve en grande partie dans «l’humour gai, les jeux de mots, les doubles sens à gogo et les blagues sexuelles assumées», rapportent les principales concernées.

Le rejet des formalités à la base de la scène drag

À l’heure de la montée en puissance des drags francophones, Mona préfère carrément parler de mainstream [grand public, NDLR]. «Notre génération a eu plus accès à la culture drag», justifie-t-elle.

Les émissions comme Drag Race sont une bonne introduction à son avis, car au-delà des jeunes qui se cherchent, les gens qui ne savent pas ce qu’est une dragqueen peuvent aussi voir le côté «humain» des participantes. «Je veux dire par là qu’ils ne voient pas seulement un homme qui s’habille en femme, mais aussi une personne qui évolue dans une compétition.»

L’idée de créer des formations, comme le propose l’ACFO Ottawa, rencontre chez elle un succès mitigé :


« Si c’est pour devenir professionnel, pourquoi pas, il y a de la place pour le succès! Mais pas si ça devient une matière qu’on étudie à l’université parce qu’on perdrait l’aspect punk, le rejet des formalités qu’ont amorcé les premières dragqueens. Je pense qu’il ne faut pas oublier ça. »
Mona Noose, dragqueen

Elle rappelle que les fondations de cet art sont les maisons drag : il était d’usage qu’une dragqueen plus vieille, une matriarche, loge de jeunes apprenties. «Souvent pauvres après le rejet total de leurs familles, elles n’avaient pas d’autres endroits où se réfugier», souligne Mona.

C’est ainsi que les maisons drag devenaient de hauts lieux d’expression et de divertissement, mais réservés et accessibles uniquement à la communauté LGBTQIA2+.

Avec Trinity K. Bonet, participante de la saison 6 de <em>RuPaul’s Drag Race</em>, dans un <em>show</em> que la Haus of ménage à 4 a accueilli pour sa campagne contre la stigmatisation du VIH-sida.

En dehors du cadre hétéro normatif

En évoquant les prémices du drag, Mona admet qu’il y a dix ans, la Haus of ménage à 4 n’aurait pas rencontré le même succès qu’aujourd’hui. Les Acadiens, qui depuis un an entendent parler de plus en plus de la joyeuse bande à travers les médias, sont curieux de voir leurs vedettes locales en action.

Signe pour les instigatrices d’une sorte de démocratisation de la scène ou, du moins, de la diffusion de l’art, qui passe par les réseaux sociaux et les émissions.

Le public de Haus of ménage à 4 est queer, mais pas que. Des hétéros viennent aussi et sont parfois un peu maladroits :


« Certains me parlent après les shows. Au lieu de juste comprendre qu’on est surtout là pour s’amuser, ils tentent de comprendre pourquoi on fait ça. Pour moi, poser cette question signifie qu’ils ont besoin d’un cadre dans lequel nous mettre, nous les queers. »
Mona Noose, dragqueen

Ce besoin de mettre les dragqueens dans un moule s’exprime aussi à travers une haine antigaie : «J’ai la peau dure, rit Mona. Quand on me crie faggt dans la rue parce que je suis habillé pour aller à l’un de nos shows, je suis plutôt content en fait : ça veut dire que je fais gai! Ça tombe bien, je suis gai!»

Alors que la Haus of ménage à 4 se voit avant tout comme une célébration queer, certain.es exercent l’art du drag à temps plein. C’est le cas d’Adrianna Exposée. «C’est un travail très compétitif, affirme-t-elle avec force. Si on n’est pas au niveau, c’est difficile de rester sur scène. Il faut connaitre sa valeur et se faire payer.»

Adrianna Exposée avant.
Adrianna Exposée après. 

Professionnel.le ou non, le constat s’ancre un peu plus chaque année : si être drag francophone est parfois vu en dehors du cadre hétéronormatif et linguistique établi, c’est aussi et surtout en train de devenir un art visible et accessible.

*LGBTQIA2+ : Lesbiennes, Gais, Bisexuel.les, Transgenres, Queer, Questioning, Intersexe, Asexuel.le, Bispirituel.le et toutes autres possibilités.

Sculpture

FRANCOPRESSE - «This is the forest primeval. The murmuring pines and the hemlocks, bearded with moss…» C’est avec ces mots que s’ouvrent le célèbre poème Évangéline, a Tale of Acadie de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow, paru en 1847. C’est dans le cadre enchanteur, bucolique de cette «forêt primitive», remplie de «sapins qui murmurent» et de «pruches revêtues de mousse», à Grand-Pré, que débute le récit tragique d’Évangéline et de son fiancé Gabriel.
Musique

LE DROIT (Ontario) – Le trio franco-ontarien Brasse Camarade, fondé en 1990 par François Lamoureux (guitare, saxophone et voix) et Pierre Lamoureux (basse), a connu un immense succès populaire au Canada et à l’international… mais le groupe s’est heurté au Québec à un mur idéologique cimenté par quelques membres de l’intelligentsia radiophoniques qui «n’aimaient pas notre accent» et qui avaient le bras un peu trop long, estiment aujourd’hui les deux frères Lamoureux.
Acadie

LA VOIX ACADIENNE (Île-du-Prince-Édouard) – L’année 2020 marque le 300e anniversaire de l’arrivée des premiers colons français et acadiens à l’Île-du-Prince-Édouard. Pour célébrer, un comité regroupant des représentants du gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard et des associations acadiennes a été mis sur pied. De cette initiative, le site Web d’Acadie 300 a vu le jour.
Tradition canadienne-française

LE VOYAGEUR (Sudbury) – L’ethnologue Jean-Pierre Pichette, qui a longtemps travaillé à l’Université de Sudbury, publiait en 2019 l’essai La danse de l’ainé célibataire ou la résistance des marges. Le Québécois d’origine avait été témoin de cette tradition en assistant à un mariage dans le Nord de l’Ontario, tradition que lui et sa collègue n’avaient jamais vue auparavant. Le livre retrace sa recherche et tente de trouver l’origine de la danse, qui se compare à une gentille humiliation.
Témiskaming

L’Association de canot-camping du lac Témiscamingue est la suite naturelle de l’Expédition Apollo ; des virées folles organisées en plein air dans les années 80. Les participants ont voulu continuer de vivre des expériences en plein air.
Prix Gémeaux

LE DROIT (Ottawa) – La société de production ottavienne Slalom a récolté trois nominations dans la course aux prix Gémeaux, dont les finalistes ont été dévoilés mardi 7 juillet.
Patrimoine

L’ORLÉANAIS (Orléans) – La valeur patrimoniale du silo Vinette, à Orléans près d’Ottawa, était pour la première fois mise en lumière en 2011 alors que la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO), sollicitait l’appui de la Ville d’Ottawa pour freiner un projet immobilier destinant le bâtiment, de près de 80 ans, à une démolition certaine. Aujourd’hui, l’historique silo à grains se retrouve en point de mire dans l’aménagement éventuel d’un parc à thématique agricole.
Littérature

LE VOYAGEUR (Sudbury) – Il y a environ un an, à Englehart, une enfant est venue cogner à la porte de Jerry Dougherty et lui a demandé une banane. C’était une demande étrange venant d’une enfant qu’elle ne connaissait pas, mais elle lui en a donné une. «Une heure plus tard, elle est revenue avec six amis. J’étais super confuse. Ils m’ont en fait donné une cafetière.»
Théâtre franco-ontarien

André Paiement est la cheville ouvrière de la pièce Moé j’viens du Nord, ’stie (1971). On s’accorde à dire qu’il est le «père fondateur» du théâtre franco-ontarien. Il a privilégié le travail par osmose et proposé une démarche qui fait encore école aujourd’hui.
Groupe autochtone des sept

FRANCOPRESSE – Ils étaient sept artistes autochtones qui demandaient que leur travail soit reconnu à juste titre. Et ils ont fait bouger les choses. À l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, Francopresse a discuté du legs du regroupement Professional Native Indian Artists Inc., dit Groupe autochtone des sept, avec trois conservateurs autochtones qui œuvrent dans des musées bien en vue au Canada.
Spectacle

LE DROIT (Ontario) – Folle, c’est le titre d’une nouvelle chanson des Chiclettes. Folle, c’est aussi une pièce qui donne dans la dérision et l’humour avec une étonnante lucidité, une marque de commerce que les Franco-Ontariennes entretiennent depuis 10 ans et qu’elles comptent bien renforcer avec un nouvel album.
Littérature

La jeune maison d’édition montréalaise KATA a lancé en mai La croqueuse de pierre, une traduction du conte inuit écrit par Louise Flaherty et illustré par Jim Nelson. Destiné à un public de jeunes adolescents, l’éditeur Luca Palladino présente, en français, la richesse des histoires des peuples autochtones.
Théâtre

LA LIBERTÉ (Manitoba) – La situation financière actuelle est particulièrement précaire pour bien des artistes qui voient leurs spectacles et contrats annulés en raison de la COVID-19. Dans ce contexte d’exception, l’École nationale de théâtre a lancé un programme de soutien aux artistes émergents, Art à part. Amber O’Reilley est une des bénéficiaires.
Musique

L’ORLÉANAIS (Orléans) – À l’âge de 85 ans, l’artiste autrefois connue comme «la reine du country francophone», Marie King née Farley, profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée. Originaire de Navan, la chanteuse a marqué le palmarès musical de l’est du Canada dans la fin du 20e siècle avec ses nombreuses compositions et interprétations de musique country d’expression française.
Littérature

Quarante-quatre auteurs et autrices répondent virtuellement présents au Salon du livre du Grand Sudbury, et ce, jusqu’au 10 mai. L’occasion pour les lecteurs et lectrices de se faire raconter d’autres histoires que celles du coronavirus.
Arts visuels

FRANCOPRESSE – Le 7 mai 1920, sept amis exposent leurs toiles au Musée des beaux-arts de Toronto. Pour la première fois, ils le font sous le nom du Groupe des Sept. Ce sont les Ontariens Franklin Carmichael, Lawren S. Harris, Frank Johnston, le Montréalais A. Y. Jackson et les Anglais d’origine Arthur Lismer, J. E. H. MacDonald et Fred Varley.
Improvisation

LE GABOTEUR (Terre-Neuve-et-Labrador) – Comment continuer à jouer dans une ligue d’improvisation tout en gardant ses distances? La Ligue d’Improvisation Francophone Éclatée (L.I.F.E.) de Terre-Neuve, ainsi que la Communauté Libre d’Improvisateurs Croqueurs (CLIC) de l’Association saint-pierraise Croq'Paroles semblent toutes deux avoir trouvé une solution : passer à l’improvisation virtuelle sur Zoom! Invité à leur première pratique virtuelle commune, Le Gaboteur raconte.
Musique

À 86 ans, le monument de la musique africaine Manu Dibango a été emporté par la COVID-19 le 24 mars 2020. Quatre Franco-Canadiens d’origine camerounaise et mauritanienne établis en Saskatchewan, en Ontario et à Terre-Neuve-et-Labrador partagent leur réaction et leurs souvenirs empreints d’admiration et de nostalgie.
Francophonie

FRANCOPRESSE – Entrée en fonction le 20 avril, Clotilde Heibing succède à Benoit Henry, qui occupait le poste depuis la création de l’organisme en 2002. Française d’origine, Monctonienne d’adoption depuis 2016, l’ancienne coordonnatrice de la Stratégie de promotion des artistes acadiens sur la scène internationale (SPAASI) pour la Société nationale de l’Acadie (SNA) estime que son imposant bagage «marketing» bénéficiera aux membres.
Prix Victor Tolgesy

L’entrepreneuriat artistique a toujours fasciné Pier Rodier, 57 ans et natif d’Ottawa, tant dans ses rôles de dramaturge, metteur en scène et interprète que scénographe. Le Conseil des arts d’Ottawa et la Ville viennent de reconnaitre son engagement et son succès en lui accordant le Prix Victor Tolgesy.
Concerts en ligne

FRANCOPRESSE – Après, entre autres, les concerts proposés par Centre national des Arts (CNA) avec son fonds Facebook-CNA pour #Canadaenprestation et ceux des divers organismes régionaux, mais avant le méga concert organisé par Lady Gaga, le Centre de la francophonie des Amériques (Centre) a diffusé un concert «100 % Franco-Amérique» pour la deuxième fois en deux semaines. Suivant le groupe franco-ontarien LGS (Le groupe Swing), c’était au tour vendredi dernier d’Alexandre Belliard avec son spectacle D’une Amérique à l’autre. Une invitation à faire connaissance en chansons avec de véritables légendes : ces femmes et ces hommes qui ont fait l’Amérique francophone.
Cinéma

FRANCOPRESSE – Plusieurs joueurs de l’industrie canadienne du film s’inquiètent grandement alors que l’Office national du film (ONF) a récemment procédé à une restructuration. Les craintes sont encore plus vives chez les francophones, qui y voient une perte d’autonomie du Programme français de l’ONF.
Littérature

Si des milliers de jeunes connaissent la vie et les exploits d’Étienne Brûlé, premier Blanc à avoir mis les pieds en Ontario en 1610, c’est grâce aux trois romans de Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé. Leur trilogie écrite à quatre mains et publiée en 2010 et 2011 a été suivie, en 2014, d’un quatrième roman, cette fois au sujet du Règlement 17. Portrait de deux enseignants à la retraite qui ont su intéresser les jeunes à la lecture et à l’histoire.