La poulette grise aborde la déficience intellectuelle.
La poulette grise aborde la déficience intellectuelle.

La santé mentale abordée en musique

Andréanne Joly
Andréanne Joly
Francopresse
FRANCOPRESSE – Reconnaitre ses problèmes, s’y attaquer et cheminer : ce sont les grands thèmes abordés sur l’album Différente, signé Marie Gingras. Avec la pandémie qui perdure et les problèmes de santé mentale qui en découlent, le lancement du projet le 5 mars est tombé juste à point.

L’acceptation de soi constitue le thème principal de l’album Différente comme du roman qui l’a inspiré, La Poulette grise. Dans ce dernier, paru en 2016 aux Éditions Vent d’Ouest, une jeune femme qui vit avec déficience légère doit apprendre à s’affranchir du regard des autres malgré les embuches.

La psychologue Marie Gingras (de la région d’Ottawa) signe les textes des deux œuvres. Ses complices musiciens Jean-Louis Pitre (de la région de Rogersville au Nouveau-Brunswick) et Serge Keravel (de la région de Gatineau), respectivement infirmier et psychologue, les ont mis en musique. Six interprètes leur donnent voix.

Rencontre avec la psychologue-parolière, qui aborde l’importance de prendre soin de soi et porte un regard critique sur la société de l’instantané.

Francopresse : Différente est-elle une tout autre œuvre que le roman La poulette grise, dont elle s’inspire?

Marie Gingras : Je voulais que les chansons s’écoutent sans avoir lu le livre, sans le contexte des personnages. L’idée, c’était de prendre des thèmes universels, dans lesquels les gens pourraient se reconnaitre. Par exemple le deuil, la réaction à une agression sexuelle, le cheminement du couple qui se perd un peu de vue. Ça ne suit pas la séquence du roman, mais ce sont des thèmes qui s’y trouvent.

Trois professionnels de la santé qui n’ont pas peur d’aborder des sujets de front : Jean-Louis Pitre, Marie Gingras et Serge Keravel.

Vous abordez plusieurs thèmes qui peuvent sembler lourds : la déficience légère, le viol, la grossesse non désirée et les problèmes de couple.

On est trois professionnels de la santé retraités, alors on n’a pas peur de ces thèmes-là! Je pense que c’était un peu pour donner le message qu’on est mieux d’affronter ses problèmes. Il vaut mieux en parler que de les taire. Quand chacun reste pris avec ses deuils, ses situations difficiles, c’est plus difficile à porter. Quand les secrets trop lourds sortent, on peut guérir.

Ce sont des thèmes assez lourds, mais avec des teintes d’espoir. L’idée, c’est de suivre le chemin vers la lumière. On part de la difficulté à s’accepter ; le personnage se sent jugé. À la fin, il s’accepte et s’assume. À travers ce cheminement-là, on aborde plein d’étapes.

En quoi votre parcours de psychologue a-t-il influencé votre démarche? 

J’ai passé 40 ans à faire ce métier-là ; j’ai vu plein de situations, j’ai vu plein de gens. Il y a la notion que quand on accepte de confronter ses blessures, on peut passer au travers et ça nous enrichit. Quand on accepte de partager avec les autres, qu’on ne reste pas pris seul avec ça, ça devient plus facile à porter. Finalement, on va vers quelque chose de meilleur, on se découvre, on apprend.

Je ne pense pas que l’album s’écoute comme une série de blessures ; il y a des touches légères et toujours ce message qu’on va vers quelque chose de plus positif. C’est la même chose dans le roman. C’est un cheminement vers quelque chose de mieux, de plus beau, de plus humain.

Catherine Léveillé, au centre entre Les compositeurs Serge Keravel et Jean-Louis Pitre, interprète la mère dans le couple de parents.

La pandémie donne-t-elle une nouvelle dimension à l’œuvre? 

L’acceptation de soi était dans l’air du temps avant la pandémie et reste pertinente. Je pense qu’on est plus à fleur de peau. Alors, avec un album qui explore les émotions et la condition humaine, on est peut-être plus réceptif à ça à cause de ce qu’on traverse comme collectivité.

Parlez-nous du processus d’adaptation d’un roman en chansons.

J’ai ressorti les thèmes qui s’appliquent à plein de monde. Par exemple, il est question d’infidélité et d’une amoureuse qui se fait délaisser par son amant. C’est une situation assez fréquente.

J’ai ressorti des thèmes du roman, donc, et j’ai écrit. J’envoyais un texte à mes magiciens musicaux et ils me revenaient avec une chanson.

C’est toujours un processus vraiment très satisfaisant de recevoir un texte transformé en chanson : ça fait vraiment dégager une émotion qui est plus latente dans les mots. Les interprètes ajoutent ensuite leurs couleurs. Il y a quelque chose de vraiment très stimulant que tous ces gens-là produisent quelque chose ensemble!

Nancy Fortin, originaire de l’Abitibi, chante la majorité des chansons : elle incarne le personnage principal du roman.

Qu’aimez-vous des deux types d’écriture?

Évidemment, une chanson, c’est beaucoup plus concis. En quelques minutes, on peut aborder une question en profondeur et émouvoir les gens. Il faut avoir bien cerné le thème et arriver à livrer le message en quelques minutes.

Un roman, c’est un travail de longue haleine qui demande vraiment un engagement beaucoup plus exigeant. Mais j’imagine que ça pardonne plus, parce qu’avec le roman, tu peux t’écarter, prendre des détours, le message finit par passer.

La parolière va-t-elle prendre le dessus sur la romancière?

Avec les chansons, j’ai trouvé ma niche. On a plein de projets en marche et on s’amuse beaucoup!

Peut-être que ça correspond à ce phénomène de la société d’aujourd’hui, où notre capacité d’attention est assez limitée. On est capables de prêter attention pendant quelques minutes et hop! On passe à autre chose. Avec une chanson, on a plus de chances de passer notre message. Ça donne des résultats beaucoup plus puissants.

Le roman correspond moins à notre société actuelle, qui veut que tout aille vite. J’ai beaucoup aimé le processus d’écriture des romans, mais je sens que j’ai moins de temps devant moi.

On commence par lire le livre ou écouter l’album?

À ce point-ci, on écoute l’album, certainement! On vient de le sortir, puis on peut l’écouter sans avoir lu le livre. Et si ça donne envie de lire le livre, tant mieux!

À noter que les propos ont été édités pour des raisons de longueur et de cohérence.