Catherine Tait a été nommée présidente-directrice générale de CBC- Radio-Canada en avril 2018 pour un mandat de cinq ans.
Catherine Tait a été nommée présidente-directrice générale de CBC- Radio-Canada en avril 2018 pour un mandat de cinq ans.

La PDG de Radio-Canada entend «la frustration des francophones hors Québec»

Laurent Rigaux
Initiative de journalisme local — APF — Atlantique
IJL Atlantique – La présidente-directrice générale de CBC-Radio Canada, Catherine Tait, a fait une visite virtuelle à l’Île-du-Prince-Édouard, le 12 février. Une occasion pour elle de discuter avec les équipes et de s’entretenir avec la communauté. Le journaliste Laurent Rigaux l’a reçue en entrevue.

Qu’avez-vous fait à l’Île-du-Prince-Édouard aujourd’hui?

Normalement, je visite les soixante stations à travers le pays. C’est comme ça que je prends le pouls, que je prends note des questions, des inquiétudes de nos employés, mais aussi de toutes les parties prenantes dans les communautés. On organise des rencontres pour discuter des attentes des habitants, de notre auditoire, quels sont les enjeux, ce qu’on peut faire de mieux. Bien sûr, on a laissé tomber [les rencontres en personne] avec la pandémie, mais comme ça trainait depuis tellement longtemps, on a décidé de le faire virtuellement. Surtout après les audiences du CRTC, j’ai entendu des inquiétudes et je voulais quand même parler aux gens.

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Justement, devant le CRTC, les francophones de l’extérieur du Québec ont reproché à Radio-Canada une production trop québécoise. Prenons l’exemple du Radiojournal du jeudi 11 février à 8 h, le reportage sur les variants du virus provenait de l’Abitibi. Celui sur les surdoses d’opioïdes, un problème national, provenait de Montréal. Est-ce que, vous aussi, vous trouvez que les reportages sur des enjeux qui touchent tout le Canada sont trop centrés sur le Québec?

On sait très bien qu’il y a des frustrations, c’est une question d’équilibre. Est-ce qu’on peut faire mieux? Bien sûr. Mais on a démontré avec nos sondages sur la perception publique que les francophones se sentent bien représentés sur les ondes de Radio-Canada. C’est aussi important de souligner que plus d’un tiers des informations qui sont sur RDI ne viennent pas du Québec. C’est une obligation qu’on prend au sérieux.

Toujours sur ces audiences, vous avez déclaré que les attentes des francophones de l’extérieur du Québec ne doivent pas être «irréalistes». Est-ce que c’est une histoire d’argent?

On a des pressions comme toutes les entreprises médiatiques en ce moment, sur les revenus publicitaires, sur les abonnements TV. On a quand même un budget important du gouvernement, mais ce budget ne bouge pas! On commence déjà l’année avec des problèmes.

Mais nous entendons la frustration des francophones hors Québec et nous nous engageons à faire mieux. Quand je dis que nous devons être réalistes, c’est compte tenu de la réalité de nos budgets.


« Est-ce que chaque fois qu’il y a une info à dire à la radio, on peut penser à l’expert qui est à Moncton ou à Charlottetown, au lieu de quelqu’un à Montréal? Bien sûr. Ça, ça ne coute rien. Je sais que nos équipes travaillent là-dessus. »
Catherine Tait, présidente-directrice générale de CBC-Radio-Canada en avril 2018

Vous avez évoqué récemment l’importance de développer les nouveaux formats, tels que les balados. Là encore, est-ce que tout ça doit être produit à Montréal? Ou, peut-on imaginer des balados produits à l’Île-du-Prince-Édouard?

Oui, pourquoi pas! On a réussi à faire des balados partout au pays, côté CBC. À Calgary, on a un balado qui s’appelle Cost of Living. L’équipe de Calgary a proposé l’idée à Toronto (maison mère de la CBC) et a eu le financement. Radio-Canada était moins en avance que CBC pour les balados, mais on a lancé il y a un an OHdio, qui est un service formidable. On n’a pas énormément d’effectifs de Radio-Canada à l’Île-du-Prince-Édouard, mais je pense qu’il y a des initiatives pour développer des balados à Moncton. Il y a une bonne opportunité pour développer les voix régionales.

Le Centre de diffusion de Radio-Canada à Toronto.

C’est la même chose avec les rubriques thématiques, comme Décrypteurs (rubrique de vérification des faits). Là aussi, toutes les fausses nouvelles sont québécoises, alors qu’il y a aussi de la désinformation à l’extérieur du Québec.

Les Décrypteurs, c’est une initiative à Montréal, mais ils sont membres d’un réseau international, le International Fact-Checking Network, qui a été mis en nomination pour le prix Nobel de la paix. S’il y a de la désinformation à l’Île-du-Prince-Édouard, j’aimerais bien savoir ce qu’on peut faire, parce qu’on a quelqu’un qui travaille à Charlottetown sur le numérique.

Pouvez-vous nous dire un dernier mot sur la formation que vont devoir suivre les employés de Radio-Canada sur les préjugés inconscients?

C’est obligatoire, on demande à tous les employés de prendre cette formation. Cela fait partie d’un plan d’action avec au moins une quinzaine d’initiatives pour lutter contre le racisme et la discrimination dans l’entreprise. On a établi des cibles d’embauche, des initiatives pour promouvoir les employés racisés. Il y a toute une gamme pour avoir une entreprise saine et sécuritaire.

Un des cinq piliers de notre stratégie, c’est de mieux refléter le Canada contemporain. Tous les gens sous-représentés doivent se reconnaitre sur les ondes de leur diffuseur public.