Mélanie Parent explique que depuis le mois de mars, ils ont tellement annulé d’évènements que l’énergie vient à manquer pour organiser d’autres activités.
Mélanie Parent explique que depuis le mois de mars, ils ont tellement annulé d’évènements que l’énergie vient à manquer pour organiser d’autres activités.

La pandémie affecte-t-elle la création?

Sylvie Mousseau
Acadie Nouvelle
ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Trouver l’impulsion de la création en temps de pandémie n’est pas nécessairement facile. Lorsque l’artiste visuelle et entrepreneure culturelle Mélanie Parent a partagé un message faisant allusion à son manque de motivation depuis le début de la crise sanitaire, jamais elle n’aurait imaginé recevoir autant de témoignages. Il semble bien que son commentaire ait trouvé écho dans la communauté artistique.

«Est-ce qu’il y en a de vous qui ont perdu de la motivation depuis qu’on est en COVID? Moi oui… j’ai comme un symptôme posttraumatique organisationnel et j’ai un peu perdu la flamme de la motivation. Pis, je ne dis pas ça pour me lamenter, juste une constatation…», a partagé l’artiste et propriétaire du centre d’art Circolo à Campbellton, sur sa page Facebook.

Non seulement elle vit des incertitudes en tant qu’artiste, mais aussi comme entrepreneure. Mélanie Parent explique que depuis le mois de mars 2020, ils ont tellement annulé d’évènements que l’énergie vient à manquer pour organiser d’autres activités.

«On dirait que le sentiment tout de suite est d’être juste en attente que ça devienne mieux, en attente que ça change, en attente que ça revienne à la normale. Et ce sentiment d’être en attente toujours, c’est démotivant parce qu’on attend pour pouvoir continuer. On est comme en suspens.»

Même son de cloche pour Luc A. Charette qui a entrepris la réalisation d’une série de 15 à 20 toiles abstraites de très grandes dimensions. L’artiste de Bouctouche confie à son tour que la motivation n’est pas toujours là depuis le début de la crise sanitaire:


« On dirait qu’il n’y a pas de débouché au bout du tunnel, pas de projet d’exposition, pas d’appel d’offres, pas d’objectif de créer finalement. »
Luc A. Charette, artiste à Bouctouche

Artiste en résidence au Centre des arts d’Edmundston, il a dû prendre une pause faute d’avoir accès à son atelier pendant la phase d’alerte rouge.

«C’est ça le pire, souligne-t-il. On entre dans l’atelier, on travaille pour une semaine, on est motivé et tout d’un coup, on ne peut plus y aller pour un bout de temps.»

Un sentiment de liberté

Au début de la pandémie, Anna Rail croyait pouvoir se réfugier dans son studio et s’adonner pleinement à son art. Mais la spécialiste du batik a rapidement réalisé que pour créer, elle avait besoin de ressentir un sentiment de liberté.

«On dirait qu’il y a tellement de choses qui sont restrictives autour de moi qui font que ça m’affecte du point de vue créatif puis j’ai de la misère à m’y remettre et pourtant au début de la pandémie, j’ai commencé un mentorat que j’attendais depuis un an. J’espère que je vais retrouver ce sentiment et me remettre à créer.»

Elle a quand même présenté une exposition à la galerie de l’Hôtel de Ville de Moncton, mais sans vernissage et avec très peu de visites : «Ce qui me manque beaucoup, c’est tout ce contact humain lors des vernissages.»

La peintre Georgette Bourgeois admet aussi qu’il est plus difficile de créer depuis le début de la pandémie.

«Dans la création, il faut avoir des temps de silence, de réflexion et de recherche avant qu’on commence un gros bloc de travail, précise-t-elle. Maintenant tout ce temps-là, c’est pris par le virtuel. Il faut suivre, il faut apprendre ceci. Ça va nous servir pour plus tard, mais laissez-moi vous dire que je n’aimerais pas vivre juste de mon art tout de suite.»

Comme elle avait déjà un projet d’envergure en marche avec un échéancier, elle a trouvé la motivation de continuer. Toutefois, elle aurait souhaité partager davantage son art avec le public lorsque l’exposition La Seigneurie de Remsheg a eu lieu à Dieppe.

Georgette Bourgeois constate que les artistes font moins de ventes, sauf s’ils sont représentés par une galerie. S’il n’y a personne qui voit les œuvres, c’est plus difficile d’en vendre.


« Je vendais autour de mes vernissages et ça créait buzz. Je n’ai plus ça du tout. J’ai vendu une œuvre virtuellement à cause d’une bourse que j’ai reçue pour le marketing. »
Georgette Bourgeois, peintre

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Las du virtuel?

Faute d’exposer en galerie, certains artistes se tournent vers le virtuel, mais cela ne convient pas nécessairement à tout le monde.

«Je fais de grands tableaux et quand on fait face au tableau, on ressent toutes les subtilités, on voit toute la dimension, on entre complètement dans le tableau. C’est tout autre chose de le voir en ligne. On est vraiment écœuré du virtuel tout le monde, mais c’est mieux que rien», a exprimé Mélanie Parent.

Luc A. Charette abonde dans le même sens : «Il y a certains artistes qui ont opté pour faire des expositions virtuelles, mais je n’y crois pas vraiment parce que j’ai toujours eu l’impression que la richesse dans le domaine des arts, c’est quand tu es en présence directe avec l’œuvre. Quand tu as ça sur un moniteur, tu n’as pas le même sentiment. Mes toiles sont faites pour que ça nous enveloppe quand on les regarde, elles sont plus grandes que nous, donc c’est un peu comme un environnement.»

Trouver l’impulsion de la création en temps de pandémie n’est pas nécessairement facile.

L’artiste et directrice de la Galerie Sans Nom, Annie-France Noël, souligne qu’ils ont réalisé quelques projets de diffusion d’exposition numérique ayant rejoint un public non négligeable, mais ils préfèrent mettre l’accent sur les expositions en salle en respectant les consignes sanitaires. À son avis, il n’y a rien qui peut remplacer des expositions en personne.

Elle précise qu’il n’y a pas de recette magique pour gérer un organisme artistique en temps de pandémie.


« On dirait qu’on est continuellement en train d’essayer de se réinventer ou de répondre aux besoins des artistes. Les changements de phase ont un impact sur nos activités. C’est difficile de voir plus qu’une journée à la fois devant nous. »
Annie-France Noël, artiste et directrice de la Galerie Sans Nom à Moncton

Un soupçon de nostalgie

Raynald Basque, qui vit essentiellement de son art, redouble d’efforts pour maintenir sa clientèle depuis le début de la pandémie. Le peintre de la Péninsule acadienne raconte qu’au début, il a dû se fouetter un peu parce qu’il n’a pas pu bénéficier de l’aide gouvernementale.

Si la crise sanitaire a changé quelque chose, c’est dans son inspiration. La vie moderne l’intéresse de moins en moins, il préfère la vie d’autrefois.

«Maintenant, je trouve chez moi un côté un peu plus nostalgique dans mes œuvres, observe-t-il. Un retour au passé dans le bon vieux temps où il n’y avait pas de confinement. Je me rends compte que quand je mets mes peintures sur Facebook, il y a beaucoup de commentaires des gens qui me remercient de les ramener à la belle époque.»

La nature est devenue aussi une grande source d’inspiration. «C’est la seule chose qui nous reste, la nature, parce qu’on ne peut pas avoir de rapports humains.»