Catalina Guevara Viquez Klein lors de son récital de maitrise à l’UdeM pour une interprétation d’une œuvre de Corrette. N&B.
Catalina Guevara Viquez Klein lors de son récital de maitrise à l’UdeM pour une interprétation d’une œuvre de Corrette. N&B.

La musique baroque dans tous ses états

Arnaud Barbet
Francopresse
FRANCOPRESSE – Alors que les derniers achats de Noël se font au pas de course dans tout le pays de peur de vivre un prochain confinement, certains prennent le temps d’écouter, de jouer ou de promouvoir la musique baroque. En Alberta, une musicienne a créé une fondation ayant pour but de faire rayonner la musique baroque auprès des musiciens et des mélomanes.

La musicienne Catalina Guevara Viquez Klein a obtenu en 2018 une maitrise en musique, option interprétation en basson baroque à l’Université de Montréal. Installée depuis 18 mois à Calgary, elle évoque la scène baroque de la province : «Il existe très peu d’ensembles baroques dans la province, mais on y trouve un esprit collaboratif très intéressant», avance-t-elle tout en disant regretter la dynamique montréalaise.

Cette artiste passionnée, originaire du Costa Rica, a vécu de multiples aventures au cours de ces dernières années : «J’ai enseigné la musique classique à de jeunes Brésiliens des quartiers difficiles du Paraïba, j’ai connu le racisme lors d’un festival d’été en Pologne, j’ai repris mes cours à l’école Juilliard (New York) tout en étant confinée à Calgary», énonce-t-elle à un rythme effréné.

La bassoniste Catalina Guevara Viquez Klein. Si vous avez la chance d’écouter avec vos enfants Pierre et le loup de Prokofiev, attardez-vous sur le grand-père ; il est représenté par le son du basson.

Jeune maman, elle profite de la pandémie pour bâtir les fondations d’un grand projet qu’elle espère voir grandir, en Alberta. «Mon objectif est de créer un contexte baroque, avec de la générosité pour tous les musiciens de la province et d’ailleurs.»

Il lui aura fallu seulement deux mois au printemps dernier pour monter les statuts de son organisation à but non lucratif, la Fondation Mount Parnassus (Mont Parnasse). Un clin d’œil à la mythologie grecque, dont elle ne se lassait pas au lycée français de San José, et aux rôles des neuf muses inspirantes qui y évoluaient durant l’Antiquité.

L’organisme à but non lucratif encourage les performances musicales et les activités éducatives des femmes engagées dans l'interprétation historique. D’ailleurs, la musicienne insiste sur l’aspect social de sa démarche en montrant du doigt des problématiques bien réelles, telles que le racisme et la place des femmes aujourd’hui.


« La Fondation soutient aujourd’hui de jeunes virtuoses tout au long de leurs études. Ces musiciennes sont jeunes, brillantes et représentent la diversité culturelle de notre monde. »
Catalina Guevara Viquez Klein, bassoniste et fondatrice de la Fondation Mount Parnassus

Sa prochaine étape : créer un festival d’été de musique baroque en Alberta, comme elle a pu le faire au Brésil. Elle désire y réunir de nouveaux artistes en quête d’apprentissage et offrir une scène baroque pour le grand public.

Catalina Guevara Viquez Klein espère, grâce à l’interprétation musicale historique, «valoriser l’autonomie des femmes, la diversité culturelle et l’éducation». Elle affirme, optimiste, que «lorsque l’on se retrouve tous au sein d’un ensemble baroque, nous sommes tous égaux. Il n’y plus de genre, de religion ou de couleur de peau, il n’y a que la musique!»

Le Québec, berceau de la musique ancienne outre-Atlantique

Susie Napper, professeure de musique baroque à l’Université McGill et fondatrice du Festival Montréal Baroque (FMB), se souvient qu’«en 1984, lorsque je suis arrivée de Londres, c’était facile d’être une femme musicienne à Montréal. Il y avait beaucoup d’enthousiasme pour les nouveaux projets. C’était le “Wild West” comparé à l’Europe!»

Elle évoque notamment les subventions généreuses de l’époque, la volonté de créer une image canadienne de la culture. «C’est ainsi qu’en quelques années, l’Université McGill et l’Université de Montréal ont développé des programmes diplômants de musique baroque de haut niveau», explique la musicienne.

Elle souligne aussi l’ouverture d’esprit des acteurs de la scène québécoise, une émulation et une saine compétition, qui ont vu la création de nombreux ensembles orchestraux. Une dynamique que Susie Napper ne ressent ni à Toronto ni à Vancouver.

La gambiste en ébauche quelques raisons : «Nous travaillons beaucoup plus avec les artistes européens qu’avec les Canadiens. De plus, à Vancouver et Toronto, je pense que la musique baroque s’est centralisée au fil du temps.» Elle relève une certaine rigidité organisationnelle de la part des quelques acteurs de ces deux centres urbains.

La gambiste Susie Napper jouait à l’été 2020 dans les ruelles de Montréal. Un projet proposé par la ville pour égayer le confinement des Montréalais.

À Noël, la musique baroque s’émancipe

Lors des fêtes de fin d’année, il n’est pas rare, si l’on tend l’oreille, d’entendre cette rumeur religieuse et mélodieuse s’élever dans les méandres de nos rues et marchés de Noël. Néophyte ou passionné, la musique baroque vous cueille, vous sublime.

La coutume des concerts de Noël trouve son origine en Italie. Des bergers de la région des Abruzzes se rendaient à Rome pendant la période de l’avent pour jouer devant la crèche. C’est ainsi que nait la musique pastorale, un genre musical qui traverse toute la musique de Noël de l’ère baroque pour terminer en apothéose avec l’Oratorio de Noël de Bach, l’un des joyaux du répertoire baroque.

Le compositeur allemand est souvent cité comme référence en musique baroque, mais il ne faudrait pas oublier Monteverdi, Corelli, Haendel, Vivaldi et bien d’autres.

Susie Napper estime que «la musique baroque est souvent plus accessible que les grands orchestres symphoniques, et encore plus en temps de pandémie.» Elle évoque notamment cette part d’intimité dans les ensembles qui leur permettent d’interpréter de la musique ancienne malgré les difficultés du moment.

Elle mentionne notamment sa dernière expérience à la salle Bourgie de Montréal : «Nous avons enregistré l’Art de la fugue pour quatre musiciens. C’est une œuvre grandiose de Bach qui a été très facile à interpréter avec les nouvelles consignes du ministère de la Santé», indique-t-elle.


« [la pandémie est] une aubaine pour l’interprétation historique, tout le monde ayant accès au concert via Internet! »
Susie Napper, professeure de musique baroque à l’Université McGill et fondatrice du Festival Montréal Baroque

Michel Joanny-Furtin, journaliste et chroniqueur en musique classique et lyrique, semble plus réservé et regrette la fermeture des salles de concert. «L’intimité, le partage et la magie d’une interprétation baroque se dissipent quelque peu lorsqu’on regarde cela sur Internet.»

Il avoue toutefois qu’il est bien pratique de pouvoir rester chez soi, tout en évoquant quelques astuces pour vivre l’expérience de manière optimale. Il semblerait que, comme au hockey, «certaines productions font la différence par leurs prises de vue des détails comme le jeu de mains des artistes, leur respiration…»

En tant qu’auditeur, il estime nécessaire «de faire un effort d’attention plus important que dans une salle de concert». Michel Joanny-Furtin fait tout de même l’éloge de ces programmations que l’on peut écouter partout au pays, lorsqu’on le désire.

Le journaliste et chroniqueur en musique classique et lyrique Michel Joanny-Furtin raconte qu’entre le 17e siècle et la fin du 18e, «la taille des orchestres variait en fonction des deniers mis à disposition par leurs mécènes».

La musique baroque, un patrimoine musical inestimable

La musique baroque couvre 150 ans d’histoire musicale européenne, entre le 17e siècle et la fin du 18e. Elle est définie par la littérature comme une «émancipation instrumentale» : «Les instruments ne sont plus là pour accompagner les chœurs, ils sont la musique», explique Michel Joanny-Furtin.

À cette époque, l’influence de la religion catholique était très présente. Le journaliste signale que «[la musique baroque] était la seule musique écrite et savante».

Elle se développe en premier lieu au sein de l’Église, interprétée à l’orgue. En dehors des lieux de culte, la musique baroque s’interprète aussi dans les salons de la noblesse et de l’aristocratie, notamment grâce à de petits ensembles orchestraux qui «pouvaient tenir dans une seule pièce».

C’est alors que l’expression «musique de chambre» apparait. Passionné d’art lyrique, Michel Joanny-Furtin raconte que «la taille des orchestres variait en fonction des deniers mis à disposition par leurs mécènes».

C’est donc principalement à la cour du roi qu’ont pu avoir lieu les premiers opéras. Susie Napper explique qu’il s’agissait d’un «symbole du pouvoir des arts grâce au théâtre, la musique et la danse. C’était le pouvoir de la royauté!»

De son côté, Michel Joanny-Furtin n’en démord pas : «La musique baroque, en plus d’être l’un des plus longs mouvements artistiques de toute l’histoire de la musique, est aussi l’un des plus importants.»

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Pour en savoir plus :

Tout sur l’opéra baroque : https://operabaroque.fr

Les voix humaines par Susie Napper : https://lesvoixhumaines.org