La croqueuse de pierre, un conte traditionnel inuit édité en français

Marine Lobrieau
Initiative de journalisme local - APF - Territoires
La jeune maison d’édition montréalaise KATA a lancé en mai La croqueuse de pierre, une traduction du conte inuit écrit par Louise Flaherty et illustré par Jim Nelson. Destiné à un public de jeunes adolescents, l’éditeur Luca Palladino présente, en français, la richesse des histoires des peuples autochtones.

Lors d’un voyage à Francfort en Allemagne, dans le plus grand Salon du livre, Luca Palladino rencontre Pia Flamand de la maison d’édition inuite Inhabit Media. Il tombe alors sous le charme du conte La croqueuse de pierre.

«On ne réalisait pas à quel point les contes inuits étaient sanglants avec des détails gores, ce conte nous a complètement surpris. On l’a trouvé fascinant, on a voulu en savoir plus et le partager», se souvient Luca Palladino, l’éditeur-fondateur des Éditions KATA.

C’est l’histoire de deux jeunes filles qui empruntent des chemins éloignés de leur campement jusqu’à se retrouver piégées dans la grotte de Mangittatuarjuk, la croqueuse de pierre, une femme monstrueuse qui capture les enfants. Ce conte, traditionnellement raconté oralement aux jeunes Inuits, était destiné à les dissuader de s’éloigner de leur foyer.

Initialement écrit en inuktitut, le livre a été traduit en anglais et vient d’être adapté, il y a quelques mois, dans la langue de Molière. C’est le second livre publié aux Éditions KATA, après Comment transformer une banane en vélo.

La culture inuite étant trop souvent méconnue, la maison d’édition a souhaité diffuser l’originalité de l’œuvre. «C’est un conte traditionnel inuit qui collabore avec un illustrateur américain et ça donne une facture visuelle différente. Sortir des visuels traditionnels, c’est une façon d’amener les jeunes adolescents à découvrir les contes inuits d’une autre façon», explique l’éditeur.

Une ligne éditoriale précise : l’urgence environnementale 

Très impliqué dans la cause environnementale, Luca Palladino a une mission singulière pour sa maison d’édition : donner aux jeunes les outils pour affronter les catastrophes présentes aujourd’hui et celles à venir. «Nous avons trois lignes éditoriales : l’écologie/l’environnement, la science-fiction et la sagesse des peuples, où nous incluons tous les peuples», précise-t-il.

Plus qu’une simple adaptation linguistique, la démarche de la maison d’édition se veut militante.


« On parle beaucoup de réconciliation depuis quelques années, mais concrètement il faut d’abord faire une éducation, un apprentissage de la construction du Canada. Il faut donc apprendre les mythes et les légendes. [À travers les écrits], on peut transmettre des aspects culturels, comprendre pourquoi il y a ces histoires et apprendre de celles-ci dans l’échange. C’est une petite contribution dans cette direction. »
Luca Palladino

La maison d’édition KATA s’inscrit dans une démarche écoconsciente de partage et de sensibilisation à travers les livres jeunesse. «Il y a urgence d’agir de toutes les façons! Ce sont autant des livres pour les jeunes que pour les adultes, il y a des livres positifs et d’autres plus “rentre-dedans” qui vont parler des dystopies à venir».

Touchée par la pandémie, la maison d’édition a organisé le lancement de La croqueuse de pierre et sa distribution en ligne. D’ici la fin mai, les livres certifiés carboneutres seront disponibles sur les étalages des librairies.