Issac Wilman et James Bolt travaillent sur la construction d’un<em> qajaq </em>traditionnel.
Issac Wilman et James Bolt travaillent sur la construction d’un<em> qajaq </em>traditionnel.

Au Nunavut, la jeunesse renoue avec les savoirs traditionnels

Karine Lavoie
IJL - Réseau.Presse - Le Nunavoix
IJL LE NUNAVOIX (Nunavut) – Dans le cadre d’une initiative financée par le Conseil d’alphabétisation du Nunavut pour promouvoir le bénévolat chez les jeunes, des Inuits d’Iqaluit travaillent à la construction de qajait, des kayaks traditionnels.

Le Conseil d’alphabétisation du Nunavut, également connu sous le nom de Ilitaqsiniq, est un organisme dédié au renforcement des capacités communautaires en matière d’alphabétisation, de langue et d’apprentissage.

Grâce au financement de cette organisation, trois jeunes Inuits d’Iqaluit s’affairent actuellement à la construction de qajait, des bateaux de chasse traditionnels inuits conçus à l’aide de peu de matériaux. 

Cette initiative est réalisée par le biais du Programme de bénévolat communautaire Ikajurniq, qui encourage les jeunes âgés entre 13 et 25 ans à développer et à mettre en œuvre un projet de bénévolat totalisant 120 heures d’implication pour leur communauté.

Ce projet rassembleur permet entre autres aux jeunes participants l’apprentissage et la transmission des savoirs traditionnels. 

Favoriser l’implication de la jeunesse

Dans le cadre de son programme Ikajurniq, le Conseil d’alphabétisation du Nunavut aide les jeunes à générer des idées, à évaluer les besoins de la communauté, à évaluer leurs passions et leurs compétences et à faciliter leurs idées de projets.


« Tous les programmes que nous réalisons où nous renouons les jeunes et notre population avec les pratiques traditionnelles aident à retrouver leur identité, à récupérer les pratiques perdues et à renforcer la confiance en soi et l’estime de soi chez une personne. »
Kelly Clark-Lindell, directrice de programmes dans la région du Kivalliq pour le Conseil d’alphabétisation du Nunavut

Le projet de la construction de qajait démontre l’importance d’impliquer les jeunes vivant dans les communautés nunavoises : «Les Inuits ont inventé le qajaq et, pour que les jeunes hommes puissent construire quelque chose d’aussi complexe, l’apprentissage de ces compétences est essentiel à nos communautés et à la survie des Inuits», explique Jesse Unaapik Mike, directrice de programme à Iqaluit pour le Conseil d’alphabétisation du Nunavut.

«Ce n’est pas un passetemps, mais un outil de survie et de transport», soutient-elle.

Pour mener ce projet à terme, les participants peuvent compter sur la présence de trois instructeurs possédant de l’expérience dans la construction de ces bateaux mesurant de deux à trois fois la longueur de la personne qui y prennent place et qui sont traditionnellement fabriqués d’un cadre en bois flotté enveloppé d’une peau de phoque barbu.

Depuis 2016, trois qajait ont été fabriqués et au terme du projet, trois embarcations supplémentaires seront construites : «J’ai appris la façon de les construire par les instructeurs Sarah Mcnair-Landry et Erik Boomer. Depuis ce temps, ce sont des collègues et moi qui enseignons comment les faire», explique Robert Comeau, instructeur pour le projet, qui est accompagné d’Isaac Wilman et de James Bolt dans son enseignement.

La transmission des connaissances traditionnelles

La tenue de telles initiatives permet la revitalisation de la culture inuite par l’apprentissage des savoirs traditionnels :


« Ces compétences ont été de moins en moins utilisées à travers la colonisation, comme beaucoup de choses. Les compétences inuites sont essentielles à nos communautés et les jeunes ont le fort désir de les apprendre et de les transmettre. »
Jesse Unaapik Mike, directrice de programme à Iqaluit pour le Conseil d’alphabétisation du Nunavut

Kelly Clark-Lindell abonde dans le même sens que son collègue. En juillet dernier, elle coordonnait des ateliers durant lesquels les participantes ont pu apprendre les différentes étapes menant à la confection d’une parka.

En plus d’en coudre pour elles-mêmes, cette initiative avait alors permis d’offrir à huit élèves dans le besoin de la communauté de Rankin Inlet une nouvelle parka en vue de la prochaine année scolaire.

Kelly Clark-Lindell avait alors déclaré qu’il y avait possiblement la moitié des participantes qui n’avaient jamais utilisé de machine à coudre auparavant et que ces jeunes allaient continuer à coudre dans le futur.

«De nombreux jeunes aspirent à ces enseignements et à ces opportunités», conclut-elle en insistant sur l’importance des opportunités d’apprentissage dans un environnement sûr et rempli de connaissances.