Marc Mathieu a craqué pour le dulcimer en 1994.
Marc Mathieu a craqué pour le dulcimer en 1994.

Au doux son du dulcimer

Elsie Suréna
Le Nord
Chez Marc Mathieu, à Hearst, nous attendait une collection d’une douzaine de dulcimers, les uns plus beaux que les autres. Il fait de cet instrument sien depuis des années. Il s’est déjà produit sur scène, aussi bien dans la communauté qu’à l’international. Le journal Le Nord du Nord de l’Ontario l’a rencontré.

Le Nord : Les dulcimer est-il un instrument courant?

Marc Mathieu : Non, le dulcimer n’est pas commun au Canada, contrairement aux États-Unis. J’ai commencé à jouer de la guitare à 11 ans, du banjo à 16 ans, mais en allant étudier à Toronto j’avais laissé tomber la musique pendant plusieurs années. À l’hiver 1994, j’ai vu une dame jouer du dulcimer à la télévision et je me suis dit : «j’en veux un comme ça». Coïncidence, mes beaux-parents sont revenus de Floride avec un [dépliant] sur le dulcimer. Je me suis dit je vais m’en faire venir un et j’ai appelé un fabricant du Kansas. Trois mois après, le 25 avril 94, j’ai reçu mon premier dulcimer, et ça fait 25 ans maintenant que je joue. J’ai appris tout seul avec la méthode qui venait avec, et j’ai même construit quelques-uns aussi avec un kit vendu pour ça. J’ai commencé de même.


LN : Continuez-vous à jouer de la guitare et du banjo?

MM : La guitare, moins. Le banjo, pas depuis dix ans. Je me concentre vraiment sur le dulcimer, je continue à apprendre à en jouer.


LN : Quelle a été la réaction des gens ici en vous voyant jouer le dulcimer?

MM : La première fois c’était en 1997 et les gens ont été émerveillés. Après, je croisais des personnes en ville et elles me demandaient : «c’est quoi cet instrument, c’est quoi tu joues?» Après, j’ai joué à l’Université pour des graduations, des récitals, et même des funérailles. J’ai aussi participé à beaucoup de festivals, dont un de deux semaines en Caroline du Nord, aux États-Unis.

LN : Pourquoi appelle-t-on cet instrument dulcimer de montagne (mountain dulcimer)?

MM : Parce que c’est de là que ça vient, il a été développé dans les Appalaches dans les années 1800 quelque chose. On l’utilisait à l’église parce que les immigrants irlandais et écossais de l’époque n’avaient pas d’orgue ou de piano, donc ils ont inventé le dulcimer à trois cordes que certains appellent string bagpipe. Une travailleuse sociale du Kentucky, Jean Ritchie, l’a fait connaitre vers 1940 au grand public de New York i. Elle le jouait à l’ancienne, posé sur ses genoux (lap dulcimer) ou sur une table, avec une plume de dinde et un petit bâton comme pick. Elle est morte en 2015, à l’âge de 92 ans. Avec elle, les musiciens folks se sont vraiment intéressés au dulcimer et ça a décollé comme ça, fin 40 début 50.


LN : D’autres gens jouent de cet instrument à Hearst?

MM : Je suis le seul, depuis 1994. Personne d’autre ne m’a jamais approché comme joueur, j’ai jamais entendu parler de quelqu’un d’autre. Mais c’est l’instrument le plus facile à jouer, plus facile même que le ukulélé. On peut jouer le dulcimer avec un seul doigt, si l’on veut.


LN : Avez-vous pensé à l’enseigner?

MM : Oui, surtout après que j’ai enseigné plusieurs fois aux États-Unis. J’ai développé ma propre façon de le jouer en adaptant des chansons canadiennes, comme Partons, la mer est belle. Pendant un festival au Vermont, des gens ont été intéressés et m’ont posé des questions. L’année d’après, en Caroline du Nord, on m’a demandé d’enseigner le style «canadien», et j’ai accepté. Par la suite, au Minnesota et au Vermont aussi, mais pas encore au Canada, ni à Hearst. Je voulais faire venir des kits abordables en carton pour enseigner aux personnes intéressées, et ensuite leur apprendre à les construire. Je n’ai pas encore trouvé le temps pour ça, mais plusieurs personnes m’ont approché pour des cours. Un jour, peut-être.


LN : Quels sont vos projets pour l’instant?

MM : J’aimerais enregistrer un CD. Mon frère et moi on a composé plusieurs musiques, lui il joue de la guitare aussi. En attendant, je veux continuer à jouer le dulcimer et développer de nouvelles techniques.