Landes Calcaires.
Landes Calcaires.

45 ans déjà! : La longue marche de la Saint-Jean Baptiste à Port-au-Port

Michael Burzinski
Le Gaboteur
Terre-Neuve-et-Labrador - Chaque année, depuis 1972, des francophones de Cap-Saint-Georges et de La Grand’Terre, sur la péninsule de Port-au-Port, célèbrent la Saint-Jean Baptiste en empruntant, à pied, le sentier long de 15 kilomètres qui était, jusqu’à l’ouverture d’une route pavée, en 1993, le seul lien reliant ces communautés. En plus d’honorer la mémoire de leurs ancêtres qui pendant plus d’un siècle, ont défié grands vents, les tempêtes et pentes abruptes de la montagne pour se voisiner, ces marcheurs foulent le sol de landes calcaires, un des plus importants et des plus rares habitats naturels de l’île de Terre-Neuve. Ces formations rocheuses sont toutefois loin d’être les seules découvertes exceptionnelles possibles sur la péninsule de Port-au-Port. « Chaque anse, plage, falaise, baie ou lande de la région a une histoire à raconter », explique l’auteur du livre Exploring the Limeststone Barrens of Newfoundland, Michael Burzynski.

La péninsule de Port-au-Port a émergé d’une mer ancienne. La plupart des roches de la région  sont des sédiments déposés sur le fond de l’océan Iapétus il y a environ 450 millions d’années.  Long Point était un récif corallien qui se développait déjà 220 millions d’années avant les premiers dinosaures. Des fossiles d’animaux et de plantes – colonies coralliennes, couches superposées d’algues bleu-vert, crinoïdes, trilobites, coquilles d’escargots, brachiopodes ressemblants à des crabes – témoignent d’une époque où cette région de Terre-Neuve était proche de l’équateur et couverte d’une mer tropicale chaude.

Au Boutte du Cap et, vers le nord, dans les hautes terres menant à La Grand’Terre, la mer a découpé de hautes falaises dans le substrat calcaire. Des oiseaux marins se nourrissent dans les eaux bleues et font leurs nids sur les falaises et les îles. Des plantes rares poussent dans les sols pierreux qui couvrent les collines. De petits arbres, dont la croissance est freinée par le vent et qu’on appelle « tuckamore » dans la région, poussent en touffes enchevêtrées dans les petits vallons protégés. Mais sur les terres exposées, il y a peu de végétation.

Ces landes de calcaire graveleux sont parmi les plus importants et plus rares habitats naturels de la province. Si les conditions de croissance extrêmes freinent la croissance des arbres, il y a, par contre, de nombreuses espèces de fleurs sauvages aux couleurs vives, y compris la Campanule à feuilles rondes, la Potentille arbustive, le silène acaule et la Saxifrage faux Orpin. Le Boutte du Cap est le seul endroit connu de la province où l’on retrouve le sainfoin de Mackenzie (photo en Une). Ces petites plantes à fleurs roses appartiennent à la même famille que les pois et poussent dans le gazon dense qui couvre le promontoire. Leur floraison débute en juin.

La roche calcaire est relativement douce et elle s’érode facilement. Au bord de la mer, le long du sentier Gravels, on retrouve de petits affleurements en forme de champignons, grottes et arches. On en retrouve également à Sheaves Cove, où des chutes tombent en cascade vers un petit marécage, avant que l’eau coule dans la mer. Une carrière de calcaire a été ouverte à Aguathuna en 1911 et le calcaire exporté était utilisé dans le processus de production du fer. On n’a enlevé que le calcaire de meilleure qualité, en laissant une butte ayant trop d’impuretés au milieu de la carrière. Ce qui est aujourd’hui une butte était autrefois une caverne formée par l’érosion du calcaire durant le Cabonifère (il y a environ 330 millions d’années). Cette caverne a été remplie, plus tard, par des fossiles d’animaux marins.

Là où la route traverse la rivière Romaines, près de Kippens, se trouve un autre affleurement de roches datant du Carbonifère. Un peu en amont de la route, les falaises blanches sont composées de gypse doux – un dépôt de sel témoignant d’une mer évaporée –.  Le gypse est utilisé dans la fabrication du plâtre. L’érosion du gypse donne l’impression que deux piliers blancs protègent l’embouchure de la rivière.


La version originale de ce texte a été publié dans Le Gaboteur, le journal francophone de Terre-Neuve=et-Labrador, dans son édition du 22 juin 2015.