Renouer avec ses racines : Le cadeau des ancêtres

La Liberté, Man. Dans son mouvement pour reprendre le français, Aaron Catellier a récemment découvert ses racines métisses. «Je me sens lié à la communauté francophone ici.» Récit d’un homme qui renoue avec ses racines francophones.

Son prénom vient du fond hébraïque : Har est la montagne, Ron renvoie au champ. Son nom de famille, Catellier, est très français. Aaron Catellier revient sur ses origines : «Il faut remonter à huit générations. Mes arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents venaient de France.

 

Marie Berckvens (La Liberté)

 

La Liberté, Man. Dans son mouvement pour reprendre le français, Aaron Catellier a récemment découvert ses racines métisses. «Je me sens lié à la communauté francophone ici.» Récit d’un homme qui renoue avec ses racines francophones.
Aaron Catellier, ici avec sa femme Rachel Brown et leurs filles Lillie et Coco-Vera (à droite), est un trentenaire qui a récemment décidé de renouer avec ses racines francophones. Pour en apprendre plus sur lui-même, et surtout pour transmettre ses trouvailles à ses enfants. Photo : Marta Guerrero avec l’autorisation du journal La Liberté

«Il y a beaucoup de Catellier qui se sont installés au Québec. Et d’autres qui ont commencé à travailler dans des fermes dans l’Ouest. C’était le cas de mes grands-parents Germain Catellier et Thérèse Fredette Catellier, qui se sont établis sur une ferme à Saint – Malo.»

Jusqu’à la 7année, Aaron Catellier a fréquenté l’école d’immersion Lansdowne, à Winnipeg. «Quand j’avais 13 ans, on est partis en vacances au Québec. Je m’en souviens très bien. J’étais le traducteur officiel pour mes parents. J’en étais très fier.»

C’est qu’au fil des années, le père de Aaron Catellier, Richard Catellier, avait perdu la connaissance de la langue française qui lui avait été inculquée par ses parents. «Il a déménagé d’une communauté francophone, Saint-Malo, à un petit village anglophone, Grahamdale. Et puis, il a rencontré ma mère, originaire d’Allemagne. Leur langue commune était donc l’anglais.»

Même si les discussions à table
se déroulaient en anglais, Aaron
Catellier s’est toujours fait un point
d’honneur d’écouter la radio en
français. «Le problème est que je
n’ai pas beaucoup d’amis qui
parlent français. Alors, c’est difficile
de garder la langue. Je parle parfois
encore avec ma grand-mère, mais
son français est vraiment différent.
C’est un mélange de français et
d’anglais. Mais mon problème
surtout est que je ne pense pas en
français. Quand j’étais plus jeune, ce n’était pas un souci. Je connaissais les mots. Maintenant, je les cherche. Il me faut le temps pour que je les retrouve.»

 

Vivre en français

Ses péchés mignons francophones : le Mârdi Jazz organisé par le CCFM et le Festival du Voyageur. «Le Festival du Voyageur, j’y vais presque chaque année. C’est un de mes grands highlights de l’hiver. Quand j’étais petit, en famille, on ne célébrait pas vraiment l’hiver. Le Festival, c’était toujours l’évènement qui illuminait la saison. Je me suis pris au jeu. Et c’est devenu une habitude.»

Passionné de photo, de ses 19 ans à ses 25 ans, Aaron Catellier a passé ses étés à Boston pour enseigner la photographie dans des camps d’été : «Une année, il y avait une quarantaine d’étudiants qui venaient de France. Comme j’étais le seul à pouvoir parler le français, pendant six semaines, j’ai appris beaucoup de jurons, de vilains mots, mais surtout je me suis beaucoup amélioré.»

Assistant en éducation, Aaron Catellier est employé à l’école secondaire Kelvin à Winnipeg. Il travaille pour le programme de gestion des anxiétés. «Pour mon anniversaire l’année passée, je me suis offert un abonnement d’un an à La Liberté. Je la lis à mes enfants. Lillie et Coco-Vera ont quatre et six ans. Je ne sais pas si elles comprennent vraiment encore. Je ne leur lis pas des sujets qui traitent de politique évidemment (rires). Je veux vraiment qu’elles soient conscientes et conservent leurs racines francophones. Peut-être qu’en leur donnant l’intérêt pour le français, elles vont vouloir l’approfondir.»

 

Des racines métis

Dans son mouvement pour reprendre le français, Aaron Catellier a récemment découvert ses racines métisses, en commandant son arbre généalogique à la Société historique de Saint-Boniface : «J’ai découvert que mon grand-père était métis. C’est quelque chose à quoi je n’avais jamais pensé. On le cachait à l’époque. En regardant de près ma généalogie, j’ai découvert que des noms de lieux revenaient souvent, comme Saint-Vital, Saint-Norbert, la Colonie de la Rivière-Rouge.

«Toutes ces places font que je me sens lié à la communauté francophone ici. Quand j’ai bien compris d’où je venais, j’ai eu envie de pousser encore plus loin mes recherches. Je me sentais comme un enquêteur à la recherche de mes racines.»

Son enquête lui a donné envie de suivre le programme CATEP de l’Université de Winnipeg, un programme d’éducation pour un enseignement autochtone qui s’appuie sur la réalité communautaire. «Le but est de devenir enseignant. Je pourrai enseigner de la maternelle à la 8e année. Quand je serai diplômé, j’aimerais continuer à suivre des cours à l’Université de Saint-Boniface, pour perfectionner mon français.»

Et oui, vous l’avez déjà deviné. Aaron Catellier a prévu de lire cet article à ses deux filles : «Je le sais déjà, ça va être une sacrée aventure.»

 

Aaron Catellier cherche la confiance

Quand on demande à Aaron Catellier s’il s’identifie comme francophone, il dit d’entrée qu’il ne s’est jamais qualifié de la sorte.

Il s’explique : «J’ai toujours essayé de rester en contact avec la langue et la communauté françaises. Je n’étais pas au courant de la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine. Selon la définition que propose la loi, je devrais peut-être commencer à me dire francophone. Je pense que c’est une bonne chose.

«Appartenir à une communauté ouvrira de nouveaux domaines d’intérêt et de nouvelles relations. Ma seule hésitation serait que mes compétences en français devraient être améliorées pour que je me sente plus confiant dans mes interactions avec les autres membres de la communauté, ce que je compte bien faire.»