Quatre ans, c’est bien court, en politique : Bilinguisme et perspectives électorales

Parlons sondage et valeurs canadiennes. La firme Léger a récemment sondé l’opinion sur la valeur que les Canadiens prêtent au bilinguisme pour le compte de la Presse canadienne. La conclusion est simple. Plus on s’éloigne du Québec, moins le bilinguisme a la cote.

Une chronique de Réjean Paulin (Francopresse)

 

Réjean Paulin

Commençons par les voisines du Québec majoritairement francophone. Dans les quatre provinces de l’Atlantique, 42 % de la population estime «pas très important» ou «pas important du tout» que le Canada soit reconnu comme bilingue. Cette statistique parle fort quand on pense que le Nouveau-Brunswick à lui seul compte près d’un quart de millions d’Acadiens.

En Ontario, où l’on compte un demi-million de Franco-Ontariens, le pourcentage passe à 48 %. Poussons jusqu’aux Prairies et sur la côte Ouest. Cinquante-trois pour cent de la population en Alberta et 52 % en Colombie-Britannique partagent cette indifférence.

J’ai dépoussiéré un vieux sondage sur les valeurs canadiennes. La firme Research House l’a réalisé en 2012 pour l’Institut Environics et la Fondation Pierre Elliott Trudeau. Les Canadiens semblaient s’entendre sur la liberté d’expression, le respect envers les personnes handicapées, la liberté de religion et l’égalité des sexes. Pour le reste, c’était le flou et l’indécision. Les langues officielles n’ont pas vraiment gravi d’échelons depuis.

 

Le bilinguisme n’est pas une valeur canadienne

Les valeurs d’un pays seront respectées et traverseront les vicissitudes de l’histoire si la majorité les partage, en d’autres mots, si la nation elle-même s’y identifie.

Mais avant la Grande histoire, il y a cette réalité tout à fait concrète et très près de nous, celle des campagnes électorales. Les valeurs d’une nation sont le canevas sur lequel se tissent les alléchantes promesses qui feront les machettes en interpelant le plus grand nombre. Elles structurent le discours politique et le modèle de société qui charmera l’électorat. Du moins, c’est l’espoir des partis engagés dans la course.

On comprend tout de suite que ces valeurs maitresses ne doivent pas être facteur de division. Elles doivent rassembler.

Force nous est de constater que le Canada bilingue ne fait pas partie de ces idées que l’on peut exprimer haut et fort partout au pays pour gagner des votes. Cette vision ne fera pas partie des slogans criés et chantés dans les grands rassemblements-spectacles chers aux stratèges et organisateurs de campagne.

Il reste six mois au gouvernement Trudeau avant de retourner aux urnes. Cela signifie aussi que nous saurons dans six mois si rien ne viendra entraver la poussée que le Parti libéral a donnée aux langues officielles. Car pour le moment, ce n’est qu’une poussée, pas une liste de réalisations.

 

On attend toujours le changement de cap

Il y a eu des consultations pancanadiennes, des engagements en éducation et en immigration et on se prépare à moderniser la Loi sur les langues officielles. C’était nécessaire, mais on attend toujours du concret. En politique, les choses ne bougent pas vite. Quatre ans, c’est bien court. On a donné le coup de barre, mais le paquebot doit encore répondre par un grand changement de cap, ce qui est loin d’être fait.

Les cibles en immigration ne sont pas atteintes, les écoles attendent toujours les nouveaux crédits et la nouvelle Loi sur les langues officielles est à l’étude.

La promesse de faire avancer ces dossiers ne peut servir d’appât électoral partout entre nos trois océans. On la sortira devant une assistance restreinte et déjà acquise à la cause, sans plus.

Pour ne pas terminer sur une note pessimiste, je me permets cette petite anecdote.

Quelques heures avant d’écrire ces lignes, je roulais sur la route 2 en plein cœur du Nouveau-Brunswick anglophone… Un panneau publicitaire a attiré mon attention : «Camping bilingue», était-il écrit. Une heure plus tard, j’entends la radio française à l’aéroport de Fredericton…

Au fond, il y en a quand même qui ont compris quelque chose. Il reste à espérer qu’un jour, cette ouverture deviendra résolument canadienne.