Série web Home on the Range. Pour relancer nos écrans intérieurs

La Liberté, Man. Bienvenue à Progress, Braskanoma, une petite ville de l’Ouest dans les mi-1800. L’Ouest de quoi? À vous de décider. Progress est le fruit de l’imagination de Martial Tougas, auteur d’une série audio, Home on the Range.

Bienvenue à Progress, Braskanoma. Une petite ville frontière de l’Ouest dans les mi-1800. L’Ouest de quoi? À vous de décider. Progress n’est que le fruit de l’imagination d’un homme, Martial Tougas, auteur d’une nouvelle série web-audio en 11 épisodes dont un spécial, Home on the Range.

 

Camille Harper (La Liberté)

 

La Liberté, Man. Bienvenue à Progress, Braskanoma, une petite ville de l’Ouest dans les mi-1800. L’Ouest de quoi? À vous de décider. Progress est le fruit de l’imagination de Martial Tougas, auteur d’une série audio, Home on the Range.
Martial Tougas, alias Tooggies, a créé la série audio Home on the Range de A à Z. La première saison est disponible à l’écoute sur le web. Photo : avec l’autorisation de Martial Tougas

Ne comptez pas sur des images pour vous faire une idée. Home on the Range et ses quelque 300 personnages différents sont invisibles. Ils s’écoutent seulement. Martial Tougas, de son nom de scène Tooggies, explique : « J’ai constaté que les jeunes d’aujourd’hui ne savent plus visualiser. Ils n’ont plus d’écran intérieur, puisque tout le visuel leur est donné. Ils regardent des films et des vidéos toutes prêtes. Il n’y a plus d’émission audio à écouter sur lesquelles ils peuvent imaginer leurs propres décors dans leurs têtes. En plus, ils lisent de moins en moins. Leur potentiel d’imagination se referme. »

Il cite le chercheur Jerome E. Singer, pour qui le manque de capacité de visualisation est un facteur très significatif de violence chez les jeunes. « En clair, ceux qui ne savent pas visualiser ont 40 % plus de chances d’être violents que ceux qui savent visualiser, car ils n’ont pas la capacité d’imaginer tous les scénarios possibles. Ça m’a beaucoup interpelé. »

Martial Tougas en est convaincu, « c’est dans nos têtes, dans notre théâtre de l’imaginaire, qu’on résout le plus de problèmes. En pesant le pour et le contre, en imaginant les diverses conséquences de telle ou telle action ».

 

Cultiver son théâtre de l’imaginaire

Encore faut-il avoir accès à son « théâtre de l’imaginaire ». C’est pourquoi il s’est lancé dans ce projet de série vocale, dans l’espoir que le public de tous âges recommence, en l’écoutant, à inventer des scènes dans sa tête. « C’est tellement magique d’avoir un écran d’ordinateur vide avec juste une ligne de trame sonore, et quand on clique sur cette trame, on ferme les yeux et c’est tout un monde qui s’ouvre devant nous! »

Martial Tougas a travaillé toute une décennie sur son projet de série audio. Il a tout réalisé lui-même, de l’écriture au montage, en passant par l’enregistrement des quelque 300 voix, qu’il a toutes créées.

« Ce projet, ça a été plus de 4000 heures d’enregistrement et de montage. Mais il représente vraiment un mélange de tout ce que j’ai fait dans ma vie. J’ai eu une vie très éclectique, ce qui m’a bien aidé. »

 

Plusieurs cordes à son arc

En effet, Tooggies dispose d’une multitude de cordes à son arc pour ce qui est des métiers de la scène, dont la musique et l’art de l’imitation de voix. Il possède aussi l’aspect technique.

« Depuis que je suis petit, j’aime me jaser à moi-même, faire plusieurs voix. Quand j’avais 4 ou 5 ans, souvent je restais seul dans le sous-sol chez nous et je me créais un monde avec des personnages. Plus tard, je suis devenu bruiteur professionnel pour la radio et la télévision. Mais c’est par la musique que j’ai fait mes débuts sur scène. »

Martial Tougas a aussi pratiqué beaucoup de théâtre d’improvisation et enseigné le théâtre aux jeunes dans presque tout le Canada pendant 27 ans. À 60 ans, il a « au moins 30 ans de spectacles » dans ses bagages.

Il a de plus été animateur, humoriste, ou encore ingénieur de son en studio. Enfin, il explique avoir « fait beaucoup de développement personnel et de voyages dans ma vie, et c’est en m’inspirant de toutes ces dimensions que j’ai imaginé tous les personnages de ma série et leurs voix ».

La première saison de Home on the Rangeest déjà disponible en ligne dans sa totalité, en anglais « pour rejoindre le plus de monde possible, et parce que je suis plus à l’aise à imiter des voix anglaises que françaises ».

L’auteur s’est déjà remis au travail pour écrire la deuxième saison, ainsi qu’une entre-saison : une comédie musicale en lien avec un personnage de la série, en parallèle de la série, qu’il voudrait sortir avant de lancer la saison deux. « Dans ma tête, Home on the Rangeaura trois saisons. »

Pour écouter Home on the Range : www.tooggies.com

 


L’argent? Pas un problème

 

La saison un de Home on the Rangeaurait pu coûter, selon les calculs de son auteur Martial Tougas, entre 300 000 et 400 000 $.

En réalité, il n’a déboursé que quelque 1 500 $. Il explique : « Ça ne m’a rien coûté pour le talent, car je fais toutes les voix, ni pour le montage, car je m’en suis occupé, et j’avais déjà l’enregistreuse, le logiciel de montage et les trames sonores. »

Une capacité d’homme à tout faire qui rend d’ailleurs son projet aussi unique qu’économique. « J’ai fait des recherches et jusqu’à présent, je n’ai trouvé dans l’histoire de l’humanité aucun autre projet de cette envergure, avec autant de voix, qui aurait été conçu de A à Z par la même personne. Il est possible que je sois le premier dans l’histoire. Ce serait extraordinaire! »

Quant aux recettes de son projet, après avoir essayé sans grand succès de vendre la première émission, Tooggies a finalement décidé d’offrir gratuitement sur son site Internet les 11 épisodes de la saison un, accompagnés d’un bouton optionnel de soutien à l’artiste.

« Je suis un minimaliste, je n’ai pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre. Par contre, comme artiste, j’aime avoir et offrir du fun gratuitement, donc ça faisait du sens pour moi de rendre mon projet accessible à tous. »

En revanche, si l’écoute est gratuite sur le Web, le téléchargement des épisodes est payant. Martial Tougas n’exclut pas non plus la possibilité de demander une contribution pour accéder aux prochaines saisons de la série lorsqu’elles seront en ligne.